dimanche, 15 novembre 2009
Le copier-coller de Kennedy en dégradé de plus en plus gris
« Vous qui, comme moi, êtes Américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis peuvent faire pour le monde, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le monde. » John Fitzgerald Kennedy, discours d'investiture du 20 janvier 1961.
Le discours est ensuite décliné ainsi en France (je passe les versions étatsuniennes, dont celles obamesques) :
« Rassemblez-vous, mobilisez-vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour notre pays ». Ségolène Royal, le lendemain de sa victoire aux primaires socialistes dans un appel aux militants et sympathisants, le 19 novembre 2006.
« On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs. On ne peut pas vouloir bénéficier de la Sécurité sociale sans jamais se demander ce que l’on peut faire pour son pays. » Nicolas Sarkozy au sujet de l'identité nationale, 12 novembre 2009.
C'est un peu bizarre, mais je crois qu'il y a une très grosse différence entre le discours de Kennedy et puis le dernier qui exprime le rétrécissement de la citoyenneté. Je me sens pris d'une sympathie incongrue pour Kennedy par rapport à son avatar dégénéré et franchouillard qui croit bon de reprendre la phrase de Kennedy face à la Porte de Brandebourg et où il confond Brüher (bouillon) et Brüder (frères) dans son texte. Cette différence, c'est celle d'une époque où l'on pouvait parler de rêve américain, mais peut-on parler de rêve français quand on demande d'accomplir des devoirs sans rien au delà de ce que l'on possède déjà ou que l'on veut vous retirer ce que vous avez déjà péniblement gagné ?
Revoyons les mots de Kennedy : citoyens du monde. C'est tout ce que l'on veut sauf un débat au sujet de la présence de la burqa afin de complaire à son électorat le plus raciste, c'est tout ce que l'on veut sauf un discours évoquant les fraudes aux assurances sociales afin de satisfaire les discussions poujadistes de bistrot, c'est tout ce que l'on veut sauf un discours nationaliste. C'est un discours noble, peut-être insincère vu la politique suivie après, mais noble malgré tout parce qu'il demandait un dépassement personnel, un engagement. Et cette noblesse, je ne la trouve pas dans les restrictions de 2009. Bien au contraire.
19:16 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (37) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, kennedy



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Commentaires
«Et cette noblesse, je ne la trouve pas dans les restrictions de 2009. Bien au contraire. »
Ah! Le contraire de noble... Bon sang, je l'ai sur le bout de la langue ... Voyons, voyons : Ce qui ne prend pas feu est ignifugé, ce qui n'est pas noble est... Ah! flûte! Sarkozy est ... est ... Zut! Sarkozy est ... le contraire de noble.
C'est ça.
Écrit par : leveto | dimanche, 15 novembre 2009
Oui mais non. Lui, il restera surtout célèbre pour son "travailler plus pour gagner moins".
C'est pas non plus une raison pour devenir "adorateur de la burqa" comme d'autres se font "adorateurs de l'oignon". Faut quand même soulever le voile pour voir ce que ça cache.
Écrit par : Floréal | lundi, 16 novembre 2009
Certes, certes, mais combien de femmes musulmanes portent la burqa traditionnelle afghane en France ? Aucune je pense. Cela se remarquerait quelqu'un avec un grillage devant les yeux et une sorte de tenue de Dark Vador qui pèse facilement sa vingtaine de kilos. En fait, il s'agit d'autres types de vêtements et de voiles comme le niqab et cela concerne sans doute au plus cinq cents femmes en France, la plupart venant des pays du Golfe et non du Maghreb. Seulement, voilà le mot niqab n'est pas connu du spectateur de TF1 alors que la burqa a été bien vendue lorsque l'on a parlé du sort malheureux des femmes afghanes parce que c'était le comble de l'horreur où l'on transformait des êtres humains en fantômes. On est en droit de s'interroger sur le fait de porter en avant le débat sur la burqa (le vêtement le plus asservissant et le plus décrié) après avoir vu que le débat au sujet du hidjab s'est perdu dans les sables juridiques dix ans plus tôt. Mais il y a aussi des gens qui veulent faire croire encore que le hidjab serait un signe islamiste (c'est qualifié même de salafiste) alors que l'on ne parlerait pas de voile ultra-catholique pour les fichus, les turbans et les coiffes des femmes il y a cent ans.
http://rimbusblog.blogspot.com/2009/11/le-mauvais-journalisme-du-figaro.html
Cela pouvait certes avoir un sens confessionnel à une époque en Europe, voir ou lire la Jeune Fille à la perle par exemple pour observer le rôle de la coiffure comme marque d'appartenance à la Réforme ou au catholicisme aux Pays-Bas et donc à certaines règles de vie. Mais alors... on devrait dire que la coiffe bretonne de Bécassine montre son appartenance à la frange la plus réactionnaire et royaliste des ultra-montains même si c'est juste un vêtement traditionnel à une époque où à la campagne les femmes en cheveux étaient considérées comme des femmes légères ou des ouvrières sans mœurs ?
Derrière le faux débat sur la fausse burqa, il y a la volonté de réactiver ce qui avait échoué au sujet du hidjab : on était un peu parvenus à un consensus et à un modus vivendi. Mais cette fois, on s'attaque à ce qui n'existe pas en France afin d'assimiler ensuite les voiles les plus banals et ne dépassant pas le stade des foulards de vieilles paysannes bien françaises à l'extrémisme.
Attention ! je ne légitime pas du tout les voiles portés par des islamistes. Je me dis juste que l'on a un peu chargé la barque en voulant parler de lutte contre la burqa. La lutte contre le fanatisme et pour les droits des femmes mérite mieux qu'un débat posé dans de mauvais termes et où tous les amalgames sont possibles. En figeant certains voiles dans un sens seulement religieux, nous sommes en train de rejeter l'autre dans une image fantasmatique à laquelle il adhèrera plus puisque c'est le signe d'une opposition. Comme si l'on souhaitait fabriquer un très grand nombre de personnes comme définitivement étrangères à notre grande et belle civilisation.
Écrit par : Dominique | lundi, 16 novembre 2009
Sachant sa manière d'hyperdévelopper la société consumériste dans laquelle nous vivons, j'ai désormais honte de le voir tendre le bras aux pauvres du Brésil et bientôt d'ailleurs.
Refusant de verser dans une sombre obsession comme mon pote wana, je vais prendre le large. Pas de facto, mais des infos.
Et d'accord avec Floréal : on bosse de plus en plus pour gagner pas plus. Mais on se la boucle, bien content d'avoir du taf. Moi je crie haut et fort mais je dérange c'est clair.
Je suis sidérée par l'aplatissement de la population ; je tiens à dire que plus le phénomène de cour est intense plus le revers de la médaille est cruel pour celui qui a fonctionné ainsi.
C'est là, et seulement là que je récupèrerai ma tranquillité, quand tous les vendus d'aujourd'hui seront les geignards de demain.
