lundi, 25 janvier 2010

Florilège présidentiel

Petit florilège des phrases présidentielles de ce soir (ce n'est pas dans l'ordre chronologique).


- Moi, j'aime pas ce qu'est pas juste.

- Je serais bien incapable de traire le lait.

- J'ai promis : la moitié des économies réalisées sont données en gain de pouvoir d'achat.

- Je n'ai pas un âge cacochyme.

- Moi-même, je n'ai pas fait de concours, et j'ai été élu président.

- Si je suis là, c'est pour qu'on dise la vérité.

- La Chine, vous savez, ils ont du mal avec le respect de l'environnement.

- On perd des jeunes dans les quartiers, on les retrouve plus.

- Je pense qu'une nation, c'est comme une famille !

- On a voulu dire aux Français : tentez l'aventure !

- C'est nous qui payons, heu... c'est vous qui payez.

- On ne peut pas demander aux Français d'assumer pour eux.

- J'veux pas faire d'ennuis à Bernadette ! [Je n'ai pas tout suivi, mais il me semble qu'il a alors promis d'outrepasser ses droits constitutionnels.]

- Il faut qu'on augmente les salaires, mais ce n'est pas le président de la République qui peut le faire !


Je dois en avoir manqué, puisque je suivais ce faux dialogue indirectement. Mais elles me semblent toutes remarquables par leur absurdité, leurs fadaises ou leur mauvaise construction. Je suis persuadé que cette émission restera culte en partie du fait de ces quelques extraits et de clips que l'on se repassera en boucle. Je n'ai qu'un mot : consternant. Pour la langue, les sujets, la fonction représentative. Comment peut-on parler aussi mal et aussi mal représenter le peuple, je me le demande. On a voulu voir et avoir un président ridicule, eh bien ! on l'a gagné. Je crains fort que nous n'ayons pas encore touché le fond, il est possible d'aller encore plus avant vers le grotesque. 

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Commentaires

"il est possible d'aller encore plus avant vers le grotesque"

là, ça va être difficile.

Écrit par : totolezheros | lundi, 25 janvier 2010

J'veux pas faire d'ennuis à Bernadette ! [Je n'ai pas tout suivi, mais il me semble qu'il a alors promis d'outrepasser ses droits constitutionnels.]

Bernadette a dit que son patron était contre les heures supplémentaires, et donc, qu'elle ne pouvait pas en faire pour gagner plus, donc notre ravissant président a proposé de rappeler à cet employeur ses obligations.

Écrit par : Michèle | lundi, 25 janvier 2010

De mieux en mieux, si ce que vous rapportez est exact. Il me semblait jusqu'à présent que nous vivions dans une économie de marché, mais je me demande par quel biais faussement juridique on pourrait obliger un entrepreneur à recourir aux heures supplémentaires alors qu'il peut avoir recours au travail intérimaire ou à d'autres embauches (même en CDD) dans des conditions qui ne mettent pas en péril son entreprise. Je ne sais dans quel système politique l'on entendrait des menaces de contrôle fiscal envers une entreprise qui ne jouerait pas totalement le jeu du discours présidentiel. Cela me semble très grave comme attitude. Pendant ce temps, cette année, il y a 600 000 personnes qui arriveront en fin de droits d'indemnités au chômage et qui n'auront plus rien pour finir le mois. Ah tiens ! on n'a pas parlé de ce fait pourtant essentiel ce soir. "Mais 600 000 personnes, c'est pas rien, mâme Chabot ! Et qu'est-ce que l'on m'aurait pas dit si je m'étais pas saisi du problème quand est-ce qu'il a été posé ! Ma solution est très simp' et pramatigue. Je vais leur faire faire des heures sup défiscalisées, comme ça tout le monde s'ra content, les employeurs qui font tout pour faire progresser la France et les fainéants !"

