mardi, 17 novembre 2009

Quand les gorilles voleront

Quand les gorilles voleront
Quand les baleines danseront
Quand les homards rouleront à bicyclette
Quand il pleuvra des millions
Quand les pavés fleuriront
Alors sur notre planète, ça tournera rond...

qrm.jpg

 

 

 

 

 

 

Ce sont les premières paroles de QRM sur Bretzelbürg, la première version interrompue en 61 de QRN sur Bretzelbürg, la dernière longue aventure de Spirou par Franquin et l'une de mes préférées. Celui-ci a éliminé cette chanson dans la suite et le remontage de cette histoire en 63, il a alors préféré des chansons plus contemporaines et plus banales, même si l'on y trouve un Boby Lapointe avec Aragon et Castille. Or il semblerait que cette chanson n'existe pas, que ce soit une pure invention tandis que l'air suivant (justement celui de Boby) se trouve aisément. Il y avait comme un petit air de Mai 68 avant l'heure. Cela me semble très franquinien, il a utilisé toutes ces bestioles dans des planches : le gorille dans Spirou, le homard et la baleine dans Gaston. Cela fait partie de son bestiaire qui n'est pas énorme, mais toujours avec des animaux bien choisis et très différents à la fois par le caractère et le graphisme, que ce soit la tortue et la mouette, l'éléphant et le chat, le poisson rouge et la vache, les escargots et le marsupilami, le rhinocéros et la murène. Cela devait sembler trop un cri de révolte personnelle à ce moment-là pour qu'il le conserve, mais c'est dommage.

Trackbacks

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Commentaires

Bien vu. J'adore aussi cet album, un de mes préférés.

Écrit par : Gunthert | mardi, 17 novembre 2009

Depuis quelque temps, on ressort, dans une collection dite "Version originale", les Franquin de légende, dans leur format de réalisation (on sait que, dans les albums, les images sont en général réduites de 10 %) et en noir et blanc, plus exactement : avant la mise en couleurs. On est donc, effectivement, au plus près de la planche originale. Le dos des albums est toilé, ce qui est, on le sait, le nec plus ultra dans le monde des collectionneurs (dont je ne fais pas partie). Le prix est élevé, je crois qu'il s'agit d'environ cent euros, ou quelque chose comme ça.

Hormis cela, est récemment sorti un gros album consacré à Delporte, mais je suppose que Dominique le connaît déjà par coeur.

Écrit par : Jacques Layani | mercredi, 18 novembre 2009

Oui, je connais cela. Il faut dire que Marsu Productions qui a la gestion des droits moraux de Franquin est une drôle d'entreprise n'ayant rien à envier à la Fondation Moulinsart. Passons pudiquement sur le fait que la société soit basée à Monaco. Elle s'est illustrée dernièrement en faisant retirer de la vente le livre "Le Blog de Franquin".
http://lecomptoirdelabd.blog.lemonde.fr/2009/11/04/le-blog-de-franquin-bientot-retire-de-la-vente/
Ce genre de comportement ne venait en général que de Moulinsart (qui réclame au passage une somme astronomique à un tout petit auteur qui s'autoéditait pour disserter sur Hergé http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/10/27/moulinsart-la-tue-presque/).

Les livres dits en version originale sont fort beaux et bien réalisés, mais chers et en tirage limité. Le volume de Dupuis sur Delporte l'est tout autant : une soixantaine d'euros. Le filon Gaston subit une nouvelle exploitation puisque la série est rééditée avec une nouvelle numérotation : c'est la quatrième au moins. On sait que l'édition précédente avait cassé la pagination voulue par Franquin en faisant passer tous les albums à 44 pages et en publiant les gags par ordre chronologique (alors que dans les albums de la première et de la deuxième édition les gags pouvaient ne pas se suivre dans leur numérotation exacte). Retour en arrière toute ! On reprend les albums classiques (ceux qui allaient du R1 au R5 pour les demi-pages et à partir du 6 pour les gags en pleine page) avec leur couverture d'origine, leur titre d'origine, leur pagination (60 ou 44 pages selon l'époque), on ajoute des albums intermédiaires pour les inédits et on invente de nouveaux titres pour ces derniers albums, sauf ceux qui sont chez Marsu. Mais la numérotation est de nouveau changée. Il faut presser le citron tant qu'il peut rendre. Ceux qui avaient une collection incomplète dans la deuxième ou la troisième édition passeront de nouveau à la caisse.