Ily a trois ans "supprimons les félicitations les encouragements". J'étais seule à oser défendre un point de vue contraire ; à ce jour, faut les remettre, c'est urgent. Nul ne se souvient de ses positions d'il y a trois ans.
Pourtant je viens de m'entendre dire, fermement, qu'il est important de communiquer avec les adultes et pas seulement avec les gosses. De ne pas mettre de distance, qu'une poignée de gens que j'aime bien cela ne suffit pas et que ce serait bien deux.
J'ai du taf sur la planche.
Écrit par : michèle | lundi, 16 novembre 2009
Chère michèle,
"Moi je crie haut et fort mais je dérange"
Vous me dérangez parce que souvent je ne comprends ni le sujet de vos propos, ni leur pertinence, ni leur syntaxe. Je suis peut-être bête, mais tâchez donc d'écrire pour mes semblables.
Écrit par : Pierre Enckell | lundi, 16 novembre 2009
Pierre Enckell, on peut se comprendre, avec un peu de bonne volonté.
Pour ma part, cela ne me dérange pas plus que cela, et au zoo les orangs-outangs me semblent vraiment très proches de moi. Je les aime c'est vrai, ça aide.
Maintenant, si vous me posez des questions, avec courtoisie, je vous répondrais :
"michèle, là, à quoi faites-vous allusion ?"
Je peux tenter d'éclaircir (comme le gris de Dominique), qui parle de l'affadissement des propos de notre président en lien avec les originaux prononcés par Kennedy.
Je surajoute en parlant de l'écoeurement que me provoque les mises en scènes permanentes du dit président & sa façon de faire semblant de s'occuper des pauvres.
Puis, je constate la mollesse et l'assentiment de la cour qui hoche de la tête comme les chiens que l'on posait à l'arrière des voitures.
De fil en aiguille, (là, cela fait référence à des vécus auxquels vous n'avez pas accès), je constate qu'un "chef" qui fonctionne selon ce modus vivendi (on peut aussi fonctionner en favorisant la synergie des énergies, ce qui est radicalement différent) de cour, dès son départ, ou sa disparition, ou sa mise à l'écart, les plus cruels envers lui seront ceux qui lui ont été le plus inféodés.
Donc finalement, si on garde une distance certaine avec ce type d'allégeance, on est sauvé de la haine et de la curie qui s'ensuivent.
Je conspue, grosso modo l'attitude lâche de ceux qui naviguent le vent en poupe et tourne leur veste aisément.
Je reconnais que les deux dernières notations (sur les félicitations et communiquer avec les adultes) étaient hors sujet, mais dans le feu de la réponse j'ai amalgamé. Mais j'ai regretté, trop tard, j'aurais pu m'arrêter avant.
Mais après avoir lu Dominique je pourrais aussi partir sur les coiffes bretonnes empesées avec amour, pour les fez-noz, mais je cesserai là.
Le tout a été initié, d'emblée, par le billet de Dominique qui parle de la différence de puissance d'un message qui devient galvaudé.
Parfois, ailleurs, des gens reformulent mes idées de manière très claire, mais dans ma tête, cela est limpide. La formulation se doit d'être courte, et ce n'est pas facile pour moi.
Écrit par : michèle | lundi, 16 novembre 2009
désolée pour les pluriels
me provoquent, tournent leur veste (là singulier)
et le "avec courtoisie" il est de ma part envers vous ; j'ai beau aimer les singes et Lucy, je suis civilisée. Relativement.
D'autrui, je ne réclame rien. Jamais.
Écrit par : michèle | lundi, 16 novembre 2009
La plupart du temps, les porteuses de niqab (c'est effectivement de niqab qu'il s'agit et non de burqa) sont des françaises "de souche" converties de fraîche date. D'ailleurs, on ne les rencontre pas du tout dans les mêmes quartiers que les rares femmes originaires des Emirats du Golfe. Ces dernières, on les rencontre plutôt aux abords des grands hôtels de la capitale. Tandis qu'on trouve les autres en banlieue. J'en ai même vu une il y a deux ans (déjà) dans... une bibiothèque municipale de Seine-saint-Denis. Ce qui m'avait tout de même sidérée. J'ai raconté l'épisode ici:
http://lorycalque.joueb.com/news/belphegor
Il y a tout de même un léger problème qui se pose avec, je trouve.
Au moins, en Grande-Bretagne, il y en a qui ont de l'humour: j'en ai vu avec un niqab transparent, en jean, et avec un foulard rose-bonbon. Ah! les couleurs sucre d'orge d'outre-manche dignes des chapeaux de la reine d'Angleterre! C'est drôle comme certaines choses sont tellement britanniques, même les niqabs!
Tiens, je parierais que ça vous donnerait des petits frissons, le niqab transparent sous un foulard shoking-pink, vous qui avez des goûts... des goûts... comment dirais-je, particuliers?
Écrit par : Floréal | mardi, 17 novembre 2009
Votre Belphégor, je ne la verrais jamais chez moi ou dans les villes que je visite parfois. C'est un phénomène totalement marginal. Je vois parfois des femmes en habits un peu islamistes, mais pas au point de se voiler la bouche. C'est déjà bien trop à mon avis, mais cela ne concerne que leur tenue en ville, pas leur comportement social lors de situations où on enlève son couvre-chef afin que le travail soit possible (mais il y a d'autres situations sociales où le port d'un couvre-chef est obligatoire comme en cuisine, sur un chantier, en bloc opératoire, en piscine).
Vous avez justement noté qu'il y avait dans le regard une volonté de provocation, de défi, de confrontation avec les autres par l'armure d'un costume voulu comme plus radical et qui peut alors rejoindre l'armure rhétorique d'un discours pseudo religieux (on sait qu'il n'y a rien de pire que les convertis pour caricaturer les positions du parti qu'ils ont rallié). Je ne pense pas que la condamnation soit une bonne arme face à des comportements absurdes, parce qu'il y aura toujours la possibilité de se poser en victime. En revanche, l'ironie est plus utile, parce qu'elle permet de placer en porte-à-faux les tenants d'une idéologie prétendument pure. Et puis ainsi on ne rentre pas dans le chemin mental qui était désiré. Parce qu'il y a aussi chez les sectaires la volonté de construction des adversaires comme tels. On ne doit pas leur laisser le choix de leurs armes. On ne doit pas leur permettre de se renforcer en utilisant des réponses uniquement racistes ou interprétées comme telles. C'est un sujet complexe, parce qu'il faut éviter de se trouver pris en étau entre les différentes parties et il est difficile d'être à la fois non-raciste et pro-féministe en même temps lorsque beaucoup de monde tire dans le sens de la discorde et de l'affrontement.
Écrit par : Dominique | mardi, 17 novembre 2009
Personnellement, je vis dans un quartier de Paris où vivent de nombreux musulmans, mais n'ai jamais vu de femme portant une burqa. Et une seule fois un niqab (qui cache le visage mais laisse visible les yeux). Des hidjabs de toutes sortes, en revanche, oui, portés tantôt sur des habits ordinaires, tantôt sur des tenues traditionnelles. Enfin, de tradition plus ou moins recrée par des stylistes des pays du Golfe persique, car le hidjab et les grandes tenues amples du style abaya + long voile, que je vois de plus en plus, n'ont rien de traditionnel au Maghreb ou en Afrique noire! Idem pour niqab, burqa, etc.
