samedi, 14 novembre 2009
Ma conversation de blogueur avec Christine Angot
Voici le plus redoutable de tous mes entretiens de blogueur, une rencontre avec Christine Angot elle-même. J'appréhendais ce moment et je me disais que c'était comme si j'avais dû pénétrer dans l'intimité de Marguerite Duras en compagnie de Laure Adler, ce qui veut dire ne rien comprendre du tout à ce qui se passe ou se dit. La réalité était bien pire. Mais le Petit Champignacien ne recule pas devant les risques et il a frappé à la porte d'un hôtel Formule 1 de banlieue parisienne.
LPCI : Bonjour madame Angot.
CA (nue sous son peignoir) : Vous êtes le livreur de pizzas ? Je suis heureuse de vous faire découvrir mon intérieur. Il me semble que vous êtes déjà passé, mais je ne sais plus ce qui est vrai, c'est ma voix intérieure qui parle, parce que la voix intérieure est empreinte de toutes les choses entendues à l'extérieur.
LPCI : Je suis venu ici pour mener un entretien avec vous.
CA : Je ne me souviens plus dans mon intérieur personnel si je vous ai donné rendez-vous. C'est comme ça, c'est une fiction vitale... Ce désir intérieur d'avoir une pizza en ouvrant la porte, et d'être nue sous son peignoir, ce n'est pas une loi sociale ou un devoir, mais quelque chose de plus profond, qui vient de plus loin, une chose intérieure... Une sorte d'exigence ultime et intérieure que personne ne pourra comprendre. Commander la pizza, recevoir le pizzaiolo à demi-nue, lui donner à voir juste ce qu'il faut pour susciter son désir, puis disparaître ensuite dans le secret de sa maison intérieure. C'est terrible, ces mots, terrible. Tu ne peux pas comprendre combien c'est intérieur.
LPCI : Oui, mais moi, je suis le rédacteur en chef du Petit Champignacien et lorsque je fais des interviouves, on me reçoit avec une choucroute, pas avec une pizza que j'amènerais.
CA : Tu me rejettes donc, comme tous les mâles qui veulent dicter leur ordre des choses et qui voient les choses de l'extérieur ! Mais il y a un niveau inatteignable de la littérature que tu n'auras jamais, la littérature elle-même ! Tu ne peux pas m'atteindre, puisque je suis inatteignable et que je suis la littérature elle-même que l'on ne pourra jamais broyer. J'emmerde tous ceux qui pensent le contraire et donnent des prix à d'autres que moi.
LPCI : Je vous demande pardon madame Angot, je n'ai pas eu l'intention de vous blesser, mais je suis juste venu vous interroger autour d'une choucroute et pas pour vous livrer une pizza.
CA : Cela me fait penser que j'ai commandé une pizza à la choucroute pour mon amant de ce soir dans mon intérieur à moi. C'est bizarre. Il fallait que je sois hors de moi et il faut être hors de soi pour que la littérature advienne. Il faut qu'il y ait un choc pour que naisse l'écriture venue de l'intérieur. Cette demande de choucroute, cela m'a mise hors de moi tellement cela n'avait rien à voir avec mon écriture intérieure. Vraiment rien à voir ! Rien du tout ! Jamais de la la vie ! C'était infect de me demander ça. Comme si l'on voulait me castrer de mes capacités de créations intérieures qui viennent du plus profond de mes désirs intérieurs. Je ne peux écrire que si les deux amants commandent une pizza minute toutes les dix pages de mes romans intérieurs, je ne peux accepter que l'on fasse figurer un autre plat intérieur que la pizza intérieure dans mes textes intérieurs, c'est une urgence intérieure et vitale, et surtout intérieure.
LPCI : Certes, mais ce n'était pas un rendez-vous amoureux, quoique... un hôtel Formule 1 pour un entretien avec un blogueur, ce n'est pas le cadre le plus adapté.
CA (étendant ses bras autour de LPCI): Mais tu n'as donc pas compris pourquoi j'étais nue intérieurement sous mon peignoir intérieur ? (Ecartant les pans de son peignoir). Tu peux vérifier si tu veux et voir que cette matérialité-là de l'amour intérieur est tout le temps occasion de mise en doute, inquiétude, suspense. Je sais que vous autres blogueurs n'écrivez que pour vous faire le plus de femmes possible sans voir leur intérieur vital. Ce que vous écrivez, je le sais déjà, parce que je l'écris depuis longtemps. Ce ne sont pas des notes dans un carnet, ce n'est pas une mise au point pour soi, ce n'est pas pour y voir plus clair, c'est une adresse publique, pas à un groupe, pas à une société, pas à un temps choisi, c'est à tout le monde indifféremment Je m'offre à toi, de tout mon intérieur, comme je l'aurais fait au livreur de pizza !
