mercredi, 21 octobre 2009

L'affaire Emile Zola

Il faut le lire pour le croire, c'est dans le Figaro (lu sur la suggestion du Canard, parce que le Fig n'accompagne pas mon café matinal). Cela concerne une commune qui est passée à gauche aux dernières élections ! Il ne s'agit même pas des affidés de Le Pénible ou des identitaires du maire de l'Orange amère ou des sectaires de l'Agité du bocage, voire de vulgaires sarkozystes.

La littérature peut provoquer des dommages pour l'équilibre psychique des enfants. Sans doute va-t-il falloir obliger les éditeurs à intégrer cette mention sur la couverture des ouvrages. La crèche Émile-Zola accueille depuis quarante ans les bambins d'un quartier de Carpentras. Mais le conseil municipal, pour cet anniversaire, vient de décider de débaptiser la crèche. Le motif ? Le «misérabilisme» associé au nom de l'écrivain «démoraliserait» les personnels.

Réduire le nom de Zola à ses seuls romans se déroulant en milieu ouvrier (en gros l'Assommoir, Germinal et la Bête humaine qui n'est d'ailleurs plus une peinture sociale) c'est vraiment manifester une connaissance sommaire de son oeuvre. Tous les milieux sociaux sont évoqués dans les Rougeon-Macquart que decouvre notre divin président ; paysans, commerçants grands ou petits, financiers, nobles, prêtres, militaires, artistes, politiciens. Son oeuvre parallèle, avant, pendant et après sa grande série montre quelqu'un qui peut se révéler fort sentimental et fleur-bleue qui pourrait faire passer Daudet comme un modèle de sadisme. Il suffit de se pencher sur les contes par exemple.

Que l'on invoque son explication des comportements par le déterminisme, c'est peut-être pertinent. Mais Zola s'est justement battu contre le déterminisme qu'il avait découvert dans les idées de Claude Bernard. Le Docteur Pascal est précisément la manifestation d'une croyance en avenir meilleur. Que ce soit naïf, que ce soit aventureux, soit. Mais Zola - qui n'était en rien un scientifique - ne connaissait pas l'ADN à son époque, ne savait pas que l'on pourrait décrypter des génômes, tout juste connaissait-il quelques notions de sélection génétique ou d'hybridation propres à son époque. Il est le reflet de cette époque, des connaissances de son temps, et cependant il refuse totalement de déterminer quelqu'un par son origine lorsqu'il prend parti dans l'affaire Dreyfus et se retrouve condamné à la prison pour outrage au chef de l'Etat.

Le Zola qui est honoré partout en France, ce n'est pas l'écrivain. Ou sinon nous aurions plus de rues Virgile ou Homère dans nos villes. On ne voit pas de cénotaphes de Molière ou de Rabelais ou de Montaigne au Panthéon. Il rivalise avec Pasteur, de Gaulle, Jules Ferry et la grande star Léon Gambetta pour les noms de lieux. C'est le républicain défenseur des valeurs de la République, lors de l'affaire Dreyfus, qui a été célébré. Donner un nom de rue ou de crèche, c'est un acte politique. Débaptiser un lieu nommé Emile Zola est un acte politique qui se sert de la littérature comme prétexte. Un acte anti-républicain et anti-littéraire.

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Commentaires

En tant qu'ancienne "sudiste", j'ai honte pour eux ! "Démoralisant" pour les personnels ? N'importe quoi. Bon sang, ces gens-là n'ont jamais lu les auteurs sur lesquels ils crachent, c'est pas possible... Ou alors ils ont trop bien lu, et ça blesse leurs petites certitudes mesquines !