Je suis très ennuyée aussi par le détournement du combat féministe par certains xénophobes qui jouent sur toutes sortes de fantasmes vis-à-vis de l'islam. Et le fait de mettre dans le même sac toutes les formes de voile n'arrange rien. Bien souvent, ce sont des femmes ou des jeunes filles qui croient trouver là un moyen de s'affirmer, de rejeter le modèle d'intégration de leurs parents, considéré comme dépassé ou en échec (pas faux), ou de faire comme les copines. Chez les adolescentes, à en croire certains témoignages de lycéennes ici, c'est sans doute souvent une façon de "gérer" le fait d'être mal dans son corps. Et à tout prendre, mieux vaut ça que l'anorexie...
Cela dit, je suis un peu embêtée par votre formulation, Dominique: pourquoi dire "non-raciste" plutôt qu'anti-raciste? Je ne crois pas que quiconque puisse se dire totalement exempt de préjugés en la matière. Mais cela n'empêche pas de s'opposer aux discours racistes, bref de faire de l'anti-racisme.
Écrit par : Irène | mercredi, 18 novembre 2009
C'est vrai, le pro qui précédait féministe appelait l'anti devant raciste. Il s'agit dans les deux cas de prises de position face à des discours et des actes, pas d'un état naturel allant de soi. Il est exact que je peux montrer aussi des préjugés à l'occasion et que je joue dans mes textes sur les clichés au sujet d'autres peuples. J'écris des choses fort méchantes parfois sur certaines peuplades et si l'on ne voyait pas l'ironie derrière on pourrait me prendre pour un anglophobe ou un américanophobe forcené alors que je plaisante sur des conventions langagières absurdes et m'indigne parfois au sujet d'une domination culturelle et économique que nous avons voulue. Nous sommes construits par le regard que nous portons sur les autres autant que par celui que les autres portent sur nous et tout est une question d'interaction. Que disait donc le chat de Montaigne à son maître quand celui-ci croyait s'amuser de lui ? Anti-raciste donc, ce sera moins honteux et plus clair. C'est un choix de discours à tenir. Mais cela veut dire affronter aussi le discours cliché du type "les autres, ils sont tous racistes et même encore plus que nous", et alors ? Cela veut dire régresser au niveau que l'on suppose chez les autres ?
Écrit par : Dominique | mercredi, 18 novembre 2009
@ Michèle : Je préfère un fest-noz, qui est breton, au fez-noz, qui n'existe pas ;-).
[Pour pinailler, au pluriel il faut écrire : des festou-noz ... et lire avec un "st" assez chuintant (presque "cht") et un "ou" prononcé en diphtonguant presqu'à l'anglaise, comme un "a-ou" ; donc : feshtaou noz]
Écrit par : Jacques C | mercredi, 18 novembre 2009
Cela donne un air plus breton en effet, sauf que plus personne ou presque ne parlait breton il y a quarante ans et que l'accent des anciens sur lequel on s'est fondé n'est pas garanti de pure origine bretonne, sans élément ajouté d'origine anglaise ou française. Je suppose qu'il existe aussi des conseils identiques de prononciation purement tribales pour les langues ressuscitées sans aucun locuteur vivant comme le cornouaillais et le manx. Il y a des moments où je me dis que croire à une pureté linguistique est un peu illusoire. Mais ce n'est pas à moi qui ne suis pas breton de régenter le breton, sa prononciation et sa morphologie. Je me dis juste qu'ils sont fous ces Bretons en pinaillant autant sur leur langue recréée de toutes pièces. Elle aurait pu déjà disparaître sans cela... Personne ne l'aurait vu. Et deux millions d'emmerdeurs en moins !
Écrit par : Dominique | jeudi, 19 novembre 2009
> Dominique : "plus personne ou presque ne parlait breton il y a quarante ans et que l'accent des anciens sur lequel on s'est fondé n'est pas garanti de pure origine bretonne"
Pardon ?!?!?
Non seulement il existait il y a 40 ans environ 1 million de personnes dont le breton était la langue maternelle (certains historiens doublent même le nombre, mais soyons prudents), mais de plus c'est encore le cas aujourd'hui pour un nombre significatif d'habitants de "Basse-Bretagne".
J'ai des amis âgés de 30 ans qui ont appris à parler breton (dans leur famille et leur village, dans leur vie de tous les jours !, pas à une université ou un cours fumeux de J. Markale) avant d'apprendre le français (qu'ils n'ont appris qu'en arrivant à l'école). Ce n'est ni un fantasme, ni une propagande : ce sont des gens d'aujourd'hui avec deux bras, deux jambes, une tête, et tout et tout, et que ça n'a jamais handicapé dans leur pratique ultérieure du français... Et ceux qui leur ont appris l'ont eux-mêmes appris comme langue maternelle de leur parents, dont il était la langue maternelle, etc. Aucune interruption, aucune disparition - et aucune invention théorique !
Plutôt que de colporter des idées reçues et les vieux clichés éculés sur les pauvres Bretons mystificateurs, venez faire un tour dans la vraie vie en Bretagne :-).
S'il est une chose qui s'est bien transmise en filiation directe, c'est les différents dialectes qui composent la langue bretonne (bon, d'accord, je croise singulier et pluriel - licence grammaticale basée sur le sens :-)...).
Vous confondez, Dominique, avec les codes écrits en alphabet latin (qui, eux, sont effectivement des conventions arbitraires et tardives : le Breton moderne et contemporain ne s'est écrit qu'à partir du XIXe).
La prudence sur les traditions orales * ne doit quand même pas conduire à tout jeter aux orties ! Certes, les danses et airs "traditionnels" sont des constructions sociales récentes - basés sur des danses et airs réels, mais codifiés arbitrairement entre 1940 et 1970. Certes, les costumes dits "traditionnels" remontent à la fin du XIXe, et pas au moyen-âge. Certes, les instruments "traditionnels" sont pour partie d'arrivée récente et n'ont cessé d'évoluer, de progresser, de refluer, etc.
Mais la langue, elle, est un fil ininterrompu. Comme n'importe quelle langue vivante. Ni plus, ni moins ! Vous pouvez contester les codes qui ont conduit à transcrire "festou-noz" ... mais sûrement pas la réalité d'une langue vivante qui est que ça se prononce "feshtaou-noz". Je vous croyais plus érudit :-).
* Et la prudence qui est de mise sur les traditions musicales et les danses et costumes ... n'est rien d'autre que la prudence ordinaire de toute ethnographie ! Aucune "culture" n'est objective, elle se reconstruit sans cesse, en Bretagne comme en Amazonie ou ailleurs... Ce qui est intéressant est justement de comprendre pourquoi certains éléments sont retenus comme "ancestraux" et pas d'autres : ce n'est jamais anodin ni le fait d'individus isolés, c'est le cœur de la "culture" au sens ethnologique.