LPCI : Mais je ne suis pas un livreur de pizzas ou un amant, juste un blogueur interviouveur !
CA, cette fois sans peignoir : Salaud ! Ordure ! Crapule ! Tu oses refuser mon exigence à la vie intérieure, tu n'acceptes donc pas mon combat intérieur que je mène pour être de façon vitale et intérieure,, tu n'as rien compris, vraiment rien, pas compris, rien, compris rien, tu ne sais pas quoi dire, pas compris hein ? C'est à cela que tu veux me réduire, rien du tout ? Tu ne sais pas ce qu'est l'amour prosaïque. Ce n'est pas parce qu'une grande partie se déroule sans sexe que ce n'est pas prosaïque. C'est concret, matériel, pour le coup, oui. Observer ce qui se passe là, oui, plutôt deux mille fois qu'une. Le lecteur a l'expérience, il sait que cette matérialité-là de l'amour est tout le temps occasion de mise en doute, inquiétude, suspense. Il veut voir comment je vais me débrouiller. Entre ce qui semble, et ce qui est.
LPCI : Mais enfin, c'était idiot ce rendez-vous dans un Formule 1 et en plus vous me prenez pour le livreur de pizzas !
CA : Tu n'as rien compris à la littérature intérieure et vitale, malgré tes diplômes et tes lectures, mon amour, la littérature est d'abord l'art de la répétition des situations et je suis une écrivaine littéraire parce que j'approfondis toujours le champ de mon expérience à partir d'une seule situation de base comme l'expliquent fort bien les critiques, donc l'hôtel Formule 1, la pizza minute, plus le peignoir pour être nue dessous, cela va bien dans ma stratégie marketing afin de paraître vraiment populaire et simple, intérieure et vitale, et où j'ai décidé d'intégrer le Web 2.0, comme toi mon gros loup.
LPCI : Laissez-moi sortir de cette chambre !
CA : Jamais de la vie ! J'ai besoin de toi pour mon prochain roman autofictionnel qui mettra en scène un blogueur influent et une écrivaine célèbre réunis par la magie de la nouvelle écriture intérieure et d'Internet.
LPCI : Prenez plutôt Laurent Gloaguen, ou Dagrouik, ils sont plus influents que moi.
CA : Tu ne me cites que des pédés qui ne savent pas comment une vraie femme est faite de l'intérieur ! Et en plus je sais qu'Embruns n'est plus dans le classement Wikio, alors je ne pourrai pas dire que j'ai été attirée par un blogueur influent.
LPCI ; Mais je suis aussi sorti volontairement du classement Wikio.
CA . Ah bon ? Tu serais aussi pédé ? Tu ne vas pas vouloir me prendre par le mauvais trou comme Doc Gynéco quand même et ensuite partir avec ma fille mineure ? Ce serait un bon angle de nouvelle autofiction intérieure et vitale, comment j'ai réussi à convertir un homo à l'hétérosexualité et je pourrais apparaître comme une sainte en compagnie de Christine Boutin et Christian Vanneste, aux prénoms prédestinés.
LPCI : La question n'est pas là ! Rendez-moi mes habits pour qu'on puisse discuter raisonnablement. Je ne veux pas être un de vos personnages de pseudo fiction et pseudo autobiographie.
CA : Raisonnablement, c'est un mot que je n'ai jamais compris, pouvez-vous me l'expliquer ?
LPCI : Autour d'une bonne choucroute, mais surtout après m'avoir délié et avoir ôté mes menottes, s'il vous plaît. N'oubliez pas le bandeau sur les yeux et puis de me donner mes lunettes, j'ai du mal à penser quand je ne vois rien.
21:11 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, humour



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Commentaires
Prem's.
Là Dominique, vous vous êtes servi pour votre inspiration d'un vrai fait divers qui défraie la chronique dans le "laissez-moi partir ".
Heureusement que mes enfants m'ont fait une remise à niveau...
Christnie Angot vine.
Écrit par : michèle | samedi, 14 novembre 2009
Alors là, je ne sais pas de quoi vous parlez. On peut sans doute citer aussi des séries télévisées, des films, des romans trash récents. C'est un classique de la série Z. Mais le vrai fond de mon inspiration était dans les comics gore du type Creepy et Eerie qui commencent de manière banale, de contes médiévaux, plus un des rares romans de Stephen King qui m'ait marqué, Misery.
