lundi, 24 mai 2010
Le fils des âges communistes
Pour une fois, je ne pars d'une couverture mais d'une annonce. Je la trouve particulièrement comique quand on se replace dans le contexte du personnage de Rahan : il a inventé le feu, la roue, la sidérurgie, l'extraction du sucre ou du sel, les boîtes de conserve avant Nicolas Appert, la vaccination, le lait pasteurisé avant Pasteur, la chaptalisation du vin et il aurait même devancé Dom Pérignon pour la champagnisation, Gutenberg pour l'imprimerie ou Steve Jobs pour la souris, et j'en passe. Rahan est le grand héros des temps modernes !
Bon. Dans la série, il se nomme d'abord le Fils des âges farouches, ce qui en jette un max. Rahan, c'est celui qui n'appartient à aucune tribu : il est orphelin très tôt et il erre de clan en clan. Craô n'a eu que le temps de lui transmettre les rudiments de la vie et puis son collier de griffes (qui contiennet toutes un enseignement, c'est très important de se le rappeler) comme ne jamais tuer "ceux qui marchent debout". Bref, Rahan est du côté du Bien et nous n'en doutions pas. Rappelons ce que signifient les griffes de ce collier : courage, loyauté, générosité, ténacité, sagesse. En peu de mots, c'est la Déclaration universelle des droits de l'homme ou le serment scout.
Le collier du fils de Craô a été l'objet d'un des fameux gadgets de Pif. D'où vient ce collier ? Eh bien de la série des Timour publiée dans Spirou. Comme Rahan, elle commence à l'époque préhistorique par une sorte d'imitation de la Guerre du feu. Mais la série des Timour se poursuit au long des siècles, chaque descendant du premier Timour possédant à la fois la crinière rouge du grand ancêtre et la pierre qu'il a léguée comme talisman. Tous les Timour agissent ensuite pour le bien commun de l'humanité et se trouvent toujours là où se passent des événements décisifs de l'histoire, ils luttent contre Atilla ou sont prisonniers à Carthage ou bien se retrouvent à Hastings du côté des Normands ou encore en compagnie du Cid. Et d'un album à l'autre, ils ne changent presque pas.
Rahan est un mélange d'autres héros antérieurs. L'influence de Timour sur cette série a été sous-estimée, parce qu'il y en avait une autre plus évidente : celle de Tarzan ! Chéret n'a jamais caché qu'il avait imité le dessin de l'un des plus grands illustrateurs de Tarzan : Burne Hogarth. On retrouve le même graphisme hyper-musculeux, le même sens des disproportions, les mêmes perspectives en plongée et contre-plongée (ce qui permet de traduire les rapports de force sans cesse présents). On revoit aussi le même schéma dans les aventures : Rahan arrive totalement innocent dans un pays qu'il ne connaît pas, il voit que celui-ci est peuplé de "ceux qui marchent debout" (les hommes) mais qu'ils sont soumis par une sorte d'abominable sorcier ou de cheffaillon qui entretient des superstitions afin d'exploiter son peuple, mais Rahan va révéler les impostures et libérer tout ce beau monde afin de lui apprendre la démocratie et le sens du partage. C'est très beau. Comment ne pas être d'accord avec cette morale simple ?
Il possède aussi en commun quelques éléments de langage avec Tarzan : il pousse son cri Rahan ! un peu comme Johnny Weissmuller, mais avec des caractères imprimés en lettres très expressives. Il se désigne lui-même à la troisième personne sans jamais dire "je". C'est une très étrange série où dans le discours il n'y a les marques du discours que pour celui qui est l'oppresseur : ce sera le sorcier malveillant ou le chef esclavagiste qui dira "je" et "tu". Rahan, lui, s'efface tout en se faisant remarquer. Il est d'abord au service des autres. C'est le bon communiste du temps des cavernes. Même si c'est un gros bricolage en reprenant les thèmes d'une série catholique belge et d'une série étatsunienne pétrie de protestantisme puritain (Tarzan est un autre sujet bien plus compliqué).