Écrit par : Jacques C | jeudi, 19 novembre 2009
JC : Non seulement il existait il y a 40 ans environ 1 million de personnes dont le breton était la langue maternelle
Vous avez raison d'être prudent dans votre évaluation suivante, parce que l'on frôlerait vite un nombre supérieur à celui des habitants de la Bretagne historique qui ne parlait breton que pour une moitié fort réduite depuis la fin du Moyen-Âge (il y aurait eu donc quelque chose comme trois ou quatre millions d'habitants en Haute-Bretagne vers 1945 ?) C'est à croire que cette contrée est plus peuplée que la Seine-Saint-Denis. Mais enfin... si vous voulez sortir un million de Bretons capables de dire une phrase en breton à cette époque, je veux bien vous croire. Ah ? Vous vouliez dire qu'ils avaient entendu du breton dans leur enfance ? Mais zalors, mais zalors, je suis de langue germanique et je peux dire que je suis de langue alsacienne comme les autres qui ne voulaient pas le croire. A qui voulez-vous faire croire une telle fable ? La réalité, c'est que le breton a failli crever totalement avant le renouveau des années 60, par ses chanteurs et ses écrivains, et qu'il est encore sous perfusion afin de lui redonner des couleurs. Il n'a pas eu la chance du corse, de l'alsacien ou du basque. Il faut le dire : le breton est fragile et en péril. Et le pénible renouveau de ces quarante dernières années ne permet pas de dire qu'il y aurait une forme de maintenance (d'autant plus que les écoles Diwan ne sont pas sous contrat et que les écoles catholiques fort nombreuses dans cette région n'offrent pas une bonne part l'option de breton). Je constate plus que je ne juge. Cette langue mourra plus vite que d'autres langues régionales. C'est dommage, mais il y a eu tellement de chiffres inventés par les partisans de la cause bretonne afin de se réassurrer au sujet de la diffusion de leur langue. Le breton mourra avant la fin du XXIe s. et ce ne sont pas les gens qui auront dit qu'il avait deux millions de locuteurs en 1960 qui auront changé cet état de choses.
Écrit par : Dominique | jeudi, 19 novembre 2009
Dominique: "Mais cela veut dire affronter aussi le discours cliché du type "les autres, ils sont tous racistes et même encore plus que nous", et alors ?"
Je pense que dans ce cas, la différence est entre les gens qui argumentent de bonne ou de mauvaise foi, dans le but de combattre la discrimination quelle qu'elle soit ou au contraire pour renforcer la division et les préjugés délétères. Bref, quand l'argument "les autres (Arabes, Noirs, Chinois, Auvergnats...) sont racistes" est employé pour excuser ou justifier la propre conduite raciste de celui qui l'emploie!
Il y a des gens qui passent leur temps à condamner les discours ou actes racistes, xénophobes ou discriminatoires chez autrui et ne tournent jamais leur esprit critique vers leurs propres défauts. Soit c'est une authentique étroitesse d'esprit, soit de la pure mauvaise foi.
Je reconnais volontiers qu'il m'arrive aussi d'avoir des préjugés, des réactions émotionnelles favorables ou défavorable à certains traits physiques, aux sonorités de certaines langues, à des modes vestimentaires, des styles musicaux ou artistiques, etc. Mais je m'efforce de conserver à l'esprit le fait que c'est subjectif, que c'est lié à ma personnalité et à des impressions précoces, pour ne pas confondre ces impressions avec des critiques sérieuses, objectives, que l'on peut faire à certaines pratiques culturelles. On n'est pas obligé de rejeter tout l'islam et toutes les cultures des peuples musulmans pour dire (comme d'ailleurs le font de nombreux musulmans eux-mêmes!) qu'il y a des coutumes ou des interprétations des textes sacrés qui sont dangereuses pour les droits des individus. Et en particulier des femmes.
Bien sûr, c'est une position difficile à maintenir face aux discours totalisants, car justment, pas simple...
Écrit par : Irène | jeudi, 19 novembre 2009
Je repousse ma réponse à la fin de la semaine afin de ne pas dire de sottises.
Écrit par : Dominique | jeudi, 19 novembre 2009
@ Dominique : sur le breton et la Bretagne, vous mélangez tout !! Pas très sérieux... et un peu consternant. De vraies carabistouilles fumeuses.
1) Ce n'est pas en Haute-Bretagne que l'on parle breton, mais en Basse-Bretagne.
2) Qu'il y ait de moins en moins de locuteurs bretons "de langue maternelle" ne change rien au fait que votre affirmation selon laquelle "la langue bretonne avait disparu et avait été recréée artificiellement" est une totale stupidité et une énormité à faire hurler de rire tous ceux qui habitent en Bretagne - ou qui s'intéressent aux langues régionales.
Vous confondez manifestement (et avec de bien gros sabots ... lorrains ou alsaciens ?) la Haute-Bretagne et la Basse-Bretagne... Mais dans ce cas, quand vous parlez de 1960 vous êtes loin du compte : ça fait 5 siècles qu'on ne parle plus breton en Haute-Bretagne !!! Et oui, il est assez amusant de voir que le Breton est désormais enseigné à l'Université de Rennes, donc dans un territoire où l'on ne parle plus breton depuis des siècles. Et il est absurde de placer des panneaux bilingues français-breton en Ille-et-Vilaine, où il faudrait plutôt placer des panneaux français-gallo (sauf que le gallo, lui, n'est pratiquement plus parlé : votre remarque aurait été exacte si elle avait concerné cette autre langue "de Bretagne" qui est romane et en voie de disparition).
Mais vous avez rayé d'un trait de plume fort désinvolte et ahurissant l'autre moitié de la Bretagne. La "Basse-Bretagne". Où le breton est resté la langue maternelle dans les campagnes jusqu'aux années 60 (donc à cette date pratiquement tout le monde le parlait !) et où de nombreux habitants l'apprennent encore avant le français.
Langue en diminution voire en danger ? Oui.
Langue déjà éteinte et artificiellement reconstruite ? Du grand n'importe quoi. Relisez Per-Jakez Hélias, allez en Bretagne, sortez des fantasmes hors-sol. Je commence à m'interroger sur la rigueur de vos affirmations sur d'autres sujets, tant vous êtes dans le domaine de "l'affirmation de comptoir" sur celui-ci.
Écrit par : Jacques C | vendredi, 20 novembre 2009
Voyons... J'ai inversé les deux Bretagnes, cela ne veut pas dire que je ne sais quelles elles sont. J"ai déjà parlé ici de la Basse-Bretagne (d'ailleurs au sujet du racisme anti-breton) et vous ne me prenez pas en flagrant délit d'incompétence. C'est une erreur d'attention, rien de plus.
