jeudi, 05 novembre 2009
Hommages à Claude Lévi-Strauss
Le jour et le lendemain de la mort du grand homme, je me suis un peu défoulé dans Twitter en imaginant les réactions officielles. Twitter est le média le plus pertinent pour cela : économie de signes, réactivité, second degré, emploi de mots clés. Comme dans le cas du décès de Michael Jackson, l'annonce avait été faite sur Twitter deux heures avant les premières dépêches d'agence. J'ai donc commis une série de textes brefs que je donne ici après une réécriture, puisque la forme Twitter est incompatible avec celle d'un blogue. Ce sont deux styles différents, deux situations différentes, le blogue offre le recul nécessaire dans le temps et de l'espace pour exposer ses idées, alors que Twitter favorise l'invention et la spontanéité. Mais l'un peut s'articuler avec l'autre, et puis il me semble que les formes brèves (aphorismes, proverbes, maximes, ex voto, dédicaces, graffitis, slogans, sentences) sont assez mal reconnues alors qu'elles dominent notre vie quotidienne. Parodier ces formes, c'est aussi un peu se les réapproprier et c'est pourquoi il y a eu un grand succès du hashtag #jeansarkozypartout. Je crois à la valeur intrinsèque des formes brèves, à leur efficacité, mais en même temps je me dis qu'il faut aussi les reprendre dans un cadre plus général, comme celui d'un blogue ou d'un site.
Brice Hortefeux, Auvergnat aimant se moquer des autres Auvergnats, est convaincu qu'une récitation de paragraphe de Lévi-Strauss avant un bon coup de matraque donnera une image positive de la police.
MAM, experte en complots de l'ultra-gauche, se dit qu'une lecture par des acteurs de Lévi-Strauss auprès des prisonniers réduirait le nombre de suicides.
Eric Besson, traitre de profession, se demande comment expliquer les expulsions de réfugiés en se servant de la pensée de Lévi-Strauss.
Alain Finkielkraut, radiosophe : n'oublions surtout pas que Lévi-Strauss n'a jamais reconnu la supériorité de son esprit, cela le condamne à mes yeux.
Alexandre Adler, espion : je suis prêt à révêler comment Lévi-Strauss a abrité des nazis au Brésil après avoir été subventionné par le KGB.
Nicolas Hulot, hélicologiste : je regrette la mort de ce savant qui n'a pas pu être aussi conscient que moi des dangers que court la planète, vu qu'il refusait de monter dans un ULM.
Christine Angot, autofictionneuse : il n'a pas pu supporter le fait que j'allais relater notre passion torride dans mon prochain roman.
Johnny Halliday, chanteur engagé et citoyen : Levi-Strauss, je suis pour que le Panthéon vende tous ses jeans quand il sera privatisé.
Jean-Pierre Pernaut, journaliste provincial : nous avions en projet une série sur le dernier sabotier de Lozère pour montrer l'ethnologie de manière concrète et vivante.
Roselyne Bachelot, pharmacienne haute en couleurs : Claude Lévi-Strauss avait refusé de prendre le vaccin contre la grippe A et voyez ce qui arrive !
David Douillet qui n'est pas une tapette : si j'avais pu le conseiller pour son jogging matinal, cela ne serait jamais arrivé !
VGE, Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Attali et Claude Allègre, grosses têtes : hélas ! je suis le suivant sur la liste des disparus illustres à venir. La pensée sera morte après moi.
NKM, guiquette familiale : j'allais lui montrer comment appuyer sur Power et cliquer, heureusement il n'est pas mort à ce moment-là.
Nadine Morano, poissonnière : 'reusement qu'il a crevé le vioc, i r'mettait en cause le modèle familial et universel de mon m'nistère.
Eric Besson, Ganelon de naissance : il a pu échapper au débat sur l'identité nationale , mais nous pourrons toujours le récupérer.
Bernard Tapie, sans compte bancaire fixe : rien à branler, je me suis déjà démerdé de l'affaire Adidas, alors Levi-Strauss pas pour moi.
Jacques Séguéla, collectionneur de Rolex : s'il avait voulu que je le conseille, il aurait eu au moins deux prix Nobel et il a raté sa vie !