Tout cela s'inscrit dans une stratégie commerciale de fêtes de fin d'année, on annonce en plus la réédition en format original (donc très cher) de l'album Spirou 1946 dont les histoires étaient présentes déjà dans le premier tome de l'intégrale et dans Péchés de jeunesse. C'est également la raison de la sortie d'un autre blockbuster de la BD : le catastrophique Anniversaire d'Astérix dont les trois quarts du livre sont en fait la reprise de pages déjà publiées et par ailleurs réalisées par les trois nègres d'Uderzo qui reprennent sa série après lui (je suppose que cet album nullissime sera décliné en petit format, grand format comme les autres). L'amateur de BD est une vache à lait, le collectionneur encore plus. Autre blockbuster pour Noël : le nouveau Blake et Mortimer par Sterne décédé entretemps et sa femme Chantal De Spiegeleer qui n'a pas eu besoin de moins de trois assistants ! Je présume que l'on aura droit à un album de making-off comme cela avait déjà été le cas, pour cela on pourra se servir des crayonnés et des essais laissés par Sterne, il s'agit de vendre aussi des produits dérivés. Je ne veux même pas parler de l'usine Jacques Martin (Alix, Lefranc et cie) parce que là on atteint des sommets de portnawak graphique et d'incohérence éditoriale, il est désormais impossible de savoir s'il y a trois, quatre ou cinq dessinateurs sur une même série ou s'ils sont sur une autre série.

Écrit par : Dominique | mercredi, 18 novembre 2009

J'ai feuilleté "Le Blog de Franquin", il y a quelques jours, chez Boulinier, boulevard Saint-Michel. Il y en a (avait ?) une grosse pile. Je n'ai pas trouvé ça très intéressant. Ce n'est certes pas une raison pour le faire retirer de la vente.

Pour ce qui est de la politique éditoriale, c'est effectivement consternant. Je frémis à l'idée de ce que doit comprendre, s'il y parvient, celui qui découvre aujourd'hui Gaston. Comment pourra-t-il s'y retrouver ?

Écrit par : Jacques Layani | mercredi, 18 novembre 2009

Connais pas, rien à dire, si ce n'est que le bretzel est à l'origine une chute de pâte qu'un a eu l'idée de tresser et de passer dans du gros sel. Ce qui est devenu une gourmandise n'était à l'origine que de la récup'.

Écrit par : michèle | mercredi, 18 novembre 2009

Je ne comparerais pas la demande de Marsu Production de retirer le "blog de Franquin" de la vente avec l'attitude immonde de Moulinsart SA.

Dans le cas de Marsu Production, il s'agit avant tout de respecter une demande explicite de Franquin de ne jamais voir son nom utilisé comme une marque (d'où le transfert sur "Marsu").

Le billet du blog "le comptoir de la BD" cité par Dominique dans un commentaire précédent est à lire absolument : il présente clairement la divergence de point de vue, et on voit que les ayant-droit de Franquin n'ont pas la violence et la vénalité de ceux d'Hergé. C'est fort différent.

Reste que la politique éditoriale de Marsu Production est, elle, vénale et assez pitoyable. Ces rééditions décalées et incohérentes m'ont découragé de racheter les vieux Gaston que je n'avais plus (ou pas intégralement). Tant pis.

Pour revenir au chef-d'oeuvre "QRN sur Bretzelburg", il était sorti il y a 10 ou 15 an une édition luxueuse (mais encore abordable) reprenant l'intégralité de l'album, y compris les pages censurées par les éditions Dupuis à l'occasion de sa première publication.

Cette censure, qui avait concerné (s'il m'en souvient bien) deux ou trois planches plus une bande, avait conduit à décaler les "chutes" des planches (puisqu'il existait dès lors un décalage d'une bande) dans l'édition historique. Cela permet de se rendre compte de la construction millimétrée des albums de Spirou réalisés par Franquin : du fait de ce décalage, on ne retrouve pas le rythme habituel où la dernière case de chaque double-page incite à tourner la page ! Bref, l'incident (la censure) conduit à mettre en lumière une excellente technique de feuilletoniste qui passe inaperçue en temps normal...

Écrit par : Jacques C | jeudi, 19 novembre 2009

Jacques C : vous voulez sans doute parler pour QRN de l'édition Rombaldi de Tout Franquin en 15 volumes, mais cela se négocie à pas moins de 250 euros l'exemplaire en occasion, et pour l'époque ce n'était déjà pas donné parce qu'il fallait donner le prix de six ou sept albums en une fois pour en avoir trois ou quatre en fait. C'était vendu cher, c'est revendu cher.

Vous déclarez à la fois que Marsu n'est pas vénal et l'est cependant. C'est un peu étrange comme formulation. Il me semble pourtant que les boutiques de BD sont autant envahies de produits dérivés estampillés par Marsu que par Moulinsart, mais Marsu n'a pas encore son musée et n'a pas encore soumis de charte aux sites ou aux blogues (je suis mort si cela se fait).

Le droit moral appartient me semble-t-il à ses seuls héritiers et il est choquant que cela soit confié à une société privée aux structures assez opaques. Les héritiers patrimoniaux de Franquin existent, sa femme et sa fille, mais elles n'auraient plus aucun droit de regard sur cette œuvre et elle devraient suivre les décisions de Marsu qui dicte sa loi pour toute représentation des dessins ? Qui pourrait croire que Franquin n'aurait pas ri en voyant une blague le faisant écrire et dessiner sur Internet à partir de son caveau ? C'est exactement le genre de gag qu'il aurait apprécié !