Examinons maintenant les chiffres. La région Bretagne (donc sans la Loire-Atlantique), c'est 3 100 000 personnes. On peut estimer que la part proprement bretonne résidant dans le Finistère et les moitiés ouest des Côtes-d'Armor et du Morbihan à la moitié. On aura du mal à trouver deux millions de personnes ayant eu le breton comme langue maternelle en 1945, d'autant que je cite des chiffres actuels qui ne tiennent pas compte de l'augmentation démographique entretemps. La population dans la partie brittophone ne devait pas excéder le million en 45. Maintenant, combien y a-t-il de locuteurs du breton ? 257 000 brittophones de plus de 18 ans sur les cinq départements de la Bretagne, 290 000 pour toute la France (étude de l'Insee en 1999). Les moins de 40 ans représentent 13 000 personnes en tout et pour tout (on ne compte pas les élèves qui suivent des cours de breton) ! Beaucoup des brittophones de 45 sont décédés certes, mais il en reste quelques-uns qui étaient enfants à l'époque (cela ne fait que 64 ans), comment expliquer alors qu'ils soient aussi peu nombreux ? La part des personnes âgées de plus de 64 ans dans la population française est de 16,6 %, chiffres de l'Insee, soit sur un million et demi environ 225 000 personnes, presque tout l'échantillon de bretonnants ! C'est absurde.
Écrit par : Dominique | vendredi, 20 novembre 2009
Je me permets d'ajouter mon grain de sel au débat sur la langue bretonne :
Jacques C:
Non seulement il existait il y a 40 ans environ 1 million de personnes dont le breton était la langue maternelle (certains historiens doublent même le nombre, mais soyons prudents)
Il me semble que vous vous emballez un peu sur ce chiffre de 1million. Un sondage avait été réalisé en 1970 (soit il y 39 ans, mais ne chipotons pas ...):
« ...Ille-et-Vilaine, Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan. Ces personnes étaient consi-dérées comme représentatives d'une population de 1 900 000 habitants ...»
«228 000 personnes, au maximum, considéraient donc en 1970 qu'elles s'exprimaient plus fréquemment en breton qu'en français, à savoir 12% de la population des quatre départements de la région Bretagne.» ( l'intégralité du texte et du sondage de 1970 ici :
http://www.langue-bretonne.com/these/sondageORTF.html )
Et quand vous rajoutez : jusqu'aux années 60 (donc à cette date pratiquement tout le monde le parlait !), ce n'est pas tout-à-fait ce que l'on voit dans cette même page où la grande majorité déclare, toujours en 1970, parler français.
Comme je me doute que vous allez relever la phrase : Le sondage ne permet pas de savoir combien de personnes au total savent le breton, mais seulement pour combien il est le moyen principal de communication. , je le fais à votre place et m'empresse d'ajouter que le sujet était de savoir si le nombre de locuteurs ( et non pas de personnes sachant le breton) était suffisant pour empêcher la disparition de cette langue. 228 000 sur une population totale estimée à l'époque à 1 900 000, à vous de voir.
Écrit par : leveto | vendredi, 20 novembre 2009
Bien.
Désormais, on ergote sur les chiffres : il n'est plus question de nier l'évidence, c'est déjà ça :-). Qu'il y ait eu 500.000 ou 1 millions de locuteurs en 1960 ne change pas l'essentiel : le breton est bien une langue vivante sans aucune discontinuité, donc certainement pas une "re-création". Quand on sait que de nombreuses langues "indiscutables" ne sont parlées que par quelques milliers de locuteurs, les données qui concernent le breton sont sans discussion - on n'est jamais encore descendu en dessous des 250.000 locuteurs à un instant "t"... C'est loin d'être une paille !!!
Ceci acquis (vous le reconnaissez de facto par la citation des données statistiques que vous faîtes), on peut toujours débattre du nombre exact à telle ou telle date. Et j'ai bien dit moi-même que les données souvent avancées de 2 millions de locuteurs après la guerre me paraissaient exagérées.
Mais pour le reste nos sources n'ont rien de si contradictoires : j'ai bien dit que ce sont les populations rurales qui étaient encore de langue maternelle bretonne en 1960 (pas toute la Basse-Bretagne ! même si beaucoup de citadins le parlaient aussi, mais avaient d'abord appris le français). Soit une partie de cette génération, pas sa totalité - à laquelle s'ajoute une partie plus faible de la suivante, puis une partie encore plus faible de l'encore suivante. Le résultat actuel de 257.000 bretonnants en Bretagne est dès lors cohérent.
Incidemment en 1960 il y avait un nombre très significatif de bretonnants habitant "hors Bretagne". Si ce nombre est faible aujourd'hui, il ne faut pas oublier que beaucoup de Bretons (nés en Basse-Bretagne notamment et ayant appris le breton avant le français) avaient émigré en région parisienne (et autres) dans la première moitié du XXe siècle. Or, d'une part eux n'ont pas transmis leur langue puisqu'ils vivaient désormais dans un environnement francophone strict, et d'autre part les nouveaux migrants bretons sont moins souvent bretonnants aujourd'hui et surtout moins nombreux.
Donc si l'on évalue les bretonnants à 500.000 en Basse-Bretagne après la guerre, on n'est pas forcément très loin du million en y ajoutant tous les "bretons de naissance" habitant hors Bretagne à la même date.
Écrit par : Jacques C | vendredi, 20 novembre 2009
@ leveto : attention au fait que les pourcentages que vous citez n'ont aucun sens s'ils sont pris à l'échelle de l'ensemble de la population bretonne.
Encore une fois, cela fait 5 siècles que la Haute-Bretagne ne parle plus breton. Il n'y a donc aucun sens à diviser les bretonnants de 1970 par la totalité de la population de la Bretagne administrative.
Il faut les diviser par la population de Basse-Bretagne - et dès lors on est à plus du quart des personnes utilisant le Breton comme langue principale à cette date. Si on en soustrait les citadins venus d'autres régions (qui ne risquaient pas d'être de langue maternelle bretonne :-)...), on arrive sans doute à 30% voire plus. Et là, je ne fais que reprendre vos chiffres en retirant les biais d'une division n'ayant pas de sens.
Je vous invite à aller faire un tour dans les bars des communes rurales du Finistère ou de certaines communes de l'Ouest des Côtes-d'Armor ou du Morbihan : non seulement les vieux mais aussi des jeunes y parlent en breton. Ce n'est pas une théorie, c'est un fait :-).
Et merci de ne pas me faire dire ce que je n'ai pas dit : tout le monde n'y parle pas breton (et de moins en moins, c'est indiscutable). Mais beaucoup de monde le comprend encore - et il y a 40 ans la proportion était nettement plus importante. Je vous rappelle que le point de départ de la discussion était l'assertion assez délirante selon laquelle la langue bretonne aurait disparu il y a 40 ans (!) et serait une création artificielle !!! Autant prétendre que la Terre était plate à l'époque :-)...
