dimanche, 24 janvier 2010

La filière corse

Je lis ceci dans Twitter du fameux porte-parole de l'UMP que l'on ne présente plus :

FLefebvre_UMP: Immigration clandestine : la France ne laissera pas la Corse devenir une nouvelle filière.

Frédéric Lefebvre est unique, il ose tout et c'est à cela qu'on le reconnaît. Mais j'ai un léger problème avec cet énoncé. Est-ce que les Corses organisent une immigration clandestine sur leur sol ? J'ai l'impression que non et ils admettent mal le pinzutu, sauf s'il se fait oublier. Qu'a-t-on à la base de cette déclaration ?

D'abord des réfugiés politiques ou économiques, menacés dans leur vie, dont on doit examiner les demandes de droit d'asile avant de les placer en centre de rétention administrative - ce qui n'a pas été le cas en l'espèce. Ils sont d'emblée qualifiés d'immigrés clandestins, mais quand on fuit un pays en guerre comme l'Irak ou une dictature comme la Syrie on ne prend pas la peine d'obtenir un visa et un permis de séjour auprès d'une ambassade. Ensuite, ils sont sans doute victimes d'un passeur qui les a débarqués n'importe où et cela aurait pu être sur n'importe quelle côte sans leur donner une solution d'hébergement sur place. Ce n'est pas vraiment ce que l'on peut nommer une filière puisqu'il n'y a pas de point d'arrivée déterminé.

Enfin, j'en arrive à l'essentiel. Pourquoi l'agité aux longs cheveux gras et sales parle-t-il de la Corse comme d'une filière ? C'est que comme pour les réfugiés il y a un présupposé à la base : qui dit Corse, dit automatiquement clandestinité, maquis, zone de non droit, réseaux plus ou moins mafieux (surtout dans les enclaves corses des Hauts-de-Seine), histoires de contrebande et de douaniers (les douaniers étant eux-mêmes corses), attentats contre des pylones ou des gendarmeries, conférences de presse encagoulées et pourtant bien surveillées par les gendarmes (corses comme les terroristes). On a à la base une représentation folklorique. Ce faisant, il stigmatise l'ensemble d'une population qui ne serait pas vraiment française de coeur et qui aurait été susceptible d'accueillir et de cacher des clandestins à cause d'un autre présupposé, celui de l'hospitalité. Dirait-on d'autres départements qu'ils sont des filières de l'immigration clandestine ? Des Côtes-d'Armor, de la Gironde, de la Loire-Atlantique, de la Dordogne ou du Gers, par exemple ? Il traite la Corse comme un département d'outre-mer qui subit une immigration clandestine massive comme Mayotte ou la Guyane alors que les circonstances sont totalement différentes.

Quand on commence à creuser le discours de notre chevelu glaviotant, on se rend compte qu'il s'agit bien d'un discours de communicant. Les mots sont pesés afin de correspondre aux stéréotypes du café du commerce et d'éviter tout débat sur le fond ou sur les représentations mentales. Il ne raconte pas n'importe quoi, ses discours incohérents ont un but : nous abaisser à son niveau et à sa vision manichéenne. 

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Commentaires

Joli décryptage.

Mais en même temps, je comprends Lefèbvre : si les migrants islamiques (forcément islamiques) et en burka (forcément en burka) commencent à fricoter avec les cagoulés nationalistes (forcément cagoulés et nationalistes), où on va ?

Écrit par : JBB | dimanche, 24 janvier 2010

Moi, je l'ai toujours pensé: avec une Tête de Maure sur leur drapeau, on ne pouvait s'attendre qu'à ça de la part des Corses!

Écrit par : leveto | dimanche, 24 janvier 2010

JBB, le mot décryptage est désormais strictement in-ter-dit dans ce blogue ! Aussi banni que la burqa ! Il est juste réservé à @rrêt sur images et aux sites qui veulent reprendre son vocabulaire. Je ne décrypte pas comme les professionnels des médias, j'explique comme mes autres collègues profs. L'explication est parfaitement révisable au vu des réponses ou de l'expérience. C'est une forme modeste et je ne veux plus entendre parler de "décryptage" où que ce soit. Je ne décrypte pas, moi, môssieu ! J'essplique. Il faudrait que je consacre un billet spécial au sujet du mot "décryptage", peut-être ?

Écrit par : Dominique | dimanche, 24 janvier 2010

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