dimanche, 22 novembre 2009

Sardouïsme et sarkozysme : la déontologie du sergent

Je reçois un courrier de Mariah-Samanthah qui réclame une fois de plus mon aide.

Très cher comte, je suis fort ennuyée parce que dans le cadre du programme de français du baccalauréat STG "Sardouïsme et sarkozysme" notre professeur nous a demandé de comparer deux textes afin de dire lequel exprime le plus notre identité nationale, les saines valeurs de notre glorieuse armée et exalte le plus notre patriotisme. Il faut dire que cela participe aussi à notre cours d'Education civique, juridique et sociale. Je suis très embarrassée parce que je ne sais pas quel est le texte qui serait le plus originaire de l'Anti-France. Je vous les joins afin de connaître votre opinion.

Le premier est bien de Michel Sardou qui en signe les paroles et qui a dû se faire aider tellement le sujet était difficile.

Je suis arrivé un beau matin du mois de mai
Avec à la main les beignets qu'ma mère m'avait faits.
Ils m'ont demandé
Mon nom, mon métier,
Mais quand fier de moi j'ai dit "artiste de variétés",
A ce moment-là,
Je ne sais pas pourquoi,
J'ai entendu rire un type que je n'connaissais pas.

Nous avons affaire à une scène typiquement française avec un brave futur militaire qui vient accomplir son devoir patriotique et qui se montre un peu niais du fait des beignets que sa tendre mère a tenu à lui confier afin qu'il ne meure pas de faim durant cette année loin d'elle. On comprend tout de suite qu'en entrant dans la caserne, il deviendra un homme comme on dit chez Kipling.

Le second texte est écrit par un dangereux apatride anarchiste, Pierre Vassiliu qui n'aurait jamais dû avoir vocation à devenir français.

Y avait la femme d'un militaire qui faisait collection d'képis
Y avait des blancs, des rouges, des verts, c'en était de biens beaux bibis

C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais deux hommes à moi
L'un tenant la bannière l'autre me tenant moi

On remarque tout de suite le dénigrement systématique de cette noble et illustre institution qu'est notre armée nationale à travers le portrait d'un sergent comme dans la chanson précédente, mais tout est systématiquement rabaissé ! Notre armée est dégradée et souillée puisque le militaire censé être intelligent car sergent se retrouve incapable de marcher au pas.

Le rire du sergent,
La folle du régiment,
La préférée du Capitaine des Dragons,
Le rire du sergent,
Un matin de printemps,
M'a fait comprendre comment gagner du galon
Sans balayer la cour,
En chantant simplement
Quelques chansons d'amour.
Le rire du sergent,
La fleur du régiment,
Avait un cœur de troubadour.

Bien entendu, cela n'a strictement aucun sens quand on réfléchit et à l'armée il ne faut pas réfléchir, les vers n'ont aucun rapport entre eux, mais cela s'inscrit bien dans un très grand genre littéraire proprement français : le comique troupier ! Il repose d'abord sur l'exaltation de la débrouillardise et du piston plutôt que le travail et l'expérience. Des valeurs proprement sarkozystes, n'en doutons pas. Notons que le sergent en question est fort porté sur la saine et forte amitié virile qui l'incite à prendre en charge de jeunes bleusailles sous son aile protectrice. En revanche, le texte suivant est bien malveillant pour la mission civilisatrice de notre grand pays dans ses colonies.

Pour recevoir ses p'tits amis elle cachait tous ses képis
mettait une robe de chambre kaki et se couchait en chien d'fusil

C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais trois femmes à moi
On n'faisait pas d'manière une fois j'te vois ou j'te vois pas

Il s'agit d'une justification de la polygamie qui ne saurait jamais appartenir à notre identité nationale, mais qui est hélas ! courante dans les pays dont les ressortiissants n'auront jamais vocation à devenir français, puisqu'être français cela se mérite et je me demande comment ce monsieur Vassiliu a pu avoir vocation à devenir français, sans doute parce qu'il a été naturalisé lorsque les socialistes se montraient laxistes en matière de droits de l'homme. Il est clair qu'il devrait être renvoyé chez lui si on arrive à savoir d'où il est.

