samedi, 07 novembre 2009

Krys, ou la misogynie du second degré

Les publicités de Krys, l'opticien, s'affirment comme décalées. Avant, j'avais les oreilles décollées, avant, j'étais tatoué, avant, j'étais chauve, avant, avant, j'étais petit, j'étais maigre ou gros, etc. Tout cela peut sembler un peu anodin, mais quand je lis "Avant, j'étais blonde" et qu'une femme blonde tente de lire sans lunettes un livre intulé Logique signé par Kant, tout en ricanant de manière sotte, je me dis qu'il y a un gros problème. Le livre existe, même s'il est peu reconnu parmi les écrits majeurs de Kant.

Pourquoi le choix de Kant comme auteur d'une logique et non Aristote par exemple ? Eh bien ! sans doute par une lecture de Kador par les pubaux qui se sont dit que Kant faisait sérieux, puisque personne ou presque ne le lit et qu'il est synonyme d'écrits très compliqués à comprendre. Kant, cela fait tout de suite plus rigoureux que tout autre nom de philosophe (sauf Spinoza pour Philippe Val et Lévinas pour Alain Finkielkraut). On vend donc avec le nom de Kant sans chercher à savoir ce qu'il a dit.

Ensuite, on a affaire au phénomène de la blonde forcément idiote qui ricane bêtement lorsqu'elle ne porte pas de lunettes et puis qui peut enrichir son esprit une fois qu'elle les porte. Cela me pose des questions, parce que le mot blonde veut dire ici cruche, crétine, débile, abrutie. Ce n'est plus une simple caractéristique physique comme petit ou gros, mais bien une définition de ce que serait une femme totalement stupide (et non un homme, on ne parle jamais de la pensée de blonds).

Enfin, je ne comprends pas du tout comment de telles publicités discriminatoires ont pu être acceptées par le BVP et surtout celle-ci qui est d'une rare misogynie et qui véhicule des clichés d'un autre temps même si on prétend au second degré en reprenant de mauvaises blaques.

Trackbacks

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Commentaires

La pancarte"second degré" ou "humour" sert souvent de sésame à n'importe quel gros cliché de beauf bien lourd.

Ecrit par : Calamity papoty | samedi, 07 novembre 2009

Mine de rien, c'est bizarre, ces clichés sur les blondes. J'ai dû attendre Internet, à l'âge presque canonique de 28 ans, pour lire pour la première fois l'équation blonde = idiote. À l'époque, c'était sur un forum anglo-saxon, mais j'ai l'impression que c'est de plus en plus répandu. Est-ce récent? Importé d'outre Atlantique ou cultivé cheux nous? Je m'interroge.

Ecrit par : Irène | samedi, 07 novembre 2009

Irène : "je m'interroge"
Le comte :" je m'interroge" : ben nous voilà en interrogation profonde au Petit Champignacien !?

Ecrit par : Calamity papoty | samedi, 07 novembre 2009

Calamaty papoty : est-ce un mauvais signe pour notre démocratie et notre république que le fait de s'interroger ? Sommes-nous de mauvais Français en nous posant des questions qui n'ont pas lieu d'être selon les détenteurs de la vraie pensée ? Pourquoi le fait de s'interroger va-t-il contre l'identité nationale à la Besson ? En quoi l'interrogation est-elle un sentiment révolutionnaire, philosophique et profondément de gauche ? Pourquoi ne nous interrogeons-nous tous pas plus souvent au sujet de choses banales ?

Ecrit par : Dominique | samedi, 07 novembre 2009

Je vois que vous avez encore changé le nom de votre interlocuteur ! Calamity est mon nom ! et non Calamaty ! interrogez-vous un peu là-dessus !

Bien sûr qu'il est sain de s'interroger. Je pointais juste votre "je m'interroge", repris par Irène, quelques minutes après. S'interroger, oui, mais dire, voire écrire qu'on le fait ? ça me rappelle quelqu'un ! j'agis et je dis que je suis en train d'agir ! foin du surlignage !

