samedi, 10 octobre 2009
Ma rencontre de blogueur avec Alain Finkielkraut
J'ai décidé de rencontrer l'un des radiosophes les plus connus de France afin de parler de sa vision d'Internet.
LPCI : Bonjour monsieur Finkielkraut, merci de me recevoir aussi aimablement.
AF : Je ne vous dis pas bonjour, depuis que j'ai eu connaissance de votre rendez-vous infernal, je vis dans la terreur et l'épouvante.
LPCI : Mais pourquoi donc ? Un blogue peut servir à célébrer les gens que l'on estime et...
AF : Les blogues servent à une véritable fureur de la persécution; Et il n'y a pas que les blogues, c'est toute la planète internet qui est devenue une immense foule lyncheuse qui me fait peur. Oui, je vis dans la peur la plus totale, comme si je me retrouvais pris au piège du ghetto de Varsovie face aux hordes féroces et meurtrières des nouveaux barbares qui se sont emparés de la technologie afin de tuer toute forme élevée de culture. Vous me faites peur, je l'avoue.
LPCI : Pour détendre un peu l'atmosphère, il est traditionnel dans les rencontres de blogueurs que l'on discute autour d'une bonne choucroute, je ne la vois pas, pourquoi ?
AF : Ah ! Je devais bien me douter que vous vous déchaîneriez contre moi d'une manière démentielle et sauvage !
LPCI : Mais pourquoi ? La choucroute, c'est agréable.
AF : Vous avez voulu jouer sur le sens de mon nom propre et je soupçonne chez vous une sorte d'antisémitisme qui ne veut pas s'avouer comme tel. Je me nomme Finkielkraut et pas Sauerkraut ! Il n'y a que les antisémites à avoir pratiqué l'amalgame entre la tête de chou et les Juifs. Voilà pourquoi je vis dans un monde d'horreur qui me répugne de plus en plus, puisque nous nous éloignons de toute forme de civilisation du fait de l'arrivée des vandales comme à la fin de l'Empire romain.
LPCI : Mais Gainsbourg a lui-même chanté l'homme à la tête de chou et il n'était pas naz...
AF : Vous me parlez d'un de ces histrions de bas-étage fasciné par le monde black, black, black qui a tant participé à la perte de nos valeurs et de nos repères occidentaux, comme si les chansons pour le top 50 pouvaient être placées sur le même niveau que la poésie la plus pure, par exemple celle de Péguy.
LPCI : Péguy aurait donc parlé de la choucroute lui aussi ?
AF : Oui, bien sûr; Tenez, voici ce qu'il écrit en 1914, juste avant de monter au front et d'y mourir, cela s'intitule Epitre aux Germains. Cela ne rend son écrit que plus poignant.
Au nom du Père ; et du Fils ; et du Saint-Esprit ; ainsi soit-il.
Préservez-nous toujours de la diabolique choucroute que les méphistophélesques cohortes germaniques répandent partout où elles passent.
Choucroute de sorcières dans laquelle barbote une infecte pourriture à peine masquée par la saumure;
Choucroute du mal absolu qui détruit nos forces les plus vives alors que nous devrions nous lier à la terre qui nous a fait naître et qui nous empêche de tuer tous les païens qui vivent outre-Vosges.
Choucroute de l'apocalypse qui brise notre vigueur morale et l'amour que nous devons à nos ancêtres.
Choucroute eschatologique et scatologique dans laquelle se perdent les homùes qui n'ont pas su trouver leur voie et leur voix dans Notre Seigneur.
Il y a comme cela cinq mille vers débutant tous par le mot choucroute, ce qui montre la force oratoire et la grandeur admirable de la pensée éthique de Péguy.
LPCI : D'accord, mais enfin... Je ne suis pas venu là pour vous accuser, je ne suis pas de la Gest...