Je m'suis présenté tout nu devant un infirmier.
Moyennant dix sacs, il m'a dit : "Moi, j'peux vous aider."
Je m'voyais déjà
Retournant chez moi,
Mais quand ils m'ont dit
Que j'étais bon pour dix-huit mois,
A ce moment-là,
Juste derrière moi,
J'ai entendu rire un type que je n'connaissais pas.

Voilà un exemple magnifique des valeurs propres à l'identité nationale ! La corruption ne peut exister que dans les autres pays, surtout ceux du tiers monde dont les ressortissants ne sauront jamais avoir vocation à faire partie de notre belle patrie.

Elle répétait les mots d'amour que son mari lui avait appris
c'est pour ça qu'elle disait toujours "feu à volonté toute la nuit"

C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l' Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais cent hommes à moi
Le flingue en bandoulière on s'cachait dans les bois

Remarquez comme ce sergent-ci est bien moins sympathique que le précédent. Lui pense à tuer avant tout alors que l'armée est une organisation humanitaire et pacifiste qui va sauver la civilisation dans des pays ne l'ayant jamais connue !

Depuis ce temps-là,
Je n'sais pas pourquoi,
Il y a toujours un sergent pour chanter avec moi.

Voilà qui montre ce que doit exprimer la vraie poésie : elle marche en ordre militaire ou sinon elle ne peut être poésie. Et il ne peut pas y avoir de vraie littérature sans que s'exprime à travers elle un soldat de préférence galonné. Elle est faite pour dire quels sont les devoirs de chaque Français fier de l'être.

Un soir d'ivresse elle mourut sous un petit vieillard maniaque
Un général plutôt fourbu lui tomba d'ssus de son hamac

C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais mille cons à moi
On marchait à la bière c'était dur croyez-moi !

Comment peut-on insulter ainsi de fiers et courageux soldats qui nous défendent vaillamment contre la barbarie de tous les autres qui ne sont pas nous et qui n'ont jamais su assimiler nos valeurs suprêmes comme le travail, la famille et la patrie ?

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Commentaires

Il me semble que la chanson de Vassiliu, tout comme celle de jacques Debronckart, Mutins de 1917, a été «dispensée de diffusion» sur les antennes nationales officielles pendant une durée relativement éternelle...

Ecrit par : Olivier | lundi, 23 novembre 2009

Joli execrice de style! Et comparer Sardou à Vassiliu, il fallait oser! Sardou me fait souvent penser au sketch de Coluche: « Je suis pas de droite! Je suis pas de droite, c'est pas vrai! ... Et encore moins de gauche, faut pas déconner... »
Du "Déserteur" de Boris Vian au "Parachutiste" de Maxime Le Forestier, les chansons anti-militaristes interdites d'antenne en France ne manquent pas . Dans un autre registre, sans parler de nombreuses chansons de Brassens, je me souviens aussi d'"Hexagone "de Renaud, interdite de radio et de tv nationales.

Ecrit par : leveto | lundi, 23 novembre 2009

Dans une version (de Vassiliu) qui paraît antérieure , le dernier couplet est sensiblement différent :
Un soir d'ivresse elle mourut
sous çui qu'ell'app'lait charl'Martel
Un trois étoiles plutôt foutu
qui l'envoya qu'au premier ciel
C'est la femme du sergent ....
....parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais deux hommes à moi
On marchait à la bière et c'était mieux comme ça !

Notons le rapprochement Charles Martel / trois étoiles qui pouvait déplaire aux autorités d'occupation de l'époque, nonobstant une généreuse troisième étoile superfétatoire eu égard aux décorations du képi régnant, mais conforme au col des «canons» qui garnissaient les six-trous de la même époque.

Ecrit par : Olivier | lundi, 23 novembre 2009

Ah! Imaginer la rencontre de Pierre Vassiliu et d'une umpiste de gauche m'a mis en joie, bien qu'il ait été une de mes grandes "déceptions". Je suis allé le voir en concert, il y a une vingtaine d'années et comment dire... Ce soir-là, son élocution a très nettement laissé à désirer.

@Leveto, concernant Pierre Vassiliu, je parlerais plutôt de chansons séditieuses, il ne me semble pas qu'il se soit jamais attaqué de front à quoi que ce soit.

Ecrit par : Cineraire | lundi, 23 novembre 2009

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