dimanche, 13 décembre 2009

Qu'est-ce qu'une carte de la Gaule ?

Dans le cadre du grand pseudo-débat sur l'identité nationale, examinons cette image. Que voyons-nous ? Une sorte de carte de France d'abord, mais sans aucunes frontières. Les contours correspondent à peu près à ceux de la France métropolitaine actuelle, si ce n'est que la Corse est absente et pour cause ! Elle était déjà romaine, après avoir été étrusque et grecque. Mais certains détails pourront choquer les historiens et encore plus les géographes. En effet, par exemple, on ne voit pas le golfe correspondant à l'actuel marais poitevin si cher à Ségolène Royal. Or, à l'époque romaine et jusqu'au XVIIIe s., ce morceau de terre n'avait pas encore été conquis sur la mer avec l'aide d'ingénieurs néerlandais. C'est un peu bizarre, on a affaire à une carte de France contemporaine superposée à une carte des divisions de la Guerre des Gaules. Ce qui me trouble le plus, c'est qu'on ne voit absolument pas la frontière française du Rhin alors que le reste du fleuve semble bien dessiné ! Je me demande bien pourquoi il a disparu sur son parcours entre Bade et Alsace sous l'aigle romaine ! C'est un des trucs qui m'ont tracassé durant mon enfance... C'est un peu biscornu cette séparation avec l'Allemagne par une aigle romaine.

Passons maintenant aux divisions des Gaules telles que les donnait César. Elles correspondent plus ou moins (enfin pas vraiment, on va le voir). Sauf que... la Belgique est repoussée sur le territoire de l'actuelle Belgique ! Ce alors que les autres provinces sont bien centrées. César considérait comme belges tous les peuples vivant au nord de la Seine et de la Marne. Cela inclut bien des régions, la Champagne, la Picardie,la Haute-Normandie par exemple et aussi des Lander comme la Rhénanie-Palatinat et la Sarre ou encore une nation comme les Pays-Bas. C'est un peu étrange, cette Belgique qui correspond à l'actuelle Belgique et non à la Belgique antique. Voilà qui permettra ensuite de fabriquer l'un des plus mauvais albums de Goscinny, Astérix chez les Belges. Les Belges sont donc des étrangers tout en ne l'étant pas.

Plus étrange encore, on voit la mention de Lutèce alors que la capitale des Gaules après la conquête était Lugdunum (Lyon) et que César avait fait d'Arles la principale ville de la Narbonnaise. Pourquoi donc Lutèce alors que l'on ne sait toujours pas si l'emplacement de la Lutetia antique était plutôt sur la rive gauche de Paris ou du côté de Nanterre ? Pourquoi alors que l'on se demande si ce n'était pas une cité avec des centres multiples comme on a pu le voir à Gergovie (l'un marchand, l'autre sacré, le dernier militaire). D'ailleurs, l'importance de Lutèce et des Parisii était limitée à cette époque, les peuples dominants étaient ailleurs. Mais comme Lutèce est devenue Paris, on calque la représentation de la France contemporaine sur la Gaule. Et on pourra retrouver ensuite des embarras parisiens dans la Serpe d'or, le Tour de Gaule, Astérix et les Normands, etc. L'important est la superposition des fictions.  

Poursuivons notre investigation, César ne parle pas du tout de l'Armorique comme d'une des parties de la Gaule. Il n'en fait pas mention parce que ce n'est pas son objectif premier : il attaque d'abord en terres belgiques et plus ou moins germaniques, mais les guerres contre la coalition armoricaine n'ont pas été menées par lui, ce sont ses lieutenants qui l'ont faite sans sa présence, puisqu'il se trouvait en Italie et il intervient en dernier pour montrer qu'il est le vainqueur. Il ne mentionne donc pas l'Armorique comme une partie de la Gaule en préalable. L'Armorique n'existe pas à cette époque, c'est une confédération de tribus de la même région, mais rien de plus. Elle ne sera jamais une région romaine avant l'an 370. Et les frontières sont alors vastes : entre Garonne et Somme ! Soit en fait toute la Gaule dite celtique, plus une partie de la Belgique.