Yann Artus Bertrand, marchand d'images pour les écoles : c'était un homme malveillant et écologiquement irresponsable, il refusait d'être photographié par moi !
Jacques Chirac, locataire des palais de la République ; j'ai pu lui signaler une erreur de traduction d'un texte taki-taki, il m'en a été reconnaissant.
Christian Estrosi, bac moins quinze : je préfère Lee Cooper ou Denim's.
Guillaume Musso, tête de gondole : cette mort inopportune et malveillante nuit à la campagne de pub pour mon dernier livre.
Frédéric Beigbeder, rebelle barbu et chevelu : on devait se faire un rail ensemble et j'allais lui faire un plan média pour le rajeunir.
Jean-Pierre Raffarin, inventeur de slogans pour Jacques Vabre : désolé que l'inventeur du blue-jeans soit mort, mais je reste rock'n'roll comme Johnny.
Henri Guaino, péguyste plus légitime que Finkielkraut : je vais avoir du mal à trouver des anaphores dans ses textes et cela s'annonce comme très ennuyeux.
Laurent Joffrin, spécialiste en contorsions verbales : nous à Libé, on est embêtés, certains ne veulent pas gommer le visage de Sartre à côté de lui, mais le débat a été très transparent comme toujours à Libé.
BHL, intellectuel décolleté : un lâche ! Il ne m'a jamais accompagné en Bosnie ou en Géorgie devant les balles des pires dictateurs. Un intellectuel de bibliothèque sans caméra autour de lui.
Alain Finkielkraut, prof de français à l'ancienne : c''est un intellectuel mineur qui n'a jamais voulu me répondre sur France Culture contrairement à Péguy qui me visite tous les jours et qui me fait entendre sa voix ainsi que le faisait saint Michel pour Jeanne d'Arc.
Marc Lévy, autre tête de gondole : j'espère que l'on ne nous confondra pas !
Alain Minc, déontologue : Je suis le Lévi-Strauss de la Bourse, je représente les sociétés que j'ai mises en faillite !
Jacques Attali, savant universel ; aujourd'hui une seule personne peut lui succéder à son fauteuil et je sais qui elle est.
Jean-Marie Colombani, multicartes : il devait écrire un texte important pour Slate.fr et je peux vous livrer le premier mot de cet article qui aurait fait événement : "Euh".
11:57 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour



Trackbacks
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Commentaires
Excellent et drôle !
P.S Jeanne d'Arc c'est des voix qu'elle entendait, l'envoyeur est flou (contrairement à mon saint, qui lui terrasse les dragons et n'a rien à faire des pucelles même si d'Orléans).
Ecrit par : michèle | jeudi, 05 novembre 2009
Bonjour M'sieur l' Maire,
Merci pour votre point de vue sur twitter. Aaaaah, la voie du milieu...
Faut-il pourtant attendre nécessairement l'apparition de l'objet pour lui trouver un usage ? N'est-ce pas la définition de "superflu" ou "inutile" à peu de choses près ? Posture qu'il conviendrait maintenant de dépasser ?
Je me permets une question : c'est quoi "guiquette" ?
Cordialement, un lecteur quotidien.
Ecrit par : 2Casa | vendredi, 06 novembre 2009
Pour 2Casa et sa guiquette : http://tinyurl.com/yzeyodd
Ecrit par : Olivier | vendredi, 06 novembre 2009
Merci Olivier. (Je suis out, c'est dur)
Que M'sieur l'Maire sache seulement que n'y allant pas avec le dos de la main morte j'exige, le couteau sur la tempe, une question à mes réponses.
Cordialement.
Ecrit par : 2Casa | vendredi, 06 novembre 2009
Guiquette est le féminin de guique, francisation personnelle de geekette et de geek. J'ai déjà vu geekette employé par des blogueuses, enfin celles qui ne tiennent pas des blogues de filles ou de loisirs créatifs. Geek est entré dans le Petit Larousse cette année. Il était entré dans l'Oxford et le Merriam il y a quelques années seulement, parce qu'à l'origine c'est de l'argot étudiant étatsunien datant des années 60. Mes collègues anglicistes l'ont découvert il y a peu, ils ne l'avaient pas trouvé dans le Harrap's. Enfin, je ne pouvais répondre plus tôt, puisque je ne veux pas écrire de mon lieu de travail.