En quoi un nom d'auteur serait-il un nom de marque lorsque l'on fait une œuvre de fiction ? Quand j'écris une fausse interviouve de Christine Angot ou d'Amélie Nothomb, je n'usurpe pas leur nom : j'écris quelque chose qui pourrait leur ressembler, mais tout le monde sait que ce ne sont pas elles tellement ce que je raconte est invraisemblable. Comment peut-on imaginer que Franquin représenté comme un zombie dans un film de Romero et demandant depuis sa tombe une communication ADSL illimitée soit une marque ? C'est grotesque. Marsu n'avait pas l'habitude de faire de telles demandes avant et était surtout intraitable avec les autres éditeurs de Franquin ou avec les fournisseurs de produits dérivés. Mais bon... je tente de me rassurer : le maire et le comte de Champignac appartiennent à Dupuis, pas à Marsu et il ne doit pas y avoir de droits moraux associés à Franquin pour ces personnages puisqu'il les a cédés totalement à la fin de sa série, sauf pour le marsupilami. Je ne risque rien tant que Dupuis ne bouge pas. Ouf ! (Et je fais de la pub déguisée sans être payé depuis des années, il serait temps de sponsoriser enfin mes billets afin que je finalise mon plan marquetingue et mon modèle de bizness qui me permettra d'escroquer des tas de gens.)

Écrit par : Dominique | jeudi, 19 novembre 2009

Marsu Productions n'est assurément pas la meilleure chose, ni pour les intérêts, bien compris, des héritiers, Liliane et Isabelle Franquin, ni pour l'oeuvre dont on fait manifestement n'importe quoi. Ce fut une erreur de parcours et, malheureusement, elle dure et durera.

Je pense que Jacques C. n'évoque pas l'édition Rombaldi, mais l'autre édition Dupuis, dite de luxe, parue il y a un certain temps maintenant, qui reprenait effectivement l'intégrale (le mot n'était pas à la mode, alors) de "QRN sur Bretzelburg", dans un album sous jaquette pelliculée.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 19 novembre 2009

L'édition de luxe en question a paru en 1987. On peut voir la jaquette ici :

http://www.bdoubliees.com/journalspirou/sfigures6/spirou/qrn.htm

(En bas de la page).

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 19 novembre 2009

Dix ou quinze ans, cela fait encore loin de 1987 puisque nous sommes en 2009, et il y a eu depuis une autre version originale en intégrale et en tirage limité de QRN chez Marsu l'an dernier (le prix est encore à la hauteur de l'événement).
http://www.franquin-collector.com/qrn-sur-bretzelburg-l-integrale-en-vo.html
Bien sûr, c'est magnifique, avec de bonnes reproductions bien soignées, pas comme dans les albums pour le tout-venant. Cela fait un superbe cadeau de fêtes de fin d'année et c'est conçu pour cela.

Écrit par : Dominique | jeudi, 19 novembre 2009

Oui, je ne pensais plus à cette édition-là. Jacques C. nous dira à quoi il faisait allusion.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 19 novembre 2009

Je voulais effectivement parler de l'édition de 1987, retrouvée par Jacques Layani : cela datait d'avant "Marsu Production", sans aucun doute. Comme le temps passe ;-), je ne voyais pas ça si ancien ! Ça fait donc plus de 20 ans...

J'avais hésité à l'acheter à l'époque, mais n'avais pas le sou (ça confirme d'ailleurs la date, à la réflexion : j'étais tout juste étudiant, et fauché). Dommage.

Pour revenir à la BD "Le blog de Franquin", j'ai écrit que dans cette affaire le véto de Marsu Productions n'était pas vénal - mais que pour le reste ils sont globalement vénaux. Je ne vois pas où est la contradiction, puisqu'il s'agit de deux choses différentes. L'article du "comptoir de la BD" relatant l'affaire est d'ailleurs fort mesuré et précise bien que c'est sans commune mesure avec les censures effectuées par Moulinsart SA.

http://lecomptoirdelabd.blog.lemonde.fr/2009/11/04/le-blog-de-franquin-bientot-retire-de-la-vente/

Notons pour être précis que Moulinsart SA bloque l'utilisation d'extraits des œuvres (ce qui est un abus sur le plan légal, car l'utilisation d'extraits est censé autorisé) et demande des compensations financières, alors que Marsu Productions a interdit la diffusion d'une œuvre qui aurait dû faire l'objet d'une demande préalable (l'auteur du "blog de Franquin" est donc légalement en tort) et n'a pas demandé de compensation financières. Est-ce plus clair ? :-)

Écrit par : Jacques C | vendredi, 20 novembre 2009

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