Ecrit par : Calamity papoty | dimanche, 08 novembre 2009

Est-ce que cette présence de Kant n'est pas due à des souvenirs prégnants des programmes de Terminale où Kant est omniprésent (morale, religion, esthétique, épistémologie) et un incontournable des sujets ce, quelle que soit la série, d'où ce trauma profond dans la population française ?

L'année dernière, Phosphore ou une quelconque revue lycéenne, illustrait avant le bac Philo sa couverture avec un "Yes I Kant" plutôt pas mal... On en trouvera une autre illustration là : http://obamiconme.pastemagazine.com/profiles/baronerosso

Toutefois, blond moi-même et lecteur de Kant, sans ricanement, j'avoue avoir un faible pour les morales déontiques... Ce que cette publicité semble effectivement ignorer superbement.

Ecrit par : 2Casa | dimanche, 08 novembre 2009

2casa : un blond qui lit Kant ! porte-t-il aussi des lunettes ? je m'interroge !

Ecrit par : Calamity papoty | dimanche, 08 novembre 2009

Cela ne saurait tarder assurément. (Notes de bas de page ou internet ?!)

Ecrit par : 2Casa | dimanche, 08 novembre 2009

2casa. Il est vrai que le kantisme a formé le corpus philosophique français (avec ses lectures obligatoires et ses interdictions) dans les lycées à partir de la fin du XIXe s. lorsque Durkheim régnait en maître sur l'enseignement supérieur, et que cela a été la base à la fois de la toute nouvelle sociologie, de l'ethnologie à venir, des futures sciences de l'éducation du fait de ses propos sur la pédagogie. Cela s'est inscrit alors dans un combat nationaliste contre l'Allemagne en servant de la doctrine de ceux qui avaient vaincu en 1870 et que l'idée dominante était le fait que le deuxième Reich avait gagné du fait de l'instruction du peuple, c'est ce que développent Renan et Fustel de Coulanges lorsqu'ils envisagent les conditions de la revanche. Il y a eu une riposte en France à la supériorité allemande et elle s'est faite dans l'enseignement secondaire ou supérieur par une référence constante à Kant pour établir une morale républicaine susceptible de résister à l'ennemi et de le battre. C'est un sujet qui doit être historicisé, il y a eu en effet la création d'une forme de doxa kantienne à une époque donnée pour fabriquer des élites qui devaient faire la peau aux Allemands. Elle survit quand je constate les titres des textes dans les CPGE, mais il est bien entendu que les élèves de sections jugées inférieures n'auront jamais affaire à un enseignement kantien s'ils ont droit à de la philo.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 08 novembre 2009

Merci

Ecrit par : 2Casa | dimanche, 08 novembre 2009

Ben je ne voudrais pas paraître blasé, mais le cliché "blonde = idiote" est présent depuis une bonne dizaine d'années (au moins) ; il a donné lieu à des milliers de blagues (et même sans doute dizaines de milliers, tant il en circule et depuis tant de temps).

Était-ce une façon de laisser entendre qu'il est impossible pour une femme d'être belle et intelligente à la fois, en détournant le cliché associant la blondeur à la beauté féminine ? Sans doute, hélas. Mais désormais, c'est tombé dans le domaine public, en quelque sorte, et c'est devenu un lieu commun sans guère de signification...

C'est comme le guik benêt et boutonneux, le binoclard "premier de la classe" et pontifiant, etc. On peut trouver ça idiot (et injurieux pour les guiks, pour les binoclards, etc.), mais bon, ce type d'archétypes ne manque pas...

Au fait, vous savez ce que c'est, deux blondes se tenant par la main ?

...

Une synapse.