Écrit par : Jacques C | vendredi, 20 novembre 2009
Jacques C, je n'ai jamais nié la continuité historique du breton, on n'est pas dans le cas du cornouaillais qui lui était éteint depuis deux siècles avant d'être ressuscité il y a quarante ans. Mais les néo-bretonnants actuels sont justement des néo, ils n'ont pour la plupart pas appris le breton par tradition familiale ou par immersion dans un milieu brittophone à la différence des Corses ou des Alsaciens ou des Basques. Pour beaucoup, cela s'est fait à l'âge adulte (par exemple pour quelqu'un comme Patrick Le Lay grand militant de la cause bretonne), sur des bancs de fac et même s'il existe à présent une option de langue régionale bretonne, un enseignement universitaire ou des écoles bilingues Diwan, les néo-bretonnants sont partis de rien dans les années 70 et ils ont dû apprendre souvent en autodidactes. Je pourrais faire d'ailleurs la même remarque au sujet des occitanistes qui se sont soudain découvert une fibre régionale (mais pour des raisons plus complexes et plus polémiques à analyser).
Vous avez négligé un point important dans ce que j'avais écrit : le breton était bien en voie d'extinction totale, il n'y avait presque plus de transmission et les questions d'accent ou de prononciation correcte sont effacées puisque le breton appris est une synthèse standard des quatre grands dialectes. C'est une langue qui revient de loin et qui se porte encore plutôt mal par rapport à d'autres langues régionales de France. Parce que 13 000 locuteurs âgés de 18 à 40 ans, c'est un signe certain de danger. Lorsqu'une langue passe sous les 100 000 locuteurs on peut estimer qu'elle disparaîtra avant un siècle. On ne passe pas d'une situation où tout le monde parlait breton à une situation où presque plus personne ne parle breton en un jour ou même en dix ans et le chiffre de un million ou de deux millions de brittophones en 45 me semblait hautement fantaisiste. Mais c'est une habitude des régionalistes, on trouve ainsi des centaines de milliers d'habitants trucidés à Béziers lors de la croisade des Albigeois, par exemple, sur les sites occitanistes (ils devaient vivre dans des tours HLM fort élevées).
Écrit par : Dominique | vendredi, 20 novembre 2009
Une fois les choses précisées, nous sommes relativement d'accord ;-).
Le breton a existé de façon continue. Les formes et prononciations des 4 principaux dialectes ont bien été transmises en tant que langue(s) vivante(s) et correspondent à une réalité sociale et linguistique.
Mais le breton est en difficulté voire en danger de disparition, par une baisse continue du nombre de locuteurs (et j'ajouterai : également par le succès très mitigé de la forme standard ; il existe finalement plus de locuteurs des 4 formes dialectales que de la forme unifiée ; il n'existe par conséquent pas vraiment de littérature commune étudiée et partagée, les chansons elles-mêmes n'ont pas de forme unifiée, etc. - il y a donc dispersion des 250.000 bretonnants actuels entre 5 formes, ce qui en renforce la fragilité).
Écrit par : Jacques C | vendredi, 20 novembre 2009
Oui, nous sommes d'accord sur l'essentiel, sauf une chose : je maintiens que les régionalistes et particularistes exagèrent toujours grossièrement leurs chiffres au sujet de l'énorme présence de leur langue dans le passé avant que la maudite France viennent y mettre fin. Il n'est pas anodin de constater que dans un certain discours breton, l'on date d'après 45 seulement la disparition de la langue bretonne, lorsque l'on sait qu'il y a eu un mouvement indépendantiste breton néo-nazi et des brigades purement bretonnes qui ont appartenu à la Waffen-SS ! C'est très très ambigu. D'un autre côté, on a des Bretons qui ont rallié la France libre dès la première heure au péril de leur vie en mer ou qui ont résisté du côté communiste. Je ne veux pas juger les Bretons (et encore moins leurs descendants), mais les discours sur eux. Pourquoi place-t-on juste en 45 la décadence du breton alors qu'elle avait commencé bien avant ? Il y a là quelque chose qui me trouble... Et je me dis que c'est mal servir la cause de cette langue que répéter sans aucun recul les dates maudites par certains.
Écrit par : Dominique | samedi, 21 novembre 2009
Je ne suis pas convaincu que le fait de faire remonter l'affaiblissement de la langue bretonne à l'après-guerre soit motivée par de sournois sous-entendus pétainistes.
La raison est beaucoup plus simple : c'est à partir de cette date que l'on dispose de statistiques, c'est à partir de cette date que la Bretagne a commencé à sortir de son isolement économique, etc. Bref, on fait remonter les chiffres à l'époque à partir de laquelle ils ont un sens, tout simplement. Que la guerre y ait à voir, peut-être, mais plus pour des raisons techniques (l'après-guerre est toujours une période de renouveau) que politiques. Venez faire un tour chez les militants et cultureux bretons : vous y trouverez beaucoup d'écolos, énormément de gens de gauche (y compris du mouvement catholique d'éducation populaire) et très très peu de fachos - et personne n'est nostalgique de Pétain !
Pour le reste, que DES Bretons aient été collaborateurs ... certes. Mais là encore, méfiez-vous des images d'Épinal qui traînent : la proportion des acteurs culturels bretons impliqués dans la collaboration n'est pas plus importante qu'ailleurs en France ! Il se trouve simplement que quelques figures ont été médiatisées (et l'ont instrumentalisé à des fins politiques) - mais l'on peut en dire autant de certains occitanistes bien connus.
En fait, il y a plutôt eu après-guerre un mouvement régionaliste "anti-pétainiste" qui s'est développé pour "réparer" en quelque sorte le mal que les pétainistes bretons avaient fait à l'honneur du régionalisme. Puisque quelques figures régionalistes avaient profité de la collaboration pour exalter la nation bretonne de façon nauséabonde, de nombreux Bretons de gauche ou gaullistes ont jugé important de montrer après-guerre que le régionalisme n'était pas pétainiste par nature, et qu'il était possible de revendiquer son identité régionale tout en étant démocrate et anti-fasciste.
Il y a eu alors (et en lien, surtout, avec la reconstruction "normale" d'après-guerre) tout un mouvement de collectage, identification et valorisation de la culture bretonne - non pas pour la prétendre supérieure mais pour lui permettre de rester vivante. Non pas par nostalgie de la période d'occupation mais pour reconstruire une Bretagne démocrate.
Écrit par : Jacques C | samedi, 21 novembre 2009
Que dire après cette logorrhée... Les chiffres existaient déjà avant, il y avait des recensements - figurez-vous - depuis plusieurs décennies et même en fait quelques siècles selon d'autres méthodes de calcul un peu aléatoires. On n'a pas inventé les statistiques en 45 !
L'isolement de la Bretagne avant 45 me fait largement rire. Il n'y avait donc aucun chemin de fer, aucune route départementale ou nationale, aucun port de mer et on ne faisait jamais venir de poisson de Bretagne dans les halles de la capitale ? C'est juste une grosse andouillerie pour justifier une situation économique qui était en fait dictée par la soumission absolue au curé et au châtelain ou patron (qui avait les deux casquettes) ! Ce que je retiens de cet argument, c'est la victimisation fallacieuse ! Et c'est quelque chose de courant chez les militants de la cause bretonne, mais aussi chez beaucoup d'autres régionalistes.