Cela dit, il y a des éléments ambigus dans la série. Ce héros blond, fils d'un père roux, ne rencontre des méchants ou des incultes que petits, noirs de cheveux, voire crépus ou frisés, parfois affublés de profils un peu simiesques ou alors aux allures de pygmées. Rahan ne débarque jamais que chez des êtres inférieurs, superstitieux, avilis, et il vient en grand libérateur de l'humanité toute entière. D'emblée, il trouve la solution à un problème : il invente la cuisson moléculaire, le four autonettoyant, la crème à bronzer, le sèche-linge ou le fer à vapeur ! Et les populations ébahies le remercient de les avoir enfin introduites dans l'époque des Lumières. Sauf que... Ce manichéisme est un peu lourd à la longue. Il y a un paradoxe : on affiche des références clairement communistes (Rahan n'appartient à aucun peuple précis, il est internationaliste) et puis on retombe dans un discours avec des références paternalistes et colonialistes (Rahan apporte le progrès que vous ignoriez). Le tout servi par un héros blond parmi une infinité de tribus totalement abruties et aux cheveux noirs ou noires de peau. C'est hum... un peu gênant. Ajoutons le fait que Rahan est le rescapé d'une forme de génocide (toute sa tribu est morte dans l'éruption d'un volcan) et on a une somme de faits très contradictoires. Rahan est à la fois l'agent juif du Komintern à l'époque des cavernes et en même temps le pur Aryen qui vient civiliser le monde.
Rahan, grand héros communiste des temps préhistoriques, a été le principal moteur des éditions Vaillant pendant les années 70. C'est le personnage de Pif-Gadget qui a suscité alors le plus d'albums ou de hors-séries ou de revues particulières. On a voulu adjoindre à Chéret un dessinateur concurrent, il a voulu former une équipe pour travailler en studio. Cela s'est terminé en procès pour la reconnaissance des droits d'auteur (oui ! le PCF n'a pas été très reconnaissant envers ses auteurs). Je n'ai jamais vraiment adhéré à cette série, mais je l'estime importante pour ce qu'elle peut dire sur une époque et des discours.
11:53 Publié dans Soulever la couverture | Lien permanent | Commentaires (32) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pcf, bande dessinée, langue française



Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://champignac.hautetfort.com/trackback/2757951
Commentaires
Vous réveillez de vieux souvenirs...
Ma mère, opposée à "ces lectures communistes", empruntait toutefois Rahan au fils de la concierge lorsque nous étions malades... Il faudrait que je lui demande le pourquoi de cette dérogation... ;-)
Écrit par : Frédérique Imer-Loup | lundi, 24 mai 2010
Rahan est nettement moins orienté que les séries réalistes précédentes de Vaillant-Pif comme le Grêlé 7/13 ou Fifi, gars du maquis qui tentaient de célébrer le "parti des 100 000 fusillés". Il y a le message universaliste de fraternité et de lutte contre l'obscurantisme, l'oppression ou l'exploitation, mais il passe mieux parce qu'on se trouve dans un autre temps que l'époque juste antérieure avec des références explicites. Il y a un effort d'estompage de l'idéologie communiste pure et dure dans Rahan et c'est pourquoi il a pu très bien passer auprès de gens qui ne sont pas communistes ou qui sont même anti-communistes. Il a été lancé comme un produit purement commercial associé au fameux gadget et c'est pourquoi on ne voyait pas trop bien l'estampille rouge.
Écrit par : Dominique | lundi, 24 mai 2010
Grroumpf. Quand est-ce que vous allez me laisser travailler ? Fait trop beau, pas envie.
"D'emblée, il trouve la solution à un problème : il invente la cuisson moléculaire, le four autonettoyant, la crème à bronzer, le sèche-linge ou le fer à vapeur !"
Rahan, c'est Moulinex ?
http://www.wikio.fr/video/clip-video-complainte-progres-514092
Jane
Écrit par : Hellsy | lundi, 24 mai 2010
J'oubliais (vraiment pas envie de travailler), Il biglouche le fils des âges farouches. (non, je chuis pas en train de manger des cheriges).
Écrit par : Hellsy | lundi, 24 mai 2010
"Le bon communiste du temps des cavernes", eh eh... je me souviens que ce qui m'attirait dans Rahan, c'était surtout ces mots "le fils des âges farouches" : woua, quel mystère ! il y a cette idée qu'il vient d'un monde lointain, mais un monde qui fait un tout, que Rahan connaît bien, il en vient (le fils!) mais dont nous, lecteurs, sommes un peu exclus (premier mystère), et puis il y a "les âges" (deuxième mystère) : une période de temps bien vague, qu'on ne sait pas trop situer, d'autant que ce sont des âges "farouches" (un mot formidable quand on est enfant, troisième mystère !) ! rhâ ! "les âges farouches", c'est vraiment une belle formule, on est transportée là-bas rien qu'en la lisant.