Dire qu'e, plus, Émile Zola fait partie des écrivains français qui ont mis en littérature leur région, avec son Plassans comme double d'Aix-en-Provence... Et dire aussi qu'il y a une autre raison de célébrer, surtout en Provence, la mémoire de la famille Zola : le père d'Émile, François Zola, fut un ingénieur de travaux publics réputé, pionnier de la construction de chemins de fer sur le continent européen en 1830 (à l'époque, il n'y en avait qu'en Angleterre) et concepteur d'un barrage et d'un canal destinés à alimenter en eau la ville d'Aix, et qui portent son nom. J'ai visité le barrage Zola, une muraille de pierres grises au milieu des collines. Il n'est plus utilisé que pour réguler les crues de la rivière, mais le canal Zola est toujours en activité. Ce n'est pas pour rien qu'il y a dans cette ville une avenue François et Émile Zola...

Mais, bien sûr, c'est une autre raison pour les fachos de haïr ce nom: François Zola, émigré italien, était de gauche (il a appartenu au mouvement des Carbonari) et franc-maçon. Horresco referrens!

Écrit par : Irène | mercredi, 21 octobre 2009

Ces gens, à défaut de lire des livres, pourraient au moins apprendre à consulter une notice wikipedia. Si Zola est associé au misérabilisme, ce n'est pas à cause de l'Argent ou du Bonheur des dames. Résumer un esprit aussi complexe que Zola par "misérabilisme littéraire" , c'est lui faire injure. La littérature est bien ici un prétexte.

Ca montre aussi toute l'étroitesse d'esprit de certains, qui se croient obligés de faire acte de courage politique (ne rigolez pas, c'est comme ça que c'est perçu dans ce champ idéologique) , agissant 100 ans plus tard en débaptisant un lieu public...

Écrit par : Moktarama | mercredi, 21 octobre 2009

Ne pas oublier une chose ; on est en Vaucluse. C'est le département où le maire du chef-lieu va présenter une Ligue du Sud ultra-raciste sur le modèle de la Ligue lombarde avec des membres du Bloc identitaire (les anciens du Bloc radical qui ont été dissous après l'attentat contre notre Chi) après avoir fait sécession avec le Fou du Puy. Les quatre députés sont tous UMP et l'un des plus féroces est Thierry Mariani qui pourrait être aisément estampillé Front haineux sans son label UMP. La gauche joue là une sorte de concurrence à l'extrême droite pour se maintenir.

En outre, il ne faut pas oublier que Carpentras, ancienne ville papale, abritait autrefois des Juifs contrairement aux autres terres de France et il y a une forme d'antisémitisme non purgé. L'affaire de la profanation du cimetière de Carpentras a laissé des traces. Il est malvenu de dire que l'on avait planté un pieu dans l'anus d'un cadavre de juif que l'on avait dressé en croix ou que c'était le fait de fils de notables locaux et non de gothiques ou de néo-nazis venus d'une autre planète. Cela a dû laisser des traces dans les mémoires. Zola, le sale défenseur d'un juif alsacien qui était dénoncé comme traître à sa nation et complice de l'Allemagne, voilà l'ennemi !

Démoralisateur. Ce mot était exactement celui qui était employé par les autorités collaborationnistes en 40 pour accuser tous ceux qui étaient considérés comme les responsables de leur propre défaite morale face à l'ennemi. Parce que de morale, ils n'en avaient pas. Il me semble incroyable de vouloir encore faire payer l'affaire Dreyfus cent ans plus tard. Il me semble aussi incroyable d'employer les mots du pétainisme à gauche afin de conserver une région. C'est honteux de se renier autant.

Écrit par : Dominique | mercredi, 21 octobre 2009

Ce que vous dites sur les auteurs de la profanation de Carpentras n'est pas exactement ce qui a été déterminé au procès (c'est un euphémisme) . Avez-vous des éléments autres que ceux que la femme défendue par Maître Collard (ce qui provoque en soi mon intense scepticisme, hors décision de justice) avait apporté, et qui effectivement accusaient des fils de notables de la ville ?

Pour Mariani et les affinités douteuses de la droite du Sud-Est de la France, rien à rajouter.

Écrit par : Moktarama | mercredi, 21 octobre 2009

Chez vous, on fait des votations pour des choses moins intéressantes. Ici, non.

Et il y a toujours une ville en France appelée Laval !