Écrit par : Dominique | mardi, 26 janvier 2010

Oui, il aurait pu dire aussi:
Mais qu'est-ce voulez qu'j'y fasse ? C'est pas moi qu'écris les lois! J'vais quand même pas les prendre un par un par la main pour les faire trouver du travail!
Passeque, j'vais vous dire, Monsieur Pernarri, d'un côté y a des usines qui trouvent pas d'ouvriers et après j'ai des chômeurs de l'aut' côté qui travaillent pas! Alors, quand même, y a pas quèque chose qui va pas, là? Alors, vous allez me dire: "mais ils sont en fin de droit!" Et alors? C'est quand même extraordinaire, ça! C'est la loi! Ne me demandez pas d'être hors-la-loi, quand même, je suis le président des Français, moi! Et pis, croyez-moi, Mâme Ferraraud, j'veux dire çui qui veut travailler, i'y arrive, sinon pourquoi ils viendraient les clandestins, si y avait pas de travail , hein? j'vous demande?

Écrit par : leveto | mardi, 26 janvier 2010

Je ne sais pas si Bernadette travaille à Carrouf ou dans un supermarché du groupe Aux Champs, mais, si c'est dans ce dernier, ils licencient à tour de bras dans une de leur filiale en ce moment, et, dans ce cas, si je ne me trompe pas, ils n'ont pas le droit de faire faire des heures sup à leur personnel.

Écrit par : Michèle | mardi, 26 janvier 2010

« - On perd des jeunes dans les quartiers, on les retrouve plus. » :

Ah, merci ! celle-là me ravit particulièrement ! J'aime bien aussi la traite du lait...

Écrit par : Didier Goux | mardi, 26 janvier 2010

Crotte…

Je n'aime pas être d'accord avec Didier Goux. Mais c'est aussi ma préférée, celle-là.

Joli florilège, en tout cas.

Écrit par : JBB | mardi, 26 janvier 2010

Michèle, s'il y a des licenciements dans une filiale, ce n'est malgré tout pas le même établissement que la société-mère (elle a par exemple un conseil d'administration, un comité d'entreprise distincts, une comptabilité séparée). Je pense que cela se rattache en fait au temps partiel contraint qui est général dans la grande distribution pour les emplois non administratifs : 1) cela permet de soumettre le personnel à une pression pour obtenir le droit de passer de 25 (le minimum depuis 2008, avant c'était 22) à 28 heures par semaine, on y trouve rarement des emplois de 32 heures même si en théorie on pourrait aller à 35 heures 2) cela permet d'éviter les temps de rencontres en salle de repos pour les caissières et les manutentionnaires, donc toute velléité d'organisation syndicale 3) cela permet d'amortir très rapidement la disparition d'un poste ou réduit le coût d'un nouveau poste puisque la gestion RH est à flux tendu comme pour les marchandises. Le temps partiel contraint est l'arme antisyndicale par excellence dans la grande distribution, c'est l'équivalent du travail posté dans l'industrie et de l'open space dans les services. La loi sur les heures supplémentaires est absurde, elle ne s'applique pas à la restauration, aux transports (où le temps de travail dépasse largement les 39 heures et où les heures effectuées en plus ne sont pas comptées). On a juste envisagé le cas de l'ouvrier posté ou de l'administratif qui pointe ou du prof présent devant ses classes (mais pas tous, les instits, les documentalistes sont exclus du calcul), et il y a une foule de gens qui sont hors des schémas, parce qu'ils font plus ou moins d'heures que la moyenne selon leur convention collective. Cela exclut par exemple les cadres qui sont payés au forfait qu'ils travaillent dix ou soixante heures, mais qui peuvent recevoir des primes. Si on ne connaît pas la fonction exacte de Bernadette et donc son statut, on a du mal à comprendre sa situation.

Écrit par : Dominique | mardi, 26 janvier 2010

« Je serais bien incapable de traire le lait. »

Je vote sans hésiter pour celle-là : pour son grand classicisme (sans le « bien », c'était un alexandrin) autant que pour son indéniable côté surréaliste, et au nom du principe de la continuité de l'État. De fait, Nicolas Sarkozy s'inscrit avec elle dans la lignée directe de son auguste prédécesseur, grâce auquel nous avions appris avec un certain soulagement, lors de vœux télévisés du temps de la crise de la vache folle, que les Chirac mangeaient de la « vache bovine ».