Revoyons cette carte, pourquoi l'Armorique a-t-elle été nommée ainsi ? Il y a une raison simple : Goscinny avait demandé à Uderzo de situer son village n'importe où, mais près de la mer afin de pouvoir réaliser des récits de voyage. Et il y a eu toujours une alternance entre récits dans le village et récits de voyage. Cela aurait pu se trouver en pays basque, dans le marais poitevin ou en baie de Somme, mais cela s'est trouvé en Bretagne sans doute à cause des menhirs qui ne sont pas particulièrement gaulois ou bretons. En effet, les menhirs sont pré-celtiques et on en trouve même en Champignacie. Qui dit menhir (voir les deux premières pages de l'album) dit automatiquement Carnac et donc Bretagne, que l'Armorique n'existait pas pour César n'a pas effleuré les auteurs qui l'avaient pourtant lu. On était dans la mythologie et le jeu sur les apparences.

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Commentaires

Une belle carte de la gaule :

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/Penis_Anatomy.gif

Écrit par : Charles | dimanche, 13 décembre 2009

On prétend même qu'Arles a été comme une capitale d'Empire quand Constantin en fit son lieu de résidence !
Merci pour la référence.

Écrit par : rimbus | dimanche, 13 décembre 2009

Charles, ce n'est pas très correct, mais je conserve le lien qui peut faire réfléchir sur l'identité machin.

Rimbus, vous aviez publié un billet riche, dense et je n'avais pas su comment le citer auparavant, je n'y ai rien écrit mais il m'avait touché. J'aimerais que des gens aillent le lire ou le voir plutôt que se préoccuper de questions de classement Wikio.

Écrit par : Dominique | dimanche, 13 décembre 2009

Certains prétendent qu'Uderzo a placé le village gaulois à Erquy (Cotes d'Armor) car il y avait trouvé refuge pendant la seconde guerre mondiale

Écrit par : Francis | dimanche, 13 décembre 2009

Francis, c'est vraisemblable, mais il y a beaucoup de hasards dans cette histoire improvisée à la suite de l'apparition d'une histoire concurrente. Le personnage d'Obélix ne devait plus apparaître après la première histoire, sauf sous forme de personnage secondaire (Goscinny détestait les héros costauds que dessinait Uderzo). Si on estime que c'est Uderzo qui a guidé le choix du lieu, du personnage, de son métier (et aussi du chien Idéfix qu'il a installé dans les pages sans que ce soit dans le scénario de Goscinny qui détestait aussi les animaux de compagnie de héros), cela fait pleinement de lui un coauteur pour le scénario. Il a imposé Obélix et Idéfix comme ses créatures, et si on dit qu'il y a de mauvais albums après Goscinny, il y en eut aussi sous Goscinny notamment les deux derniers. Je pense qu'Uderzo est un dessinateur au parcours complexe et qu'il a participé aussi à la fabrication de l'histoire sans être seulement un banal illustrateur.

Écrit par : Dominique | dimanche, 13 décembre 2009

Si mes souvenirs sont bons, la Gaule Belgique était toute celle faisant frontière avec les Germains. Les tribus des Helvètes, des Séquanes et des Allobroges en faisaient aussi partie. Mais le grand Jules est assez vague dans son descriptif. Goscinny a effectivement écrit certains Astérix parce qu'il fallait en sortir un, mais on n'est jamais tombé aussi bas qu'après sa mort, je pense...

Écrit par : Ponte Facto | lundi, 14 décembre 2009

César est un peu imprécis par moments, notamment lorsqu'il doit parler de la classification des peuples, mais ce peut être à dessein... Les Helvètes formaient une coalition de tribus à part, mais n'appartenaient pas à une confédération dite belge, quoi qu'ils aient été parmi les Gaulois les plus orientaux et en contact avec les Germains.

N'oublions jamais que c'est à cause de ces salauds d'Helvètes que la Guerre des Gaules a commencé ! Si César avait compté les Helvètes parmi les peuples belges comme ses grands amis Rèmes, cela aurait mis un peu à mal sa fiction d'une intervention afin d'empêcher leur migration vers la Saintonge alors qu'ils étaient acceptés par les tribus qui devaient les accueillir. Il reste flou sur les limites orientales de la Belgique parce qu'il lui faut rejeter certains peuples comme trop germains et pas assez gaulois et cela se confirme ensuite avec la bataille contre Arioviste, le sale Germain à jeter loin du Rhin. Cela lui permet de prétendre avoir lutté contre une invasion d'étrangers à la Gaule chevelue. Cela ne vous rappelle rien dans l'actualité récente ? La Guerre des Gaules est un texte de propagande et pas seulement un document littéraire ou historique.

