lundi, 09 novembre 2009
La rhétorique qui travestit l'histoire et la géographie
«On veut prendre un avion. Tous les vols commerciaux sont pleins, alors on loue un avion privé (...), poursuit Philippe Martel. De la mairie, nous sommes allés porte de Brandebourg, il faisait nuit. Il y avait du monde, continue-t-il. Là, on croise François Fillon qui était tout seul. On n'a pas été étonnés de le voir, car il était un grand spécialiste de défense et de relations internationales. On est partis à Check point Charlie et là, on a rencontré une famille allemande qui, en nous entendant parler, nous a abordés - c'était des francophones, un couple avec enfant - et nous a dit: "la liberté est en marche, n'ayez pas peur de la réunification allemande".
Le gros problème de ce genre de déclaration, c'est que la Porte de Brandebourg était à... Berlin-Est, dans le secteur soviétique ! Elle était entourée d'une sorte de no man's land et jamais Kennedy ne s'est adressé à la foule berlinoise sous la porte de Brandebourg ou sur la Pariser Platz, puisqu'il était en face dans le monde dit libre. C'était le lieu le plus fortifié et le plus désert de l'ex-Alllemagne de l'Est. Si Philippe Martel, Alain Juppé et notre splendide président ont d'abord visité ce lieu, c''est qu'ils s'étaient rendus en RDA d'abord, puis qu'ils sont passés à l'Ouest par le fameux Check Point Charlie. Le RPR avait-il des liens privilégiés avec le Parti socialiste unifié d'Allemagne, le SED (ou le vrai nom du PC allemand de l'Est) ? Cela ne m'étonnerait guère, vu les liens que Xavier Bertrand a établi entre l'UMP et le Parti communiste chinois (en attendant le coréen du Nord ou la junte birmane). La Porte de Brandebourg était invisible de l'Ouest, non seulement à cause du mur, mais aussi de tentures qui avaient été placées devant afin qu'il n'y ait pas d'images de l'édifice entier. Quand on voit les images de Kennedy en 63, il est sur une estrade, en hauteur, face à la Porte, mais on ne voit rien d'elle, il n'y a aucune photo de Kennedy devant cette porte. C'est par un effet rhétorique et purement textuel que l'on parle de son discours devant la Porte de Brandebourg, parce que ce lieu lui était interdit tout comme aux Allemands de l'Ouest et de l'Est. La Porte de Brandebourg n'existait plus que dans les textes, pas dans les images ou alors celles du passé. Elle était la figure de l'interdiction et comme telle elle ne pouvait être représentée puisqu'elle n'était pas vue. Mais quand on veut mythifier l'histoire, on est prêt à transformer une figure de style en réalité politique.
17:37 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, allemagne, berlin, communisme



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Raoult contre Ndiaye: le député UMP invente un devoir de réserve des écrivains
Ça chauffe sec du ciboulot, dans les hautes sphères de la Sarkofrance.
Après le contes de fées berlinois posté par un scribe mal renseigné sur la page Facebook de l’omni-préz’, voilà que l’ancien ministre UMP Éric Raoult, également d...
Trackback par : Irène Delse | lundi, 09 novembre 2009
Commentaires
Mais où diable est donc passé ton billet intitulé «Le prestigieux président dans les textes qu'il...» ?
Ces précisions historiques et géographiques sont bien venues.
Ce qui est le plus affligeant, c'est que le premier ministre, pourtant fort occupé, http://www.f1-action.net/infos/article13270.html en arrive à sortir des arguments dignes de Jack Mellick dans l'affaire Tapie, et tout cela pour un roulement d'épaules mal préparé. On sombre de plus en plus dans la psychopathocratie.
Ecrit par : Olivier | lundi, 09 novembre 2009
Je republie la note en l'antédatant afin qu'elle soit dans la bonne chronologie et je supprime la précédente, je ne comprends pas du tout pourquoi celle-là renvoyait à la note suivante. En outre, j'ai écrit dans Usenet au sujet de l'erreur de grammaire de ce texte et cela ne sert à rien de bloquer la lecture des commentaires de mon blogue.
Ecrit par : Dominique | lundi, 09 novembre 2009
Pour comprendre à peu près la démarcation entre l'est et l'ouest à Berlin le plus facile me semble encore de suivre la Spree
http://www.berlin.de/mauer/verlauf/index/index.fr.php
Si ce n'est que justement, la porte de Brandeburg est en dehors de ce tracé là, très près de la grosse zone verte Tiergarten que l'on voit sur la carte, et juste à côté du parlement. La place qui supporte ce monument longe la route in den Zelten ; a été rebaptisée la place du 18 mars 1848. Elle a été le lieu d'émeutes et de grosses manifestations populaires ; le tout marque la victoire du mouvement pour la liberté des peuples et c'est la date de naissance du parlementarisme en Allemagne.
Il y eut, il y a peu, au pied de cette porte, une installation d'art marquant le lien entre Athènes Istanbul et Berlin : c'était des petits bateaux de pêche des trois pays installés à l'envers, quilles vers le haut, et superposés sur un espèce d' échafaudage.
Ecrit par : michèle | mardi, 10 novembre 2009
« C'était le lieu le plus fortifié et le plus désert de l'ex-Alllemagne de l'Est. »
On s'y échangeait des prisonniers, me suis-je laissé dire. Cela mettait un peu d'animation.
Ecrit par : Stéphane De Becker | mardi, 10 novembre 2009
Aaah, l'affaire de Mellick, le "maire le plus rapide de France"! On voit qu'il fait des émules.
Ecrit par : Irène | mardi, 10 novembre 2009
Je suis passé à Berlin en 1988 et on voyait parfaitement la porte de Brandebourg par dessus le mur.
Ecrit par : beber | vendredi, 13 novembre 2009
«Je suis passé à Berlin en 1988 et on voyait parfaitement la porte de Brandebourg par dessus le mur».
La porte de Brandebourg par-dessus le mur. Voyez-vous ça !
C'est facile à dire, mais comment y échapper, ça ne tient pas debout.
Ecrit par : Olivier | vendredi, 13 novembre 2009
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