Écrit par : ALiCe__M | lundi, 24 mai 2010
Le mot "farouche" est fort intéressant en effet, parce qu'il vient de "forasticus", celui qui est étranger (de foras, dehors, même racine que hors ou forain). Il a fini par définir celui qui n'est pas civilisé, qui n'est pas apprivoisé, ou encore après celui qui est redoutable, mais au départ c'est étymologiquement l'Autre, tout Autre. Je ne sais si les auteurs ont songé à l'origine de ce mot, mais il va dans le sens du message internationaliste et universel de Rahan.
Écrit par : Dominique | lundi, 24 mai 2010
La formule "des âges farouches" est surtout une référence explicite et directe à "La guerre du feu", de J-H. Rosny Aîné *. Ce dernier était en effet sous-titré "roman des âges farouches" et a profondément marqué des générations de jeunes lecteurs.
* Tiens, il y aurait beaucoup à dire, d'ailleurs, sur Rosny Aîné, adoré par Tolstoï, auteur (avec son frère sous le pseudo de J-H Rosny, puis en solo avec l'ajout "Aîné") de nombreux romans de mœurs (et de très peu de romans préhistoriques, en fin de compte) et de quelques romans d'anticipation dont le bouleversant "La mort de la Terre"... ou l'extraordinaire "Les Xipéhuz" (qui réunit préhistoire, science-fiction, montage narratif à la Borges, etc. - et est l'un des rares récits mettant en scène une vie non-organique !)
Écrit par : Jacques C | lundi, 24 mai 2010
Forasticus ! oui ! celui qui est étranger, Rahan, le blond parmi les bruns, l'Autre ! une étymologie qui ajoute à la beauté de l'expression.
Écrit par : ALiCe__M | lundi, 24 mai 2010
Un conseil, avant d'ecrire des bétises, il faut vérifier !!!
Une relecture de Rahan avant de faire votre article aurait été préférable ...
En claire tous est faux , sauf la fin sur le procés !!!
Écrit par : Marc R | mardi, 25 mai 2010
@Marc R. Vous n'avez pas vu ou vouloir voir que le ton de ce billet était aussi satirique et que j'ai volontairement exagéré certains faits qui sont authentiques ou que je me suis livré à des généralisations, mais ces dernières ne sont pas abusives : il y a eu souvent des redites dans cette série. Elle n'est pas tout à fait blanc-bleu, on peut y trouver des contradictions sur le plan des grands principes humains. Bien sûr, pour le fan d'une seule série, celle-ci ne saurait être l'objet de la moindre ironie parce que l'on n'aime pas voir ses icônes raillées. J'aurais pu m'attaquer aussi bien à Doc Justice, le fameux médecin volant et karatéka, qui contient également des éléments indiscutables de préjugés raciaux (pour ne pas dire racistes). Il y a eu pas mal d'ambiguïtés chez les héros réalistes des éditions Vaillant, mais ce n'est pas propre à cette maison seulement.
Écrit par : Dominique | mardi, 25 mai 2010
encore une opinion non documenté
je ne suis pas fan d'un seul serie
je cote caricatures nem avais pas echappé
il reste que ce n est qu une serie de prejugés
il n y a pas de reflection personnel dans ton papier
en un peu de documentation il y a beaucoups de choses a dire en allant au delas de quelleques redite de mauvaises fois
il est etonant que tu voix du racisme partout
quel est ton probleme ?
veux tu qu on en parle ???
a+
Écrit par : Marc R | mardi, 25 mai 2010
@ Marc R : Je ne vois pas ce qui vous choque dans le fait que l'on puisse constater que dans Rahan les méchants sont souvent petits et basanés. On peut aussi constater que dans Thorgal * les méchants sont souvent difformes ou basanés (et que la princesse viking y est blonde et pâle).
Cela ne veut pas dire que les auteurs soient racistes, cela veut simplement dire qu'ils se laissent emporter par de vieux codes inconscients, lesquels les dépassent et les précèdent très largement !, mais enfin !, c'est en prenant garde à ces clichés maladroits voire douteux qu'on fait, peu à peu, avancer le schmilblick.
Le dire n'est pas violer une icône - mais ne pas le dire revient à laisser perdurer des codes inconscients malsains.
Pour le reste, vous gagneriez à mettre un peu plus de nuances dans votre site à la gloire de Rahan - et à en faire passer les textes à un correcteur d'orthographe, mais bon, ce que j'en dis...