Pour le niveau des Astérix, il y a une baisse notable chez Goscinny en dernier, la Grande Traversée aussi n'est pas très bon. Sans doute la lassitude, le machinisme, la trop grande confiance en soi sans aucun contradicteur ou sans interlocuteur. Certains des premiers albums "scénarisés" par Uderzo ne sont pas si mauvais même s'ils sont d'un niveau inférieur à la première époque. Il bénéficiait de bons nègres (dont les noms me semblent évidents puisque certains ont scénarisé aussi les meilleurs albums post-Goscinny de Lucky Luke) qui ont fait leur possible, mais cela devient vraiment catastrophique pour les deux derniers. Goscinny est parti trop tôt, mais il est aussi parti à temps, juste avant qu'on ne dise qu'il commençait à radoter. Je crois que l'on serait peut-être méchant envers lui s'il avait continué lui aussi Astérix alors qu'il commençait à tourner en rond. Il ne faut pas le glorifier à l'excès, il avait déjà tout dit dans cette série et il s'apprêtait à passer au cinéma afin de se renouveler.

Écrit par : Dominique | lundi, 14 décembre 2009

C'est hélas souvent à cause de ces salauds d'Helvètes que tout commence, parfois on se passerait bien d'une telle publicité.
Mon souvenir est que le grand Jules dit que de tous les Gau-gau les Belges sont les plus braves (G en fait le thème de l'Astérix que vous décriez) et que de ceux-ci les Helvètes sont les plus braves car sans cesse harcelés par d'hirsutes germains depuis l'autre côté du Rhin, ce qui pousse Orgétorix et ses copains à partir en brûlant tout derrière eux pour ne pas être tentés de revenir.
C'est à ma connaissance la seule évocation des "heluetii" et dans la propagande de Jules, il fallait que ce soient de bons gaulois et non des envahisseurs germains. D'où probablement certaines imprécisions...

Écrit par : Ponte Facto | lundi, 14 décembre 2009

Lisez le début du texte, il n'est pas du tout explicite que les Helvètes faisaient partie des Belges selon la présentation de César.
"Le pays habité, comme nous l'avons dit, par les Gaulois, commence au Rhône, et est borné par la Garonne, l'Océan et les frontières des Belges ; du côté des Séquanes et des Helvètes, il va jusqu'au Rhin ; il est situé au nord. Celui des Belges commence à l'extrême frontière de la Gaule, et est borné par la partie inférieure du Rhin ; il regarde le nord et l'orient. "
On a l'impression d'un autre peuple que celui des Belges, il n'évoque pas la limite du Jura ou du Rhône. Il écrit par ailleurs et avant : " Par la même raison [que pour les Belges], les Helvètes surpassent aussi en valeur les autres Gaulois ; car ils engagent contre les Germains des luttes presque journalières, soit qu'ils les repoussent de leur propre territoire, soit qu'ils envahissent celui de leurs ennemis."
http://bcs.fltr.ucl.ac.be/CAES/BGI.html

Il construit donc une sorte de nation gauloise helvète distincte des Belges, mais qu'il compare à ceux-ci sans l'y inclure et comme il a d'abord parlé des trois parties de la Gaule non romaine, cela lui devient difficile de revenir en arrière pour faire une quatrième partie. On a aussi une sorte de surenchère dans ce discours préliminaire, il faut dire d'abord que l'on a affronté les plus braves de tous les combattants, d'abord les Gaulois moins romanisés qui sont déjà de redoutables adversaires, puis les Belges qui le sont encore plus et enfin les Helvètes qui luttent désespérément contre les Germains alors qu'ils étaient déjà mélangés à eux comme les Belges. La présentation est avant tout rhétorique et pas du tout historique ou ethnologique. Du plus faible au plus fort adversaire, du moins sur le papier.

Ensuite, le brave Jules fait preuve de mansuétude et de compassion en refoulant les Helvètes dans les montagnes qu'ils n'auraient jamais dû quitter et se pose en garant de la paix gauloise pour avoir exterminé quelques méchants et sauvages Germains qui se trouvaient dans les fourgons helvètes ou qui erraient dans les plaines de la future Alsace alors qu'ils y séjournaient depuis des années. Il fallait qu'il trouve une justification à son intervention dans un territoire non romain en prenant parti pour certaines tribus gauloises et qu'il se présente comme un grand chef de guerre qui avait vaincu un ennemi redoutable, puis fait acte de clémence afin de montrer comment il peut être bon chef pour les Gaulois qu'il a soumis. Tout le début de la Guerre des Gaules sonne faux.

