mardi, 10 novembre 2009

Généalogie du devoir de réserve

En 1853, Népomucène Raoult - illustre ancêtre de notre ex ministre de l'Intégration (sic !) - écrivait au ministre des Affaires ecclésiastiques et  l'Instruction publique, cette bafouille :

Le livre, les Châtiments, dans lequel l'écrivain Victor Hugo juge que "cette France-là" est criminelle (celle de notre empereur, de Morny et de Haussman) relève d'une prise de position inacceptable. Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de l'Empire et plus encore du Chef de l'État. Il me semble que le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il me parait utile de rappeler à ces grands esprits le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité.

Demain, une lettre de Sosthène de Raoult dénonçant le sectarisme de Voltaire dans l'affaire du chevalier de La Barre et ses séjours en Allemagne - ce qui prouve qu'il est un très mauvais Français du fait de sa crainte de la Bastille. Puis une d'Arsène Raoult condamnant l'intolérance d'Emile Zola au cours de l'affaire Dreyfus et son départ pour le Royaume-Uni. Une d'Aristarque Raoult demandant qu'Etienne Dolet et Rabelais soient brûlés et que leurs livres soient interdits, car contraires à notre sainte religion catholique. Une de Théodobert de Raoult jugeant que les Essais de Montaigne sont une justification de la sauvagerie et qu'il conviendrait de faire passer cet ancien magistrat à la grande question afin qu'il soit un peu plus modéré dans ses affirmations. Une de Gonzague de Raoult exigeant la condamnation totale du Tartuffe qui ne respecte pas nos plus nobles institutions. Une de Gontrand de Raoult commandant que l'on ne représente plus jamais le Mariage de Figaro qui offre un fort mauvais tableau de l'état de notre pays et de notre justice. Une de Gombert de Raoult (un patriote fier de l'être) envoyée au siège de la Milice et à la rue Lauriston pour que l'on identifie le mauvais Français écrivant le Silence de la mer sous le pseudonyme de Vercors, ce qui prouve l'absence totale de courage et de morale de cet écrivain qui dénigre l'oeuvre collaborationniste du maréchal de manière provocatrice. Une de Philbert Raoult demandant à André Malraux la radiation de la nationalité française tous les signataires de l'appel des 161 et des journalistes de l'Express qui nuisent au bon moral de nos vaillantes troupes de pacification en Algérie qui savent torturer en respectant un code de déontologie fort démocratique. La famille Raoult a été fort productive en lettres de dénonciations au cours de notre histoire et elle s'est toujours appliqué à traquer le totalitarisme des écrivains qui ne respectent pas leur devoir de réserve. De lettres, elle n'a que celles-là, tant elle ne sait pas s'exprimer en français.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://champignac.hautetfort.com/trackback/2461624

Commentaires

Superbe! Mais une petite précision: pour mettre un rétrolien sur mon blogue, je ne sais pas ce que prévoit Hautetfort, mais dans le lien hypertexte situé dans le corps du billet, il vaut mieux utiliser l'adresse simple, sans /trackback/. L'url suivie d'un /trackback/ est à employer en plus, s'il y a un module ou une fonction de votre interface de blogue prévue pour les rétroliens.

Ecrit par : Irène | mercredi, 11 novembre 2009

Pudiquement Marie N'Diayé mais fermement, elle a pris la parole ; après avoir signalé que le pays commençait à sentir mauvais depuis 2 ans, elle a parlé de son frère. Diplômé de haut niveau, belle élégance, costard/cravate : elle a raconté comment à la gare du Nord il subissait des contrôles policiers et que cela allait s'accentuant devenant insuppportable. Elle a dit nous, parlant de son frère et elle, n'avions jamais subi le racisme, et qu'aujourd'hui il était quotidien et que son frère aussi trouvait cela fort.
C'était fin septembre à Manosque : elle était tout à la fois modérée et sacrément déterminée. Marie N'Diayé, à l'instar de ses personnages, est une femme puissante.

Ecrit par : michèle | mercredi, 11 novembre 2009

Écrire un commentaire