Je ne suis pas allé jusqu'au bout de mon idée qui aurait été plus violente et meurtrière telle qu'elle avait commencé, si je ne devais pas être présent le lendemain pour écrire d'autres notes ou commentaires. Je n'ai pas assez montré la violence de Christine Angot dans ses interventions et sa façon de capturer, non de captiver, un auditoire qui ne peut plus répondre à tant d'idioties assenées avec des mots apparemment plus intelligents, mais sans aucune cohérence et sans vraie justification. Si je devais reprendre ce texte, cela se terminerait par une mise à mort complète, après éviscération, et avec les tripes du mâle dans la gueule de Angot, écrivaine. Mais comme cela me fatigue d'écrire des choses pareilles s'il n'y a plus d'humour, je vous les épargne. Ne me remerciez pas.
Écrit par : Dominique | samedi, 14 novembre 2009
>Dominique ouh la la...
Je n'entends pas tout ça chez Christine Angot.
Mais je constate que le mur de Berlin c'est entre les hommes et les femmes qu'il est.
S'il faut quarante ans pour l'abattre, bonjour.
Non, je vous parlais d'une anecdote qui m'a été racontée mais qui est vraie semble-t-il (moi, je n'entends que ce qui m'intéresse, je zappe pas mal).
C'est l'histoire d'une rencontre sur internet, lumineuse. Le mec doit tenir un carnet donc il veut coucher. La nana, c'est celle dont il rêvait. Peut-être là cela va-t-il marcher en plein. Le bon trip quoi. Elle se disait pulpeuse. Tout collait, les mots, les idées les émotions, ça palpitait sec dans les chaumières.
Donc rencontre, ce qui est la "normalité" de gens "normaux" si pas trop en miettes et en recollage de morceaux, ce qui semble être pas mal le cas IRL.
Et là, stupeurs et tremblements, cris d'horreur du mâle qui espérait ngolé ngolé dans la case avec Marylin Monroe. Puis, il se retrouve face à une fille, celle avec qui il avait échangé, une fille donc (je sais pas si c'est 15 jours ou deux ans), mais bon, c'est déjà ça, c'est une fille mais obèse.
Le mec qui était entré chez elle a voulu repartir. Hors de question de se taper un tel boudin. Fine psychologiquement mais le corps c'était pas le rêve.
Là où ça c'est corsé, j'ai mon côté Christine Angot, j'adore ce fait divers que j'ai appris hier, c'est que la femme en question a barré la porte de son corps et s'est mise à gueuler "tu ne partiras pas tant que tu ne m'auras pas satisfaite".
Le gars ne pouvait plus rentrer chez lui.
Il a fallu faire venir les pompiers.
Pour déboucher l'entrée qui était aussi la sortie.
Enfin, moi j'observe ; et je vous dis. Si vous saviez le nombre de mecs qui sitôt la rupture consommée sont le soir même sur meetic et sur face book pour au suivant, au suivant. Le féminin en vrai, mais c'est de la consommation de corps, donc je garde le masculin.
Et vous voudriez que nous, on soit tendres avec vous ?
Mais pourquoi ?
Moi, je vois pas.
Les filles se comprtent en mecs : voilà le résultat.
C'aurait été les mecs qui agissent comme des filles, le résultat, sensiblement aurait été bien différent.
Je ne compte pas les points.
C'est la désolation.
Dimanche matin, chagrin.
Écrit par : michèle | dimanche, 15 novembre 2009
Mais pour qui il se prend lui ? un comte ? mais c'est une farce ! elle sort d'où cette interview ? où avez-vous vu que je parle aussi mal ? j'écris, oui, j'écris, je ne débite pas des âneries à répétition comme vous me le faites dire ! le mot "intérieur" toutes les deux secondes ! je rêve ! vous me faites passer pour une tarée ! mais m'avez-vous seulement lue ? si vous l'aviez fait vous auriez vu que j'aiguise les mots, je les sublime, je les enchante, je les magnifie, je les extraordinairise, je monte le son !!! je ne radote pas comme une mégère ! apprenez à lire, pauvre con !
Écrit par : Christine A. | dimanche, 15 novembre 2009
Bon, vous faites allusion à ce fait-divers de cette semaine.