Notez que j'ai bien précisé qu'il y avait des résistants (et en plus parmi les premiers d'entre eux) et des communistes (j'ai quand même lu Guillou) parmi les Bretons, que je n'ai jamais fait une reductio ad Petainus, mais que j'ai dit seulement que le fait de situer le déclin de la langue en 45 était problématique et ne correspondait pas vraiment à la réalité démographique. C'est un choix de date idéologique.
Écrit par : Dominique | samedi, 21 novembre 2009
Si je vous comprends bien, Dominique, vous insistez pour affirmer que les régionalistes bretons d'après-guerre étaient nostalgique de l'occupation ? Car enfin !, quand vous dites que la date de 1945 est problématique, vous dites bien explicitement que le choix de cette date signifie une critique de la libération !!! Si l'on vous suit, les régionalistes bretons ont choisi de faire remonter le déclin culturel breton à 1945 parce qu'ainsi ils sous-entendaient que "c'était mieux avant", or "avant" c'était l'occupation et Pétain. :-(
Cette accusation, répétée, demanderait un peu plus d'argument et une meilleure connaissance du régionalisme breton que vos affirmations basées sur les vieux clichés et vos "intimes convictions".
Il ne vous est pas venu à l'esprit que tout mouvement prend comme référence la date à laquelle il apparaît ?
Or le mouvement culturel breton s'est développé au lendemain de la guerre. Il a donc pris comme référence l'époque à laquelle il a commencé à se poser des questions et à travailler ! C'est pourtant une telle évidence ! Les régionalistes bretons ne vont pas se référer à des travaux qui n'existent pas : les collectages et la valorisation des traits culturels bretons n'ont fait l'objet d'un travail systématique qu'après-guerre. N'allez quand même pas me citer deux bouquins perdus de 1895 ou 1927 se battant en duels comme témoins d'une valorisation de la culture bretonne :-(.
Votre enchaînement fantasmé "nostalgie de l'occupation --> 1945 est une date maudite --> le déclin breton remonte à 1945" est une pure construction intellectuelle.
Il est pourtant un autre enchaînement : "reconstruction de la Bretagne après la guerre --> éveil d'un courant culturel et humaniste dit "d'éducation populaire" conduisant notamment à une prise de conscience régionaliste et écologiste (et ce n'est pas spécifique à la Bretagne !!!) --> travaux de collecte et de valorisation de la culture bretonne à partir de 1945".
Si vous n'avez jamais entendu parler des mouvements d'éducation populaire et de tout ce qui s'est passé dans tout l'Ouest de la France après-guerre, renseignez-vous avant de tirer des conclusions abusives. Si vous croyez que deux ou trois bouquins isolés et approximatifs peuvent tenir lieu de monographie culturelle avant 1945, allez faire un tour dans un cour d'ethnographie.
Et si vous ne connaissez pas la situation de sous-développement de la Bretagne à cette époque, et le virage considérable qu'ont représenté les années 50-60 dans l'Histoire de la Bretagne contemporaine, là encore renseignez-vous un peu ! :-( Ignorez-vous qu'à l'époque tous les clichés franchouillards associaient les Bretons aux péquenots, la Bretagne au tiers-monde, etc. ? Ignorez-vous que l'agriculture bretonne était la plus pauvre de France en 1950 alors qu'elle concentre un tiers des industries agro-alimentaires aujourd'hui ? Et entretemps, que croyez-vous qu'il se soit passé ? L'occupation ? Non : la reconstruction.
Écrit par : Jacques C | samedi, 21 novembre 2009
Jacques C : le mouvement culturel breton s'est développé au lendemain de la guerre
Justement, non, avant ! Et parfois dans la droite ligne des ligues fascistes. Sinon, il n'y aurait jamais eu de collaboration d'une bonne part des mouvements indépendantistes et autonomistes bretons avec l'occupant ou de participation à la Waffen-SS et à la Gestapo. C'est bien le blème à l'origine. Mais encore une fois, je dis que cela n'a pas été le fait de tous les Bretons.
Écrit par : Dominique | samedi, 21 novembre 2009
En fait, nous ne parlons pas des mêmes mouvements culturels.
Il y a effectivement eu des mouvements douteux dans l'entre-deux-guerres (ce qui n'était pas spécifique à la Bretagne mais s'y est trouvé lié spécifiquement aux revendications régionalistes - comme en Provence). Il s'agissait alors de courants exaltant un nationalisme régional mythique - un peu dans la lignée des délires du second empire et de la troisième république sur "nos ancêtres les Gaulois" et tout le taintoin, mais réécrit à l'échelle de la Bretagne. C'était déjà dans cet esprit d'une "réécriture érudite et manipulatrice de l'Histoire" et d'une forme de pan-celtisme que s'inscrivaient les travaux d'Hersart de la Villemarqué à la fin du XIXe. Bon, OK, ça a existé - mais avec très peu de continuité avec tout ce qui est venu après (sauf quelques illuminés adeptes des affirmations de Markale). Apparemment, vous en êtes resté à ce vieux courant éteint (ou ultra-marginaux s'ils existent encore).
Pour ma part, je parle des mouvements qui existent encore aujourd'hui, et qui sont apparus dans l'après-guerre. Leur démarche fut très différente, puisqu'elle s'appuyait sur le collectage précis et sur la reconstruction patiente d'une "tradition" (qui remontait en réalité uniquement à la durée de la mémoire humaine, donc à la fin du XIXe). Ils disposent de données récentes (uniquement depuis qu'ils ont commencé leur travail de fourmi) ... c'est-à-dire depuis l'après-guerre. Pour les périodes antérieures, il faut squatter les bibliothèques et chercher des mentions incidentes dans des ouvrages consacrés à tout autre chose (permettant par exemple de savoir que pour tel mariage à telle date et à tel endroit, il y avait tels musiciens, venus de tel village et jouant de tels instruments - mais on doit alors se fier aux rares détails apportés sans systématisme par les chroniqueurs).
C'est la principale raison pour laquelle les mouvements régionalistes bretons ACTUELS se réfèrent rarement à avant 45 : ils n'existaient pas. Et s'ils n'existaient pas, c'est parce que leur dynamique propre n'a rien à voir avec les ligues de l'entre-deux-guerres, mais au contraire avec les courants d'éducation populaire, d'aménagement du territoire et de développement régional (puis le courant écologiste) : Kendalc'h, Bogadeg ar sonerion, Coop Breiz, puis le mouvement Diwan, Dastum, Keltia, les Assemblées Gallèses, etc.
Écrit par : Jacques C | samedi, 21 novembre 2009
Bien, bien... je constate que vous voulez avoir le dernier mot à tout prix. Bien entendu, les mouvements régionalistes actuels n'existaient pas en 45 sauf que certains sont la continuation de choses bien anciennes et il suffit de taper un nom comme
http://fr.wikipedia.org/wiki/Roparz_Hemon
pour que tout le maudit passé revienne !