* Série que, contrairement à Dominique, j'apprécie (du moins jusqu'au Maître des Montagnes inclus). Désolé, Dominique, d'oser citer ici une série de l'horrible Van H...
Écrit par : Jacques C | mardi, 25 mai 2010
Bon, merci de votre défense avisée Jacques C. Ce sont en effet des codes graphiques anciens, j'avais déjà eu une mésaventure un peu similaire quand j'avais parlé de Peyo et que j'avais dit qu'il avait été un peu maladroit dans un premier temps en voulant figurer des injures par des caractères hébraïques (même si je ne l'avais jamais soupçonné d'antisémitisme). Je n'ai pas accusé Lecureux ou Chéret de racisme, j'ai dit qu'il y avait souvent une forme de représentation raciale qui est héritée de la littérature populaire antérieure. Les auteurs peuvent par ailleurs se revendiquer à juste raison comme parfaitement anti-racistes ou non-racistes, mais il arrive que les conventions anciennes reprennent le dessus.
Pour ce qui concerne Van Hamme, je pense avoir dit que c'est un excellent scénariste quand il s'agit de lancer une série. Les premiers albums accrochent tous d'emblée parce qu'il y a une idée originale et frappante. Le scénario se gâte ensuite, soit parce qu'il se perd dans ses intrigues (Thorgal, XIII), soit parce qu'il fait preuve de démagogie ou de vulgarité (Largo Wynch, XIII), soit parce qu'il est dans la pure idéologie (SOS Bonheur). Mais il a existé un Van Hamme très différent et je pense que j'en toucherai un mot : avant de devenir l'auteur industriel que l'on connaît, il a fait aussi de la bande dessinée différente.
Écrit par : Dominique | mardi, 25 mai 2010
Jusqu'au début des années 70 au moins, il y avait une petite BD très bon marché, format télé-poche ou plus petit encore, en noir et blanc. La couverture était en couleur, en mauvais papier qui se déchirait tout de suite, et s'intitulait Rahan, fils de Crao, c'était bien lui, mais pour la moitié du livret. L'autre moitié, c'était l'histoire d'une petite fille blonde avec une splendide chevelure, capturée par d'affreux marchands d'enfants avec un aspect hideux. Tous très basanés, évidemment. La fillette prenait la tête d'une révolte d'enfants volés et les entrainait jusqu'à un port (c'était assez flou géographiquement) ou un gentil colosse noir les aidait à s'embarquer clandestinement sur des bateaux qui les emmenaient dans le pays civilisé de leurs parents. Les bandits avaient coupé courts les cheveux de la petite fille, pour les revendre (c'était une scène atroce, l'enfant se tortillait pendant qu'un homme avait les deux mains enfoncées dans ses boucles blondes) Je n'arrive absolument pas à me souvenir du nom de l'héroïne, et encore moins de l'auteur.
Quelqu'un a une idée ?
Écrit par : Suzanne | mercredi, 26 mai 2010
et la BD était hebdomadaire.
Écrit par : Suzanne | mercredi, 26 mai 2010
j aimerai savoir de que edition tu parles.
je ne la connais pas ????
Écrit par : Marc R | mercredi, 26 mai 2010
Il a existé des reformatages de Rahan au début des années 70 dans un format poche (MiniiPif magazine ou Mini-album), mais ce n'était pas du tout hebdomadaire et ce sont des opérations sans lendemain.
http://193.251.82.94/pif-collection/master.html?http://193.251.82.94/pif-collection/biblio_rahan_albums.html
Je vois mal comment cela aurait pu être d'ailleurs hebdomadaire à l'époque, il n'y avait pas encore assez d'épisodes publiés (le rythme de Chéret était à peu près d'une page par jour et d'un épisode toutes les trois semaines).
Écrit par : Dominique | mercredi, 26 mai 2010
Il sagit d'un moni pif krema (edition publicitaire en mini format d'un pif ordinaire)
et d'un mini rahan (gadget d'un pif) ou en effet les histoires ont été montant a la suite l'un de l'autre.
Il n y a pas trace de la petite fille bonde ....
C'est ce type d'approximation qui m enervent, on fait des amalgame sur des souvenirs vagues, ont repete sans reflechir ni verifier des prejugés.
