samedi, 19 décembre 2009
Le juif, cet étranger
Je lis cette phrase dans Libération :
«Cet acte constitue une véritable déclaration de guerre, provenant d’éléments dont nous ne connaissons pas l’identité, mais je suppose qu’il s’agit de néo-nazis animés par la haine de l’étranger», a déclaré son président, Avner Shalev.
Tout pro-sioniste que je sois, cela ne laisse pas de m'interloquer. Des néo-nazis, on en connaît de diverses nationalités, il en existe même des Français, des Belges, des Suisses et peut-être des Québécois ou des Etatsuniens. Alors comment pourraient-ils être contre l'étranger en soi ? Ils se regroupent entre néo-nazis de différents pays lors de fêtes fort païennes et ils ne semblent pas craindre alors l'étranger qui parle le même langage qu'eux. Qui est donc l'étranger ? C'est le juif, bien entendu ! Le juif est toujours l'étranger absolu (sauf que maintenant c'est devenu le musulman forcément terroriste par essence). On utilise un vocabulaire vieux de septante ans pour décrire une réalité actuelle ! Les étrangers que l'on chasse de France ne sont plus juifs, c'était vrai en 40, mais aujourd'hui ce sont d'autres et cela on ne l'entend pas parce que l'on confond étranger et juif. Non, les juifs ne sont plus étrangers en France et c'est heureux, oui il y a des étrangers qui subissent le sort des juifs autrefois. Ne confondons pas les mots. Aucun juif n'est l'étranger absolu. D'ailleurs, cela n'a même pas de sens que se proclamer juif ou français. Je ne comprends pas du tout cette déclaration absurde.
23:58 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, racisme



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Commentaires
C'est curieux. Telles que les mentionne Libération, les réactions paraissent faire de cette inscription honteuse, érigée par des bourreaux (et dont le vol est certes condamnable), un symbole de la Shoah ou même de la judéité. On me dira que le poteau de la honte auquel a été crucifié Jésus, et son inscription INRI, sont des symboles du christianisme. C'est quand même une conception assez bizarre, comme si la guillotine symbolisait la justice, et que la disparition d'une guillotine soit perçue comme un scandale. Je préférerais des symboles plus positifs.
Écrit par : Pierre Enckell | dimanche, 20 décembre 2009
Juif ou juif?
Vous écrivez"le juif est l'étranger" et pas le "Juif est l'étranger"Pourquoi préférez-vous le j minuscule?
Parce que vous êtes existentialiste et non essentialiste?
Dans un autre post,vous écrivez"je suis prosioniste" Je ne connaissais pas ce qualificatif :je connais sioniste,proisraelien,propalestinien mais pas prosioniste Quelle est ,selon vous,la différence entre proisraélien et prosioniste?
Écrit par : dominique.P | dimanche, 20 décembre 2009
Ce qui m'aura le plus choqué dans cette histoire, finalement, ce n'est pas le vol en lui-même mais la faiblesse incroyable des moyens déployés par la Pologne pour traiter l'affaire au regard de la puissance symbolique de la chose : un chien policier en tout et pour tout (si on en croit l'article du Monde) . On parle quand même d'un des plus grands symboles d'une période historique elle-même très symbolique.
Écrit par : Moktarama | dimanche, 20 décembre 2009
Auschwitz reste de toute manière au centre de beaucoup de polémiques dans des sens divers, que l'on se souvienne de l'affaire du carmel ou du musée soviétique. Il est certain que les gouvernements polonais et particulièrement le gouvernement actuel n'aiment pas que l'on rappelle cette période de l'histoire où la Pologne n'a pas été une pure victime, que le lieu est notoirement mal gardé, mal entretenu, voire menacé par des établissements voisins parasites dans une sorte de disneylandisation. Mais c'est un des rares cas de camp d'extermination à être resté debout, les autres camps de concentration ou de travail ont été démontés ou rasés soit par les nazis qui avaient honte de leurs crimes, soit par les libérateurs. Son territoire devrait être placé sous la protection de l'Onu ou de l'Union européenne, afin d'éviter les dérives parce qu'il est fort difficile de faire confiance au gouvernement polonais dans la protection d'un lieu de mémoire de gens qui ne sont maintenant plus polonais ou qui venaient de toutes les parts de l'Europe. Il fait déjà partie du patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, mais ce n'est pas suffisant. Bien entendu, l'histoire du vol de l'inscription est honteuse, mais cela s'inscrit dans une longue série de provocations diverses autour d'un lieu de mémoire que certains voudraient perdre.