Ecrit par : Dominique | vendredi, 06 novembre 2009
Dominique : «Enfin, je ne pouvais répondre plus tôt, puisque je ne veux pas écrire de mon lieu de travail».
Fais-toi ministre du travail...
Ecrit par : Olivier | vendredi, 06 novembre 2009
Merci M'sieur l' Maire.
Aucun problème concernant le délai bien entendu, il ne s'agissait que de faire un peu d'humour. Il n'en reste pas moins que je vais dès à présent vous proposer pour une médaille du mérite au travail auprès du ministre.
Paradoxe toutefois : (non pas qu'un ministre de tutelle de l'EN passe au Travail) mais que l'adepte du micro-blogging que vous semblez être n'utilise pas son I-Phone au boulot. C'est presque sa destination.
Merci encore pour cette explication (c'est plutôt l'ortograf) qui m'interrogeait.
Pour parfaire la culture de tous, le geek et sa giquette ont un pendant asocial et parfois moins spécialiste : le Nerd.
Cordialement
Ecrit par : 2Casa | samedi, 07 novembre 2009
La gUiquette, pas giquette : attention !
Ecrit par : Calamity papoty | samedi, 07 novembre 2009
Je ne possède pas d'IPhone et là où je me trouvais les téléphones portables sont interdits (une situation qui ne pourra pas durer éternellement à mon avis). J'ai vu sur votre blougue que vous étiez assez défiant envers Twitter. J'étais aussi réticent il y a deux ou trois ans quand j'ai lu les premiers Tweets et j'ai tout de suite posé des limites.
Une petite précision : mon profil indique comme pseudo le comte de Champignac et non le maire. Ce n'est pas que je tienne au titre de noblesse, mais il y a une légère différence entre les deux personnages et je préfère m'identifier à l'un plutôt qu'à l'autre, je me moque d'ailleurs parfois de mon maire qui a une maîtrise - disons -fort personnelle et originale de la langue. Olivier peut en témoigner.
Ecrit par : Dominique | samedi, 07 novembre 2009
Est-ce bien nécessaire de confirmer une évidence ?
Ecrit par : Olivier | samedi, 07 novembre 2009
J'aurai prononcé /djik/ (avec un i long marqué par le double "e" dans le mot anglais) et donc cela aurait donné une /djikète/ mais je crois que les deux sont acceptés.
Ecrit par : michèle | dimanche, 08 novembre 2009
michèle : Ah non ! je n'ai jamais entendu une telle prononciation ! d'accord pour le e long en anglais, mais certainement pas pour le "dj", en anglais c'est bien le son "guik", ou plutôt, guiiik.
Ecrit par : Calamity papoty | dimanche, 08 novembre 2009
Je crois que la forme brève de Twitter change vraiment la nature des propos. On voit surtout des liens, ou des RT de liens, assez peu de textes brefs, finalement. Mais ça viendra peut-être. Twitter est encore assez nouveau.
Ecrit par : Calamity papoty | dimanche, 08 novembre 2009
"je suis prêt à révêler"
N'y aurait-il pas une erreur d'accent là ? Était-ce "revêler" que vous vouliez dire ? (En admettant que ça soit au moins la deuxième fois.)
Ecrit par : Siganus Sutor | dimanche, 08 novembre 2009
>Calamity papoty Vérifié
http://svay.com/blog/index/post/2006/04/11/377-apprenons-un-mot-geek
donc Dominique et vous avez raison. I do apologize.
On peut dire une guikette en rallongeant le "i".
Ecrit par : michèle | dimanche, 08 novembre 2009
michèle : oui mais l'allongement du i n'est pas très français, ni le k au milieu d'un mot. Donc je prèfère de loin guiquette à guikette.
Ecrit par : Calamity papoty | dimanche, 08 novembre 2009
C'est effectivement cette erreur de prononciation de ma part (djiiik) qui m'empêchait de comprendre le "gui..." Merci pour la correction.
Désolé encore pour le "Maire" m'sieur l'Comte.
Ecrit par : 2Casa | dimanche, 08 novembre 2009
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