Cela n 'est pas mieux que le racisme involontaire de nos cultures preformatés
Écrit par : Marc R | jeudi, 27 mai 2010
Oh, eh bien pardon. Je demandais juste un renseignement sur une petite publication très bon marché avec une histoire de Rahan dedans, qu'on attendait chaque semaine avec impatience. Si vous ne savez pas, tant pis.
"C'est ce type d'approximation qui m enervent, on fait des amalgame sur des souvenirs vagues, ont repete sans reflechir ni verifier des prejugés."
Cela n 'est pas mieux que le racisme involontaire de nos cultures preformatés
Ouais. Je vous suggère de prévenir la Halde. (...)
Écrit par : Suzanne | jeudi, 27 mai 2010
"je cote caricatures nem avais pas echappé
il reste que ce n est qu une serie de prejugés
il n y a pas de reflection personnel dans ton papier"
(c'est de l'écriture du temps de Rahan ? )
Écrit par : Suzanne | jeudi, 27 mai 2010
C'est fou ce que la mémoire est étrange, en tout cas le souvenirs d'enfance. J"étais persuadée que j'avais lu le club des sept dans la série verte, il n'en n'ai rien. Idem pour l'héroïne blonde de Suzanne.
Ce n'est pas fiable, c'est une reconstruction à partir d"éléments vécus, on bouche les trous, on assemble des morceaux pour faire un récit logique. La recherche du temps perdu, c'est vague mais cela fait de beaux romans.
J'avais une copine d'enfance à Montreuil qui habitait à côté de l'usine Kréma, odeurs.... (mais est-ce la vérité ?).
Seul le présent est réel, mais nous sommes constitués de ces affabulations, car le présent je ne la raconte pas, je le fais, je le suis, je le parle.
Écrit par : Hellsy | jeudi, 27 mai 2010
Hellsy: le Club des sept ? Le Clan des sept, non ? et il y avait bien des Clan des Sept dans la Bibliothèque Verte (et Club des cinq dans la Rose)
Soit j'ai raison (il me semble que oui, car à cette héroïne blonde est attaché un souvenir très fort (tiens, je le raconterai sur mon blog)) et il y a eu des épisodes sans doute pas inédits, des copies, de Rahan dans cette publication, et personne ici ne peut me donner la réponse, ce qui n'est pas bien grave.
Soit j'ai tort et comme vous le dites il y a des jours entre les morceaux du puzzle de ma mémoire, j'amalgame deux BD, deux souvenirs d'enfance différents, que sais-je, et le grand-prêtre du Grand Blog consacré au fils de Crao est un peu concon de se la péter comme ça. Après tout, il ne sait peut-être pas TOUTE la vérité. Et s'il y avait eu des contrefaçons de Rahan, hein ? Et si j'étais sujette à des troubles de la mémoire alzheimeriens, c'est une façon de répondre à une grande malade, hein ? hein ?
Écrit par : Suzanne | jeudi, 27 mai 2010
Vous savez probablement, il y d'autre lecteur de Rahan que sous l'angle communiste (que je refute).
Rahan a plus lut Sartre que Marks...
Mais il y a aussi une autre lecture (que l'on doit de C Gans)
Rahan est comme le Christ; il va de clans en clans porter la bonne parole pour convertir les ages varouches en age nouveau. Des preuves il y en a dans plussieurs aventures, mais la plus belle est "la mort de Rahan" avec la suite et fin "Pour venger Rahan".
Voir cette page pour ravraichir la mémoire :
http://www.rahan.org/chroniques/La_mort_de_rahan.html
Mort et résurection du héro, que vous faut il de plus ?
Rahan n'ai pas communiste il est curé !!!
a+
Écrit par : Marc R | jeudi, 27 mai 2010
(Les commentaires de ce billet deviennent de plus en plus surréalistes)
Écrit par : Suzanne | jeudi, 27 mai 2010
Eh bien ! Je relève déjà une bêtise dans la page consacrée à la mort de Rahan. Ce n'est pas le premier héros de BD française à mourir. Il y a par exemple cette série dont la fin est bien antérieure (1972).
http://champignac.hautetfort.com/archive/2010/04/05/cdcd008a3d83360564fd60956192600b.html
On pourrait citer aussi la fin d'Histoire sans héros de Van Hamme et Dany où la mort du personnage central est certaine quoique non montrée (1977 en album, mais 1975 en prépublication).