Écrit par : Dominique | dimanche, 20 décembre 2009
dominique.P : Vous écrivez"le juif est l'étranger" et pas le "Juif est l'étranger"Pourquoi préférez-vous le j minuscule?
Parce que vous êtes existentialiste et non essentialiste?
Vaste question à laquelle je ne répondrai pas. Il me semble que Perec se demandait ce que voulait dire être juif pour lui, alors qu'il n'était justement pas de confession juive n'ayant jamais pratiqué sa bar-mitzvah, n'ayant presque pas connu ses parents et étant à peu près totalement athée. Mais il y avait des gens qui le considéraient comme juif ou comme Juif lorsqu'on devait le cacher dans le Vercors et pour eux, c'était pareil. Maintenant, je ne peux répondre à la place d'un juif puisque je ne le suis pas : il me semble que c'est avant tout une histoire, une culture, des liens familiaux avant une religion. Mais je ne sais pas à la place des gens qui peuvent se dire juifs ou considérés par les autres comme juifs. C'est comme musulman ou catholique pour des gens qui n'entretiennent que de vagues liens avec leur histoire personnelle. Cela ne me semble pas avoir un grand sens, pas plus que se demander ce qu'est l'identité nationale française. Mais cela peut être lourd de sens pour les gens qui vous persécutent par rapport à vos origines, votre nom, votre faciès. Alors on écrit la capitale pour désigner l'étranger.
Écrit par : Dominique | dimanche, 20 décembre 2009
@dominique
Dans" le judaîsme pour les nuls",les auteurs juifs de ce livre disent les Juifs
"peut-on parler d'un peuple juif?"est-il écrit à la page 10
Etre juif( être un Juif)c'est descendre d'un couple Abraham et Sarah qui a fait souche Ainsi s'est constitué un groupe que l'on peut appeler au choix :peuple,nation,ethnie et que les antisémites qualifient de tribu
Il existe deux manières d'appartenir à ce groupe:être né de mère juive et devenir juif par une série de rites,c'est à dire par conversion Cependant,,il existe entre les divers courants du judaîsme,des divergences sur les conditions d'accès à la conversion(Marilyn Monroe et Lyz Taylor s'étaient converties)
Les auteurs de ce manuel Rabbin Ted Falcon,David Blatner et Josy Eisenberg mettent un majuscule à Juif quand il est utilisé comme nom masculin
Écrit par : dominique.P | dimanche, 20 décembre 2009
Pour moi, c'est totalement anecdotique et cela a à peu près la même importance que lorsque des gens écrivent Catholique ou Protestant ou Orthodoxe afin de se faire valoir. Les noms de confessions, d'écoles artistiques ou littéraires, de courants philosophiques s'écrivent tous avec des bas-de-casse selon les règles de l'Imprimerie nationale qui avait bien raison de ne pas privilégier une idéologie, mais on peut considérer les Juifs aussi comme peuple dans l'histoire lorsqu'il y eut plusieurs royaumes d'Israël et de Juda ou lors de la restauration de l'Etat d'Israël. Cela ne me dérange pas alors d'écrire Juif avec capitale, tout comme je ne suis pas gêné d'écrire Musulman au sujet d'un Bosniaque ou d'un Kossovar qui n'a probablement que de très vagues liens avec la culture islamique et sans doute aucun. Mais dans l'époque dont je parlais, il n'y avait que des juifs et jamais de Juifs sauf pour les antisémites.
Écrit par : Dominique | dimanche, 20 décembre 2009
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