Écrit par : Dominique | samedi, 21 novembre 2009
"Avoir le dernier mot" ? La seule chose qui m'occupe est de ne pas laisser dire des bêtises. Votre dernier commentaire m'attriste : vous insistez sur des faits que je n'ai jamais nié ... mais ce faisant vous leur donnez une ampleur disproportionnée.
Je vous rappelle que nous sommes partis d'une réaction assez étonnante de votre part, contestant que l'on puisse préciser la prononciation d'un mot breton au motif que cette langue aurait disparu il y a 40 ans et serait une création artificielle :-(.
Vous avez plus ou moins (mais du bout des lèvres) fini par admettre que cette langue (en particulier ses 4 formes dialectales parlées sans discontinuité jusqu'à aujourd'hui) a existé de façon continue mais vous avez tenu à ... avoir le dernier mot ? et à contester les données sur son nombre de locuteurs.
Et comme j'étais resté dans VOTRE référence aux années 60, vous avez tenu à contester le fait qu'on puisse prendre l'après-guerre comme référence. Heu, pas un peu gonflé, quand même ? Votre procédé a consisté à me reprocher d'être allé (naïvement) sur le terrain où vous m'aviez emmené (avec arrières-pensées ?).
Bon, basta. Si vous tenez à ne voir les mouvements régionalistes bretons que par la lorgnette du passé et des clichés, grand bien vous fasse.
Un jour, quand vous aurez le temps, vous viendrez rencontrer les vrais Bretons, ceux qui ont des Korrigans près de chez eux (contrairement aux Vendéens ;-)...), ceux qui parlent breton, ceux qui font vivre la culture bretonne. Les mouvements culturels, quoi. Pas ceux des livres, ceux de la Bretagne.
Rompons là si vous tenez à ce point à faire acter qu'il y a eu des grands salauds en Bretagne : oui. Oui. Oui. Comme ailleurs, mais oui. Il y a eu (et il y a encore) des salauds en Bretagne. Content ?
Bon. Pour ma part je vis dans la Bretagne actuelle, et je travaille avec des mouvements culturels vivants. De gauche. Humanistes. Écologistes. Métissés. Anti-fascistes (notre région est celle où le FN fait ses plus mauvais scores, et nous en sommes fiers). Les mouvements massifs et populaires qui font vivre la Bretagne depuis 60 ans, pas les mouvements marginaux et élitistes qui ont existé au temps de mes arrières-grands-parents. La culture qui m'intéresse, c'est celle qui existe réellement sur le terrain. Pas celle de quelques illuminés ayant écrit quelques livres lus à Champignac.
Écrit par : Jacques C qui fatigue | samedi, 21 novembre 2009
Quand on cherche au sujet de l'identité bretonne, on tombe presque toujours sur des choses croquignolesques comme http://www.contreculture.org/reecriture-histoire-bretagne.pdf
Sans compter les pages de bandes dessinées antisémites publiées par Ouest-France et que je peux vous servir si vous le voulez (à côté les pages de Tintin dans le Soir volé, c'est de la petite bière). Il y a de quoi se poser des questions sur la continuité de certains mouvements...
Écrit par : Dominique | samedi, 21 novembre 2009
Désolé de répondre encore (dernière fois ?), mais le document que vous citez en lien est justement très symptomatique de notre discussion.
En effet, j'y souscris totalement. Oui, la BD citée est scandaleuse (de là à dire qu'elle est antisémite, vous poussez le bouchon un peu loin : elle est complaisante vis-à-vis des collabo, ce qui n'est pas la même chose). Oui, le rapport que vous citez pointe une inadmissible occultation du passé de quelques artistes bretons, qui ne méritent pas d'être honorés.
Mais je cite un passage de sa conclusion : "il préoccupant de voir qu’au nom d’une cause par ailleurs estimable se développe aujourd’hui une entreprise de nature quasiment 'révisionniste' qui vise (...) à réhabiliter systématiquement ceux qui hier, d’ailleurs très minoritaires dans la Bretagne d’alors, ont choisi le camp de la collaboration, voire du nazisme, sans états d’âme apparents".
Ce passage confirme parfaitement ce que je me tue à expliquer : ces artistes (ou intellectuels) étaient TRÈS MINORITAIRES. Ils ne sont pas représentatifs de la dynamique collective (artistique, historique et humaine) du régionalisme breton.
Ce n'est pas une raison pour les absoudre, certes. Mais ce n'est pas non plus une raison pour jeter aux orties le mouvement régionaliste !!!!
Que certains régionalistes occultent le passé de quelques-uns est inadmissible. Mais que l'on prétende que "les mouvements régionalistes" sont complaisants vis-à-vis de ce passé ou qu'ils sont eux-mêmes douteux ... est tout autant inadmissible.
C'est un peu comme si, après une remarque sur la prononciation d'un mot en français, on avait dérivé sur une remise en cause du milieu des profs de français, forcément colonialistes puisque quelques intellectuels français l'étaient (et nettement !) et que les conseillers de notre président actuel le sont.
Ben non. Les profs de français n'ont pas à rendre compte des actes des conseillers de l'Élysée.
Les milliers de militants régionalistes bretons (je suis très modeste sur le chiffrage :-)...) ne vont quand même pas devoir pendant 7 générations porter les torts d'une dizaine d'intellectuels tarés !
Écrit par : Jacques C | samedi, 21 novembre 2009
Jacques C. : (de là à dire qu'elle est antisémite, vous poussez le bouchon un peu loin
Gasp ! Vous n'avez pas vu les images ! C'est de l'antisémitisme pur et simple comme en 40 ! Avec des juifs au nez cornu et aux doigts bien crochus. Cela a été publié par un journal régional très diffusé dans sa zone et dans des années pas si anciennes ! C'est honteux et scandaleux ! Et les nazis bretonnisants peuvent continuer à prospérer, puisqu'on nie leur existence passée !
Écrit par : Dominique | samedi, 21 novembre 2009
il est plus facile de critiquer et faire de la critique systémétique mais je trouve en effet qu'il est important que l'on donne une dimension à notre identité. Vous ne savez que critiquer Monsieur Sarkozy mais au moins il essaie de reconstruire et réformer notre pays : la France.
Écrit par : bvandeville | dimanche, 22 novembre 2009
Notre pays ? Mais les lecteurs ou commentateurs de ce blogue ne sont pas forcément français et même s'ils sont français, ils peuvent parfaitement avoir le droit de se révolter contre une conception étroite et bornée de l'identité destinée seulement à éliminer une population par la stigmatisation de certains, dans le plus grand des arbitraires. Je ne me reconnais pas dans votre identité puisque ses buts sont profondément nuisibles et dommageables en flattant l'électorat frontiste. Lorsque la prétendue identité nationale a eu une quelconque dimension auparavant, cela s'est traduit par des malheurs qui portent des noms bien précis : guerre, déportation, extermination, esclavage et colonialisme ! Si c'est cela qu'il faut reconstruire, sans moi non merci.
Écrit par : Dominique | dimanche, 22 novembre 2009
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