Dans Quitte ou double pour Alak 6, Greg et Vance éliminent ce qui reste du commando Caïman de la série Bruno Brazil (1977 en album, mais 1976 en prépublication). Il ne reste plus que Gaucho Morales et Whip Rafale qui assistent en retraités impuissants au silence du héros principal muré dans une forme d'autisme. Mais la série avait déjà vu mourir ou disparaître Big Boy en 1975. Il s'agit ici d'une série centrée sur un groupe et celui-ci n'existe plus à la fin.
Griffu de Tardi et Manchette meurt dans une mare de sang au fond d'une ruelle (prépublication en 77, album en 78).
Les héros qui meurent il y en a beaucoup dans les années 70 et plusieurs avant Rahan. Hergé n'a pu terminer l'Alph'art (commencé en 77 aussi), mais la dernière case esquissée montre Tintin se dirigeant vers son destin : finir en compression à la César.
Écrit par : Dominique | jeudi, 27 mai 2010
Est il normal que le même article soit aussi sur http://www.paperblog.fr/forum/112208/le-fils-des-ages-communistes/
????
Écrit par : Marc R | jeudi, 27 mai 2010
Euh oui. Je me suis inscrit il y a très très longtemps à PaperBlog pour voir comment cela fonctionnait et parce que je réfléchissais sur les outils de référencement. Cela remonte à une époque... préhistorique (quatre ans). Le même billet doit aussi être reproduit partiellement dans Blogonautes et dans CoZop (juste le flux RSS et un lien cliquable ou pour ouvrir le billet sans changer de site). Je tiens à vous rassurer, il n'y a pas des mille et des cents d'agrégateurs de flux pour me recenser. Cinq ou six pas plus, et encore certains ont fermé. Ceux qui restent sont assez confidentiels ou sont vite éliminés de la future GoogleDance pour les résultats. Attendez seulement un mois et vous verrez que ce ne sera plus en tête de vos recherches.
Je ne republie pas mes billets dans AgoraVox, BetaPolitique, Le Post, Marianne2 et je ne sais trop quelles autres plateformes collectives, contrairement aux blogueurs influents en quête de publicité et d'influence. J'ai demandé à ne plus figurer dans Wikio alors que c'est bien plus connu que PaperBlog. La republication de PaperBlog s'effacera au fur et à mesure, soit parce que le temps passera et que d'autres billets sur Rahan apparaîtront, soit parce que j'aurai écrit bien d'autres choses entretemps. L'importance de PaperBlog est mineure sur la Toile française et je n'ai même pas cherché à annuler mon inscription, je n'y ai pas fait attention depuis des années. Je n'ai que rarement vu quelqu'un venir chez moi par PaperBlog et cela doit remonter à l'âge de la pierre polie.
Écrit par : Dominique | jeudi, 27 mai 2010
J'aime beaucoup le commentaire de Marc R affirmant que Rahan n'est pas communiste... (ce qui revient à nier que "l'influence" et "la morale" de Rahan soient communistes, car c'est bien de ça qu'il était question et non pas d'imaginer une idéologie anachronique dans la tête du personnage).
Une telle imbécilité (désolé, mais il faut appeler un chat un chat) discrédite durablement Marc R et son site à la gloire négationniste de Rahan. Prétendre faire l'apologie d'un héros en niant son contexte, en niant qu'il était le fer de lance d'une revue gérée et financée par le Parti Communiste Français, c'est vraiment grotesque.
Ou alors ... Rassurez-moi, Marc R, vous ne seriez pas un réactionnaire anti-communiste, vexé d'avoir adoré un héros communiste, et se sentant obligé de réécrire l'histoire pour être en paix avec votre conscience ?
Pour ma part, comme pour Dominique certainement et pour bien d'autres, l'influence communiste de Rahan n'est absolument pas honteuse - pas plus que l'influence catholique de Spirou pendant une bonne période. Si cela vous gêne, c'est votre problème, mais ne venez pas raconter n'importe quoi pour plier vos fantasmes à vos phobies politiques.
Écrit par : Jacques C | jeudi, 27 mai 2010
Ah là là, vous parlez d'une bédé enfantine cro mignone (enfin moi j'ai jamais aimé, le genre gros muscle primitif ça m'a jamais branchée, surtout quand il réinvente la râpe à fromage, je me méfie), et tout de suite on repart dans le négationnisme, le communisme, le racisme et autres ismes qu'on se jette à la figure comme de vieilles serpillères moisies.
A l'époque, je dois dire que tout ça me passait grandement au dessus de la tête, christianisme y compris. De toute façon, Marc R. n'a pas tort, la fraternité entre les peuples, c'est aussi un truc de chrétiens, et à l'époque il y avait des communistes chrétiens. Tout ce monde là voulait le bien du peuple, sauver son âme etc...