Maintenant, vous pouvez remplacer par "cycliste" (ou même désormais "judoka" :-)...), ça marche aussi. C'est aussi idiot : le mec sportif est autant stigmatisé que la belle femme - beau donc bête ... n'est-ce pas Brel qui chantait quelque chose là dessus ? Quoi de bien nouveau ?

Ecrit par : Jacques C | dimanche, 08 novembre 2009

Jacques C : il y a quand même un problème. Les autres déclinaisons de la pub de l'opticien mettent en avant des défauts physiques (avoir les oreilles décollées) ou des caractéristiques physiques volontaires (être tatoué) et là on a affaire à un mélange de physique et de pseudo-psychologie. C'est très ambigu comme position, parce que les barbus, les chauves, les petits, les rondes, les gros ne sont pas définis par leurs capacités intellectuelles et c'est ce qui est mis en avant dans ce film. Bien sûr, la marque entend dire qu'elle lutte contre les inégalités, comme toute marque qui se respecte et qui entend véhiculer un message politiquement acceptable, mais elle reprend des clichés en ce faisant. Et pis, elle les conforte dans le cas de la blonde alors que ce n'est pas le cas pour j'avais des taches de rousseur ou une grande bouche. Le message prétendument décalé et ironique ne marche pas toujours et il peut être indigne.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 08 novembre 2009

Le message est totalement indigne ! mais Jacques C a raison aussi : pourquoi un sportif serait obligatoirement idiot ? il y a des tas de pseudo "incompatibilités" comme ça : l'autre jour j'ai entendu une femme qui venait de se disputer avec un chauffeur de bus (j'étais trop loin pour entendre leur dialogue), en descendant du bus, prenant les autres passagers à partie "qu'est-ce que vous pouvez attendre d'un chauffeur de bus ? tous des connards !"

Ecrit par : Calamity papoty | dimanche, 08 novembre 2009

Jacques C : C'est intéressant que vous parliez de présence du cliché sur l'idiotie des blondes depuis "une bonne dizaine d'années (au moins)". Cela amène de l'eau à mon moulin.

Ecrit par : Irène | dimanche, 08 novembre 2009

Non, Irène, les blagues sur les blondes étaient antérieures à Internet grand public en France, mais elles ont pu se répandre grâce à lui outre-Atlantique, puis par des publications papier ou des émissions de télé ici. Je les ai découvertes aux alentours de 95, mais Internet a joué un rôle de propagation certain ensuite. Il serait faux de croire à un canal unique.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 08 novembre 2009

Dominique: C'est intéressant. Je citais la date de 1997 parce que c'est le moment où j'ai découvert Internet et commencé à fréquenter des forums anglophones, et où j'ai pour la première fois lu des blagues sur les blondes. Jusque là, à part l'expression toute faite "blonde idiote" et les allusions au film "Les Hommes préfèrent les blondes", je n'étais pas consciente de l'utilisation des blondes comme catégorie prête-à-moquer.

Ecrit par : Irène | dimanche, 08 novembre 2009

J'ai découvert les blaques sur les blondes avant Internet, mais je reconnais que l'on m'a demandé d'imprimer des fichiers de blagues à ce sujet quand j'étais le seul prof connecté de mon étabilissement Or les livres et les articles existaient déjà et étaient traduits. Cela a juste pris un peu d'ampleur ensuite, mais l'origine n'est pas du tout Internet.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 08 novembre 2009

Une ravissante idiote, un film de Edouard Molinaro de 1964, avec Brigitte Bardot dans le rôle titre.

J'avais 20 ans, les comédies américaines susurraient la même chose (cf Marilyn) et les Chiennes de garde n'existaient pas.

Ecrit par : Pilou | dimanche, 15 novembre 2009

Petit ajout: vous écrivez qu'on ne parle que des blondes et non des blonds. C'est faux, les blonds sont les Kevins, et autres noobs sur wow par exemple. Même si on les accorde souvent au féminin.

Ecrit par : Ounichlibou | mardi, 17 novembre 2009

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