Pour le reste, je vous trouve bien dur car je note quand même plusieurs phrases négatives avec l'adverbe de négation. Qui pourra encore dire après ça que notre omniprésident bien-aimé ne fait pas des progrès phénoménaux ?

(J'aime bien aussi l'« âge cacochyme »)

Écrit par : Chieuvrou | mercredi, 27 janvier 2010

La présence de la négation complète n'est sans doute pas due à une soudaine métamorphose de la syntaxe présidentielle, mais aux rapporteurs du propos divin. Comme je n'ai pas de télévision, j'ai suivi ce grand remake de la cafétéria d'Hélène et les garçons sur la Toile et d'abord par Twitter (étiquette #p2f pour Paroles de Français), le Post et Rue 89. J'avais du mal à suivre tous les épisodes en même temps, les étranges lucarnes sont quand même un peu plus calmes. Il m'a suffit de faire au fur et à mesure des copier-coller, puis de nettoyer le code HTML.

Je soupçonne certains auditeurs de posséder un peu mieux la langue que notre suprême magistrat et d'avoir corrigé involontairement les erreurs. Je n'ai rien modifié, parce que je n'ai pas voulu rétablir sans preuves ce qui correspond plus à son expression naturelle. Ce ne serait pas honnête, même si cela paraîtrait plus vraisemblable.

Je signale que le Canard publie ce matin les cent erreurs de langage de notre agité lors de cette soirée. Un verbatim plus complet et plus juste que mon rapide relevé, je suppose, et s'appuyant sur un enregistrement qui permet d'utiliser les touches pause et retour pour bien écouter.

Écrit par : Dominique | mercredi, 27 janvier 2010

En fait, il n'y a pas cent fautes comme l'indique le titre de l'articulet, mais quelques autres erreurs :
- Le repliement communautaire.
- Ce sont nos principals concurrents, nos principals partenaires.
- L'apprentissage, elle a [plein de vertus].
- Nous sommes la dernière génération qui peuvent sauver le monde.
Je suis déçu.

Écrit par : Dominique | mercredi, 27 janvier 2010

Au sujet de repliement, j'avais perçu quelque chose qui clochait, mais après consultation du Littré , qui indique «action de se replier», j'ai hésité à le faire remarquer. C'est surtout bizarre et maladroit, comme «transfèrement» qui est utilisé de plus en plus, mais cela n'atteint pas le niveau de sa célèbre «héritation», qui avait très nettement moins été moquée que la «bravitude» de sa concurrente.
C'est dans son expression spontanée que Nicolas 1er nous ravit. Il a semble-t-il commis moins de maladresses verbales avec la poupée-Bella qui faisait semblant de lui poser des questions en antipasti, mais il faudrait effectivement jouer plus souvent avec les touches et pour faire l'inventaire déconnant de l'idiolecte prez'identitaire.

Écrit par : Olivier | mercredi, 27 janvier 2010

j'avais pourtant bien tapé «les touches pause et retour». Le fait de placer des chevrons annihilerait-il la parution des mots ainsi édités ?

Écrit par : Olivier | mercredi, 27 janvier 2010

Le mot "transfèrement" est le terme technique et administratif pour désigner le déplacement d'un détenu d'un lieu d'emprisonnement à un autre. Cela a donné lieu à des débats animés dans fllf à propos de sa justesse, mais si c'est le jargon de la profession des matons et des juges, pourquoi le refuser ? Il y aurait une erreur de langage derrière ? Laquelle ?

Écrit par : Dominique | mercredi, 27 janvier 2010

Au sujet de transfèrement, j'avais bien noté. Cependant, quand on évoque le transfèrement d'une usine, comme j'ai pu le lire ailleurs, dans le sens tout aussi curieux de «délocalisation», on peut tout de même le faire remarquer.

Écrit par : Olivier | mercredi, 27 janvier 2010

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