Je n'ai jamais fait ensuite beaucoup de différence entre les communistes et les chrétiens, même croyance aveugle dans un avenir radieux, même volonté de sauver les gens malgré eux, de faire le bien, de penser que la fin justifie les moyens, de s'embrigader et d'embrigader, et de réprimer les infidèles.
Le communisme procède évidemment d'une pensée occidentale chrétienne (voir ses pères fondateurs). Enfin là, je ne dis rien de nouveau.
Écrit par : Hellsy | jeudi, 27 mai 2010
Jacques C, Rahan est indiscutablement un héros communiste inventé par un scénariste membre du PCF (les scénaristes de séries réalistes importantes et les responsables éditoriaux de Vaillant-Pif étaient tous membres du Parti ou d'organisations amies, pas forcément les dessinateurs*). Rahan est cependant un instrument de lissage de l'image de marque du Parti vers une acception plus consensuelle, c'est pourquoi on peut en faire une lecture un peu chrétienne (il dénonce les faux dieux et les faux prêtres), mais il est aussi à la recherche du Soleil comme une forme d'absolu païen et il se trouve en rupture avec la société des hommes tout en recherchant leur union.
Je ne sais pourquoi, mais il me semble qu'il y a également une dimension rimbaldienne (toutes proportions gardées) chez Rahan, mais seulement dans un deuxième temps. Au départ, c'est un héros qui doit rendre le communisme acceptable et c'est l'époque où le PCF essayait de se rallier les cathos de gauche au nom d'idéaux communs. D'où une sorte de nivellement de l'idéologie communiste à en fait un idéal républicain, laïque qui peut convenir à un peu tout le monde, même les catholiques de droite traditionnelle ou les anarchistes de gauche. Il s'agit juste de combattre pour les valeurs minimales, cela n'a rien d'infamant : Rahan aurait pu se retrouver dans Cœurs vaillants/ Formule 1, avec juste beaucoup moins de violence graphique.
Puis, dans la seconde période (après 72-73 à mon avis quand cela devient encore plus commercial et que c'est un produit d'appel avec des journaux à son seul nom), Rahan doit devenir un mythe et alors les auteurs commencent à imaginer son enfance, son traumatisme de jeunesse, le vol du coutelas, son mariage (ce qui semblait impossible dans la version du début) et sa mort. Le thème solaire de l'éternel vagabond me paraît être une transposition de lectures un peu au premier degré d'ouvrages "critiques" sur Rimbaud.
Je pense qu'il faut distinguer fortement les périodes : d'abord on est dans l'essai d'une nouvelle formule commerciale et dans une tentative de banalisation du parti communiste ou de ses publications. Après, il y a des tentatives commerciales très contradictoires (Rahan a été quand même publié par Hachette dans les années 70 et Hachette, ce n'est pas le marxisme-léninisme !) Mais encore une volonté des auteurs de devenir des auteurs comme ceux publiés par les grandes maisons de BD ou les nouvelles maisons (les éditions du Fromage, les Humanoïdes, Futuropolis), et il y a sans doute eu un complexe littéraire de la part de Lécureux qui en a rajouté dans le symbolisme lourdingue parce qu'il fallait faire sérieux. C'est d'ailleurs au même moment que Charlier et Giraud imaginent la jeunesse de Blueberry alors que personne ne leur demandait de l'expliquer. Il y a dans les années 70 une métamorphose des feuilletons ou épisodes uniques d'héros éternellement au même âge en sortes de sagas (et cela aboutit hélas ! sur les vanhammeries ou arlestonneries).
Mais ce que je souligne là sont deux autres nouveaux problèmes dans l'histoire de la BD. Il y a une mutation de la BD et il y a aussi une mutation du PCF au même moment. Les deux coïncident un temps, puis divergent totalement. Je ne vois pas pourquoi on ferait de Rahan un nouveau Christ alors que d'autres héros de BD sont morts avant lui, il y a juste une ambiance mortifère dans la BD des années 70 et une volonté de tuer les séries. Cela s'illustre remarquablement dans l'introduction particulièrement impertinente et subversive du Rendez-vous à Sevenoaks de Floc'h et Rivière :
http://nerial.free.fr/artelio/artelio/art_052.html
Dois-je préciser que le personnage central de cet album meurt à la fin et que l'histoire a été publiée en volume en 1976 (mais prépubliée dès 1975) ? La mort du héros intemporel était dans l'air du temps alors. La BD commençait à recycler des idées venues en fait de la littérature ou de la critique d'avant-garde, mais c'était juste un peu trop tard. La manie des sagas avec un cycle complet naissance-vie-mort-trépas et successeur allait arriver juste après.