Écrit par : Stéphane De Becker | mercredi, 21 octobre 2009

Il y a eu pas mal de rumeurs à propos de la profanation de Carpentras, entre autre celle de jeunes qui auraient organisé des jeux de rôles satanistes (!), qui est aujourd'hui totalement discréditée.

Je me suis rafraîchi la mémoire avec Wikipédia, qui cite divers articles de journaux, dont L'Humanité. Apparemment, cette atroce mise en scène a été l'œuvre de néo-nazis ou sympathisants, mais pas venus du cosmos: la plupart étaient de la région.

Du moins c'est le cas du jeune homme qui s'est livré à la police en 1996, Yannick Garnier, qui voulait désormais tourner la page et se dissocier de ses anciens amis. Ceux-ci comptaient un véritable skin-head, certes, mais aussi des militants du Parti des forces nouvelles (PNFE), qui était alors légal et qui faisait sérieusement concurrence au FN dans les années 80 dans le Sud-Est. Pour eux, Le Pen était trop à gauche...

Évidemment, la grosse hypocrisie est venue quand les responsables du FN local ont joué les "victimes des médias" et juré leurs grands dieux qu'ils n'étaient pas anti-sémites, alors que leur propagande était à peine plus subtile en matière de racisme que celle du PNFE.

Écrit par : Irène | mercredi, 21 octobre 2009

Irène, peut-on raisonnablement écrire que Zola était un émigré italien ? Le fils de Francesco Zolla est né à Paris en 1840 d'un père français depuis huit ans, et d'une Française de Dourdan. Pour autant, je suis d'accord avec vous, cette origine italienne n'est probablement pas *étrangère* à cette soudaine désaffection.

Écrit par : Olivier | mercredi, 21 octobre 2009

Irène, j'ai répondu un peu vite à votre billet, et évidemment, je me suis planté.
Mais en définitive, c'est encore plus cocasse, cette histoire, du fait que Francesco Zolla s'était engagé dans la légion ! Cela devrait plaire à tous les nostalgiques paramilitaires de tout poil...

Écrit par : Olivier | mercredi, 21 octobre 2009

@ Olivier: En effet, Francisco Zolla s'est engagé dans la Légion étrangère pour devenir français, comme le papa de notre sublimissime président. Ce qui rend la hargne des fachos vauclusiens encore plus grotesque.

J'aurais certes dû écrire qu'Émile Z. était *fils* d'un immigré italien, pour être précise. Mais en fait, de son vivant, il a été souvent vilipendé comme "étranger" par la presse de droite, les royalistes, nationalistes cocardiers et autres anti-dreyfusards. Comme son père était né sujet autrichien (l'Italie était dans l'Empire austro-hongrois), on l'appelait même "Herr Zola" – ce qui permettait aussi de suggérer sournoisement que s'il soutenait Dreyfus, c'était par solidarité d'étranger, ou par germanophilie...

Écrit par : Irène | mercredi, 21 octobre 2009

Pas l'Italie, mais la partie de l'Italie qui faisait partie de l'Autriche, en ce cas la Vénétie qui fut française aussi. Il y avait aussi une Italie sans occupation étrangère à côté et puis l'Italie papale.

A Mulhouse, je n'ai plus retrouvé la plaque rappelant que Dreyfus était né dans telle maison de la rue du Sauvage (rebaptisée rue Adolf-Hitler durant l'occupation, ce qui a bien fait rire les Alsaciens). Elle a été ôté bien avant que Bockel devienne ministre de notre admirable président. Elle existait pourtant cette plaque, quand j'étais jeune, et elle avait été posée de maniçre solennelle .

Écrit par : Dominique | mercredi, 21 octobre 2009

>Irène merci de toutes vos informations.

