dimanche, 18 octobre 2009
Jonas
Je m'appelle Jonas Carex. J'ai cinquante ans. Je suis divorcé d'une femme intelligente, fille de médecin, qui s'est remariée avec un médecin. Tout est bien. J'ai deux fils, un ingénieur et un chercheur en biologie. Ils sont heureux et beaux. Tout est encore mieux. Je ne les vois plus.
J'ai gagné assez bien ma vie dans le commerce des tableaux. N'en parlons plus. J'ai aimé, palpé. J'ai recherché tant de tableaux dans ma vie, et de gravures, de dessins, d'estampes et de sculptures - sans compter les pièces d'art nègre et polynésien, et les innombrables peintures sur bois que l'on m'a proposées pendant vingt-cinq ans - que j'en suis dégoûté à jamais. A l'heure qu'il est je puis passer devant la boutique d'un ancien confrère dans n'importe quelle ville de Suisse ou d'Europe, sans même tourner le regard vers les pièces qu'elle nous offre. Je ne vais plus aux vernissages ni aux expositions. Je jette sans les ouvrir les invitations et les catalogues des galeries, et au cours des années, j'ai débarrassé ma bibliothèque des livres d'art qu'elle contenait. Voilà qui est dit.
Jacques Chessex
16:12 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : liittérature, art, religion, suisse, romandie



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Commentaires
J'aime bien le style de ce Jacques Chessex ça commence bien, ça se termine mal, on dirait qu'il fait ses comptes;
ça me fait aussi penser à un poème anglais "the road not taken".
Ecrit par : Michèle | mardi, 20 octobre 2009
Dans « Des Histoires à ma façon », J.-L. Ézine évoque Jacques Chessex ce matin sur http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/des-histoires-a-ma-facon/index.php
Ecrit par : Olivier | mercredi, 21 octobre 2009
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