Écrit par : Dominique | lundi, 14 décembre 2009

http://histoiredesartsrombasseconde.blogspot.com/2009/09/jules-cesar-le-buste-decouvert-arles.html
César est imprécis car il a coulé.
Hélas, pourtant Fluctuat nec mergitur

Écrit par : michèle, transalpine | mardi, 15 décembre 2009

michèle, transalpine. A votre place, j'emploierais une autre signature. Les quatre premières et les quatre dernières lettres de celle-ci seraient bien accueillies par la Comtesse du Canard.

Écrit par : Pierre Enckell | mardi, 15 décembre 2009

>Pierre Enckell, pour vous j'ai changé de signature. Pro cela convient mieux à mes capacités, je trouve. Puis, j'en ai marre que vous écriviez "peut mieux faire sur mes copies", vraiment.
P.S : si on ne se comprend pas, c'est parce que vous êtes du nord et moi du sud, c'est tout. Alice aussi est du sud. Ce n'est pas parce que nous sommes des femmes.
P.P.S César était chauve, surprenant, non ?

Écrit par : michèle, Proserpine | mercredi, 16 décembre 2009

>Pierre Enckell, ah oui, ma photo, pour vous.
http://www.artchive.com/artchive/r/rossetti/rossetti_proserpine.jpg
P.S le "al" au milieu, l'est bien quand même : Al Capone, Al Rachid, Al gésiras, Al bout querque and so on.

Écrit par : michèle | mercredi, 16 décembre 2009

Attention, michèle, il y a maintenant une deuxième Alice qui n'est plus M, mais qui est du fromage dit-elle dans son lien, et les deux sont bien différentes quoique avec des points communs (eh ! eh!) Mis à part cela, je n'ai strictement rien compris à ce que vous écrivez, mais cela ne change pas de l'ordinaire.

Écrit par : Dominique | mercredi, 16 décembre 2009

Chère michèle, êtes-vous sûre d'être du sud ? Je vous croyais complètement à l'ouest.

Écrit par : Pierre Enckell | mercredi, 16 décembre 2009

Là, c'est fort méchant et vous en faites une victime volontaire et consentante. Je ne veux plus assister à l'agonie de michèle après ses assassinats multiples par Pierre Enckell et heureusement les vacances de Noël viendront bientôt pour me délivrer de cette souffrance. Il y aura moins d'occasions de trucider verbalement son prochain ! Puisque je parlerai moins... Cela dit, si vous pouviez revenir un peu à la raison, michèle, cela serait un peu profitable pour tous, mais je ne pourrais pas rire des reparties de Pierre.

Écrit par : Dominique | mercredi, 16 décembre 2009

>Dominique pourquoi (si ce n'est pas indiscret) parlerez-vous moins après Noël ? Je n'ai pas remarqué la seconde Alice, mais on lit moins la première Alice M. ce que je regrette sans pouvoir y faire grand chose.
Dominique je ne me sens pas du tout victime consentante de Pierre Enckell. Je m'écrase parce que je plains l'agresseur : chaque agression a un effet boomerang très puissant et lorsque je peux me garder de ce type d'attitude, je le fais ; il est rare que, sur la toile, je me laisse aller dans des invectives. Cela a un très grand effet pervers, et de fantasme de sur-puissance.
Quant à revenir à la raison, vous me demander donc d'arrêter de blogguer, c'est ça ? Ben, pour l'instant, je n'y suis pas prête, car j'y trouve mon compte, et je ris beaucoup, mais c'est sûr que ce n'est pas le mode de communication idéal qui me convient à long terme.
P.S j'espère que votre souffrance c'est de l'ironie, sinon, grimpez sur votre monture, saisissez vous d'une lance et portez mes armoiries, je jetterai un mouchoir doré, euh brodé (lapsus clavii) à vos pieds lorsque vous aurez trucidé Pierre.

>Pierre Enckell, sachez que je me modère, eh oui, et que je peux être bien plus à l'ouest encore. Eh oui (bis). Pauvre de vous, homme des steppes arides.

Écrit par : michèle | jeudi, 17 décembre 2009

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