Écrit par : michèle | mercredi, 21 octobre 2009

Mulhousien exilé, j'ai trouvé cette page qui parle de Dreyfus, de Bockel (voir la première photo), de la plaque (troisième photo)

http://judaisme.sdv.fr/perso/dreyfus/rehabil/mulh.htm

et cette page qui permet de voir la maison natale et l'hôtel particulier de Raphaël Dreyfus

http://www.dreyfus.culture.fr/fr/mediatheque/media-type-Photographies-1.htm

Écrit par : k.tasse.trof | mercredi, 21 octobre 2009

Je me souviens, ce n'était pas un hôtel particulier, mais une simpte maison de ville à l'angle de la place des Victoires. De la même taille que toutes les maisons de la basse-ville, avec peu de largeur sur la rue; Elle ne mesurait guère que cinq mètres de largeur à l'angle du Globe (enseigne suisse), le grand magasin suisse qui l'a absorbée. Il y avait une boutique de vêtements nommée Chez Patrick où j'ai acheté quelques habits, car c'était réputé. On pouvait descendre soit au sous-sol, soit à l'étage par des escaliers à vis tellement l'immeuble était étroit. Il ne devait rester de la maison des Dreyfus que les murs. il y avait une première plaque auparavant, lorsque je vivais encore en Alsace, elle avait été posée du temps de Kliffa. Et puis quand la maison mitoyenne du grand magasin a été intégrée à celui-ci afin d'élargir son rayon de Delikatessen hors de prix pour les Suisses qui viennent en visite la plaque a totalement disparu. J'ai photographié cet immeuble l'an dernier et je n'en croyais pas mes yeux, je l'ai dit alors dans FlickR où j'ai publié la photo de la maison sans la plaque. Je retourne bientôt à Mulhouse et je pourrai dire ce qu'il en est du capitaine.

Écrit par : Dominique | mercredi, 21 octobre 2009

"Ne pas oublier une chose ; on est en Vaucluse. C'est le département où le maire du chef-lieu va présenter une Ligue du Sud ultra-raciste "

Juste une petite précision. Le maire en question est Jacques Bompard, maire d'Orange qui n'est que la sous-préfecture du département dont le chef-lieu est Avignon.
Comme analyse politique, je verrais plutôt sa candidature aux prochaines élections régionales (où il n'a bien sûr aucune chance) comme une épine plantée dans le pied de Le Pen ( en accord avec De Villiers et sans doute Sarkozy) pour faciliter la tâche du candidat UMP ( sans doute Mariani). Une triangulaire serait en effet très risquée pour l'UMP en Paca, tandis qu'un deuxième tour UMP/PS permettrait sans doute à l'UMP de gagner la région... Donc: tout ce qui affaiblit Le Pen est bon à prendre. En échange, je suppose que l'UMP s'abstiendra de convoiter la mairie ( et le canton) d'Orange, fief de Bompard.

Écrit par : leveto | jeudi, 22 octobre 2009

Ah oui, zut ! mais Orange reste chef-lieu d'arrondissement et non de département. Ce que je retenais de l'histoire, c'est que ce charmant coin, très prisé paraît-il par la gauche caviar et les pages publicitaires du Nouvel Obs regorge de fachos en tous genres. Il y a du facho UMP, du facho rattaché à l'UMP, du facho FN pur et authentique, du facho ex-MNR passé par le FN, du facho ex-FN et ex-MNR reconverti dans le MPF qui se présente sans le MPF, du facho identitaire qui ne veulent pas être considérés comme des néo-nazis alors que récemment encore..., on ne sait plus où donner du regard tellement il y a de nuances parmi toutes les espèces de fachos qui peuvent être aussi de gauche. On s'y perd ! Comment peut-on déterminer scientifiquement et sans se tromper qui ne peut être facho dans une telle région ?

Écrit par : Dominique | jeudi, 22 octobre 2009

"on ne sait plus où donner du regard tellement il y a de nuances parmi toutes les espèces de fachos qui peuvent être aussi de gauche"

N'oublions pas que plus à l'Ouest, c'est le facho de gauche qui domine, notamment avec le fort sympathique Frêche en Septimanie (mouarf !) . Dans le Sud, ne pas aimer les auvergnats, c'est quasiment indispensable pour accéder à de hautes responsabilités. Et les blagues d'Hortefeux y sont souvent considérées comme du bon-vivre social.