http://tinyurl.com/yfrw4bq
Je n'avais pas lu les détails croustillants ou sordides (selon son point de vue) qui ne vont pas améliorer la réputation des Ch'tis, malgré les efforts méritoires de Dany Boon. Je promettais l'interviouve avec Angot depuis quelques semaines et le truc pour le faire, c'est qu'il fallait au moins une pizza livrée à domicile, un hôtel bas de gamme, du cul bas de gamme, un gros caca nerveux et une matière à scandale ou révélation dans son futur "roman" comme dans les journaux pipoles (c'est la recette de tout bon Angot qui se respecte). Je sais que ce que j'ai écrit est très très bas et profondément malveillant pour Christine Angot qui est une écrivaine avec son intérieur propre que je ne pourrai jamais comprendre. Mais ce sont les éléments nécessaires à l'histoire qui m'ont conduit à cette situation, pas ce fait-divers dont je n'avais lu que le titre, je n'ai d'ailleurs pas fait allusion au fait qu'elle aurait été avinée comme dans l'histoire nordiste. Si je cherche dans mon inconscient, je trouve aussi une résurgence personnelle de "Sunset Boulevard" pour la situation (cela fait tout de suite plus classieux). Mais enfin... il ne faut pas écraser de références une simple pochade sur l'autofiction et les tics stylistiques d'une auteure. Attention ! j'aimais bien Angot à ses débuts et je suis désolé de voir dans quoi elle s'engage depuis dix ans à coup de racolages. Je n'aurais pas pu écrire ce texte sans cela. Il faut un minimum de sympathie antérieure pour parodier les gens et il y en a beaucoup que je ne pourrai jamais interroger de manière fictive tellement ils me dégoûtent : je serais incapable de leur donner la parole.
Écrit par : Dominique | dimanche, 15 novembre 2009
Merci de votre réponse Dominique.
Oui, c'est cela j'étais écroulée de rire (il m'en faut peu) on me l'a racontée avec vos mots "non je ne te laisserai pas sortir" d'où ma méprise sur votre inspiration.
Je ne peux rien dire sur C.A je ne l'ai pas lue et ai de quoi remplir ma tête hors les pipeulades des egos surdimensionnés:
P.S : Pendant ce temps, je songeais, pas grave pour le mur, suis z'à l'ouest.
Écrit par : michèle | lundi, 16 novembre 2009
C'était pas la peine. C'était pas la peine assurément de se faire interroger par ce garnement.
C'est curieux tout cela. Cela fait penser au duo Brigitte Fontaine-Jacques Higelin interprétant «cet enfant que je t'avais fait», mais dans une version punk revue par Sid Vicious.
J'achète.
Écrit par : Olivier | lundi, 16 novembre 2009
Jamais lu Christine Angot. Faut dire, les livres c'est cher, donc j'en achète pas souvent, et quand j'en achète, c'est pas Christine Angot. Vous par contre, je vous lis souvent, c'est gratuit. Je me demandais bien ce que vous alliez écrire, puisque vous aviez annoncé l'article, j'attendais. Pizza à part, vous avez eu la dent dure tout de même (et si c'est moi qui vous le dit, c'est que c'est vrai vu que je ne suis pas particulièrement tendre, en général). Mais bon, je me suis bien marrée. C'était bien amené, bien enveloppé.
Écrit par : Floréal | lundi, 16 novembre 2009
Floréal, les bibliothèques vous connaissez ? Cela ne coûte pas cher, c'est même d'un meilleur rapport quantité-argent qu'un abonnement Internet. Comme Angot écrit depuis plus de vingt ans, vous y trouverez aisément un de ses livres, sauf si vous vivez dans une commune rurale où les responsables n'achètent que Mary Higgins Clark, Madeleine Chapsal et Danielle Steel. Je ne vous conseille pas de lire tout Angot, loin de là ! Mais au moins quelques pages de ses premiers livres pour se faire une idée un peu moins méchante.
J'ai été dur, certes, bien plus qu'avec Amélie Nothomb. Mais bien moins que Jourde et Naulleau qui ont démoli ses textes en s'appuyant sur les textes eux-mêmes, de leur forme et de leur contenu, alors que je suis parti du personnage tel qu'il peut s'exprimer ou se révéler lors d'entretiens (je conserve le souvenir d'émissions hallucinantes et hystérique), j'ai placé dans son discours de vrais morceaux d'Angot lors d'entretiens. C'est un peu ce que je lui reproche : avoir préféré devenir un personnage plutôt qu'une auteure, mais c'est aussi le débat totalement faussé du statut de l'autofiction dans un monde régi par le storytelling et la téléréalité.
Écrit par : Dominique | lundi, 16 novembre 2009
Bien vu Dominique : dans ma bibliothèque rurale on ne trouve pas tout ce qu'on veut lire et Angot ça m'étonnerait. Mais je vais pouvoir en récupérer un et lire le premier ; à force d'en parler faudrait pas mourir idiot.
Je me demande tous ces gens s'ils finissent par bien savoir qui sont-ils au milieu de leurs personnages pas mal déjantés.
En tout cas, pour certains, je ne débourserai pas un kopeck.
Écrit par : michèle | lundi, 16 novembre 2009
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