Écrit par : Dominique | jeudi, 27 mai 2010
Mon précédent commentaire bien que vrai (pour les sources) est en effet a prendre avec un peu d'humour (voir de recule).
Domage de se faire insulter pour un peu d'humour....
Le lien entre Pif et le PCF est vrai, mais il ne faut pas non plus en faire la seule ligne du journal.
Pif avait une indépendance financier suffisante pour faire ce qu'il voulait sans aller prendre les ordres au PCF.
Une bonne partie de la redaction était comuniste, mais ne généralisont pas trops vite. Je connait personnellement plusieurs personnes de pif a l'époque, il ne sont pas anti communiste et ne sont pas tous communiste.
Les commentaires suivants sont tres pertimants.
Je confirme, faire un rapprochement Pif Rahan PCF est un cliché réducteur qui ne tient pas compte de 95% du travail des auteurs.
Écrit par : Marc R | vendredi, 28 mai 2010
Pif-Vaillant n'a pas employé que des communistes, certes. Mais les non-communistes n'étaient pas aux places les plus éminentes. Il lui est arrivé d'employer même des gens d'extrême droite ou ayant flirté avec elle. Je prends des cas extrêmes de dessinateurs, les autres ont rarement indiqué leurs préférences ou opéré des choix malencontreux.
Passons sur l'épisode Liquois qui est un accident malheureux. Liquois est un ancien collaborateur du journal nazi, et je pèse mes mots, le Téméraire, qui a tenté de se refaire une virginité après-guerre en dessinant Fifi, gars du maquis. Lorsque son passé a été révélé par Marijac, authentique résistant, il a été remercié. Il est resté toutefois deux ans dans ce journal juste après la Libération ! Liquois va alors se recycler dans Tintin qui accueille déjà les anciens collaborateurs belges...
Mais on n'a pas été trop regardant pour Poïvet qui avait aussi dessiné dans le Téméraire. On a considéré que les planches publiées dans 4 numéros étaient banales. Poïvet va assurer le dessin des Pionniers de l'Espérance - la série phare de Vaillant - pendant trente ans ! C'est là que s'exprimait le plus l'idéologie officielle, ainsi que dans Nasdine Hodja (personnage légendaire du monde musulman récupéré par la propagande soviétique) ou le Grêlé 7/13. Bon... les Pionniers sont un modèle de tolérance envers les autres peuples et d'internationalisme.
On n'a pas demandé non plus à Dimitri-Mouminoux (de son vrai nom Guy Sajer) pourquoi il était un engagé volontaire dans la Wehrmacht durant la guerre. Il me semble que Mouminoux n'est pas resté longtemps à Vaillant, juste un an en 51, et après il a commencé à publier dans toute la presse, d'abord la catholique, chez Cœurs vaillants. Mais le cas de Mouminoux-Dimitri est compliqué.
On ne s'est pas interrogé sur les étranges accointances de Mic Delinx avec Le Pénible. Godard seul a protesté quand son dessinateur a utilisé leurs personnages pour des cartes de vœux du lideur du Front haineux. En tout cas, les opinions de Delinx n'ont jamais déteint sur la Jungle en folie qui était avant tout une série humoristique fondée sur les jeux de mots.
L'anticommunisme de Greg, l'auteur des 5 As, ne fait aucun doute. Mais il s'est surtout exprimé dans Tintin. On peut ajouter que les scénarios des derniers Bernard Prince (série de Tintin) sont délirants de racisme et de violence gratuite. Au point que le dessinateur Dany s'est avoué gêné et a arrêté sa collaboration. Greg s'est promené sur le tard avec l'insigne du Front haineux, mais il ne collaborait plus depuis longtemps avec Pif. Quant aux 5 As, c'est une série gentillette sur le modèle des bandes de gamins, comme j'en ai parlé dans mon billet sur la Ribambelle. Il ne dérangeait pas et il contribuait à faire de ce journal une revue acceptable dans toutes les familles. Cela aurait pu être publié n'importe où.
Écrit par : Dominique | vendredi, 28 mai 2010
Écrire un commentaire