Écrit par : Moktarama | jeudi, 22 octobre 2009

Sans compter que les partis politiques locaux ressortent des slogans en occitan sur leurs affiches afin de bien manifester combien ils sont attachés à leur terroir et que les autres sont des estrangers qui ne pourraient pas gouverner la région puisqu'ils ne parlent pas la belle langue occitane.

[J'aime beaucoup la poésie provençale et je la lis dans le texte, mais il y a des trucs qui ne passent pas.]

Écrit par : Dominique | jeudi, 22 octobre 2009

Les "résidents secondaires" de gauche dans le Vaucluse se regroupent en fait dans quelques zones assez précises, et surtout sur les pentes du Luberon, où le terrain est resté (relativement) bon marché jusqu'à la fin du XXe siècle. S'y sont ajouté les rurbains qui travaillent dans l'agglomération d'Aix-Marseille, qui ne sont pas spécialement de gauche.

Tous ces "néos", comme disent les gens du coin, sont venus cohabiter tant bien que mal avec la vieille bourgeoisie terrienne et industrielle (de droite, parfois très à droite, mais sociologiquement plus proche de la gauche caviar que des paysans du cru) d'une part, et d'autre part avec les restes plus ou moins bien conservés du "socialisme rural" qui était autrefois important dans le Midi. Celui-ci a pris du plomb dans l'aile avec la fermeture de bassins miniers de Gardanne et des Cévennes, et avec les mutations de l'agriculture: moins de petits exploitants... Les rurbains travaillant essentiellement dans le tertiaire, il n'y a pas eu de transmission "naturelle" de ce militantisme de gauche à de nouvelles générations.

L'extrême-droite, elle, a profité de l'arrivée des rapatriés d'Afrique du Nord dans les années 60, qui étaient à la fois déçus du gaullisme et de la SFIO, et ne sont venus apporter leurs voix ni à la droite classique, ni à la gauche classique.

Écrit par : Irène | jeudi, 22 octobre 2009

Oh, tiens, et pour l'affaire des slogans en provençal, c'est le plus cocasse... Le Vaucluse comme les Bouches-du-Rhône sont deux département où le taux de population d'origine locale est très faible, mais vient en grande partie d'autres départements français à cause. C'est dû à la fois à l'exode rural et au développement du tertiaire (tourisme...), au développement puis au dépérissement des mines, et ensuite de celui du port de Fos et du complexe pétrolier autour de l'étang de Berre... Bref, peu de "vrais" Provençaux! Et encore moins de gens qui parlent provençal, même si c'est devenu récemment un sujet fétiche pour les politiciens du coin. (Au début des années 80, je me souviens, il n'y avait que quelques originaux pour s'y intéresser.)

Mais il faut dire que la politique locale, tous partis confondus... Parler de panier de crabes radioactifs ne serait pas loin de la vérité. Il y a une chose dont on parle peu, dans l'affaire, mais c'est connu comme le loup blanc: l'influence des milieux du crime organisé, notamment liés à l'immobilier. La mafia n'est pas qu'à Palerme.

Écrit par : Irène | jeudi, 22 octobre 2009

Il ne faut quand même pas oublier que la région Paca est présidée par un socialiste ( mais peut-être plus pour longtemps) et qu'il y a un monde entre le paysan de Valréas, celui de Gap, le bobo gauche caviar du Luberon et le retraité de Nice! La région Paca est un non-sens complet: elle regroupe des zones si disparates qu'un sociologue a beaucoup de mal à y trouver des repères ou des règles universelles.
Pour ne parler que du Vaucluse, que je connais bien, il faut signaler qu'il n'y a pas de grosse industrie, donc peu d'ouvriers et que les seuls ouvriers présents, agricoles en général, sont la plupart du temps des immigrés exploités, souvent sans papiers, qui préfèrent se taire. Reste — en simplifiant beaucoup, je l'admets, mais c'est pour faire court — de gros propriétaires terriens ( et pour certains, comme à Châteauneuf du Pape, très riches), des pieds-noirs dans le commerce et les PME, des employés du tertiaire (dans le tourisme surtout, formant une majorité silencieuse donc sans doute satisfaite) et, comme à Orange ( d'où Bompard ?) des militaires.
Ajoutez à cela une certaine classe politique qui a su caresser dans le sens du poil une population qui se croyait menacée ( par quoi ou par qui ? mystère.) et une opposition de gauche à l'encéphalogramme plat, et le lit des extrémistes de droite était fait. Désormais, ils s'y vautrent.
Un fait troublant : la région Paca est celle dont le logo est le plus demandé ( après l'Ile de France) pour les nouvelles plaques minéralogiques ( il ya plus de plaques Paca que de véhicules vendus en Paca)... J'espère qu'il ne s'agit que de l'attrait du soleil.

Écrit par : leveto | vendredi, 23 octobre 2009

Bof, le sud n'est pas forcément un lieu où les fafs pullullent.

Il y fait chaud c'est bon pour les vieux os.

Y'a pas de boulot, les émigrés s'intègrent difficilement, vivent dans des ghettos : chez moi dans un carrefour Bléone/Durance. Sont stigmatisés. Peu d'ambition, peu d'espérance.

Aller voir Adieu Gary donne une petite idée de ce que ça représente de vivre dans des lieux désertifiés.


Ce serait aussi un poncif que de dire qu'en Haute Saône vivent tous les vendeurs de crack. Sur un contexte de misère sociale, viennent souvent se greffer les attitudes extrêmes, là encore par manque de repères, et de normes.

Sinon quelle poésie provençale lisez-vous dans le texte Dominique ?

Écrit par : michèle | vendredi, 23 octobre 2009

Il doit exister une différence entre la poésie provençale et la poésie en provençal.
Mais comme Dominique nous a écrit qu'il possède au moins un ouvrage de chaque prix Nobel avant qu'il ne soit récompensé, parions qu'il possède aussi des ouvrages plus anciens, comme par exemple ceux de Frédéric Mistral.
J'ai entendu dire que Mistral avait été récompensé sous l'influence d'universitaires allemands. Dominique nous donnera sans aucun doute des précisions à ce sujet.

Écrit par : Olivier | vendredi, 23 octobre 2009

Je possède en effet trois volumes de Mistral dont la fameuse Mireille (qui casse moins les oreilles que la Cigale d'Avignon homonyme), j'ai donné déjà ici des extraits de ces textes. J'aime bien Mistral, indépendamment des idées politiques auxquelles son nom est attaché. Un peu de poésie contemporaine plus gasconne comme Manciet. On avait parlé très sérieusement du languedocien, pardon septimanien Max Rouquette pour le Nobel avant sa mort il y a quelques années (c'était aux débuts du Champignacien). Quelques recueils de troubadours ou de romans médiévaux. J'en ai un assez original, constitué uniquement de poétesses. La poésie féminine semble avoir été plus développée qu'en pays d''oïl et je pense que j'en donnerai des extraits à mon retour d'outre-Vosges. Le mot provençal est ambigu, il peut renvoyer aussi bien au parler de Provence qu'à ce que l'on nomme par ailleurs occitan (les courants des langues d'oc sont divisés sur la norme de l'orthographe, la fixation du point géographique central et le nom même de la langue). Dans la langue ancienne, on disait le provençal aussi bien que le limousi, l'occitan est une invention très récente.

Écrit par : Dominique | vendredi, 23 octobre 2009

À propos de l'incohérence sociale et géographique de la région PACA: ne pas oublier que jusqu'aux années 70, la Corse aussi y était rattachée!

Écrit par : Irène | samedi, 24 octobre 2009

>Dominique merci de votre réponse
entre temps j'ai pensé également que les premiers troubadours venaient des cours de Provence...

Écrit par : michèle | jeudi, 05 novembre 2009

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