AF : Me poser des questions, c'est déjà une attitude inquisitoriale totalement inadmissible et qui démontre à quel niveau de bassesse l'on se retrouve aujourd'hui puisque tout le monde peut dire n'importe quoi n'importe où sans avoir la moindre autorité sur le sujet. tenez, moi-même, je ne suis pas philosophe de formation, je n'ai fait que lettres modernes, et pourtant je passe comme tel sur France-Culture ou dans le Monde, on m'invite à donner des cours à Polytechnique alors que je devrais me retrouver à devoir enseigner les règles de conjugaison et de politesse à des sauvages sans-papiers dans un collège de banlieue de la région parisienne vu le niveau de mes diplômes et des concours que j'ai passés, je parle souvent de livres ou de films que je n'ai ni lus ni vus mais sur lesquels j'ai un avis définitif et transcendant. L'imposture est générale et franchement, cette époque me fait peur. Je suis persuadé que je serai la prochaine victime d'un lynchage médiatique par une foule en furie, remplie d'une hystérie démentielle que je n'ose imaginer tellement la haine est générale pour tout ce qui est grand, beau, culturel. Comment tout un chacun aurait-il le droit de faire sur son blogue ce que j'ai toujours fait dans mes émissions de haute tenue morale en me posant en procureur inflexible sans que je sache de quoi l'on parle exactement ? Cela me fait peur toute cette concurrence... Je vis dans le cauchemar d'être critiqué ou cité pour mes propos.
LPCI : Merci beaucoup monsieur Finkielkraut pour ce témoignage émouvant.
10:57 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, philosophie, média, presse, humour



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Commentaires
"Je vis dans le cauchemar d'être critiqué ou cité pour mes propos."
"Comment tout un chacun aurait-il le droit de faire sur son blogue ce que j'ai toujours fait dans mes émissions de haute tenue morale en me posant en procureur inflexible sans que je sache de quoi l'on parle exactement ?"
Excellent! Et quand il s'agit de parler sans savoir ni sans réfléchir, Finkielkraut se débrouille pour errer aussi bien dans les grandes lignes que dans les détails. Quand il parle de Polanski rescapé du "ghetto de Varsovie", par exemple, il ne fait que montrer encore une fois sa propension à déclamer des idées reçues: en fait, c'est du ghetto de Cracovie que le jeune Roman Polanski s'est enfui in extremis devant les tueurs nazis. (Pas que cela ait quoi que ce soit à voir avec l'affaire actuelle.)
Mais comme dit le proverbe, "le diable est dans les détails"...
Ecrit par : Irène | samedi, 10 octobre 2009
Je proteste vigoureusement !
Pft !
pft !
pft !
(ok, je manque d'arguments, et sa dernière intervention radiophonique n'était pas la meilleure).
Une fois, sur France Inter, le matin à la même heure, il était parti dans un monologue-diatribe contre le rire effrayant, le rire des humoristes à sketche qui se moque jusqu'à plus soif du tour de taille de Martine Aubry, du défaut de prononciation de l'un, des dents de l'autre, ou des talonnettes de notre vénéré président. J'avais été très impressionnée.
Ecrit par : Suzanne | samedi, 10 octobre 2009
Suzanne, je ne me moque nullement ici du physique d'Alain Finkielkraut et dans mon interviouve presque imaginaire, il y a de vrais morceaux de Finkielkraut. Ce rire ici ne peut être sardonique comme vous le suggérez. Parce que ce sont bien les propos et les préjugés de Finkielkraut qui sont en cause dans mon texte. Pas sa coupe de cheveux (qui devrait être révisée sérieusement cependant).
Ecrit par : Dominique | samedi, 10 octobre 2009
Je m'inscris en FAUX contre ce compte-rendu d'une interviou que je n'ai même pas relue ! je n'ai jamais dit que je vivais dans la terreur et l'épouvante ! j'ai dit que je vivais dans la TERREUR et L'EPOUVANTE !! ce n'est quand même pas la même chose ! ces mots je les ai dits, je les ai pensés, je les ai vécus dans ma CHAIR ! et cela ne m'étonne pas de voir mes propos LISSES, APLATIS, NIVELES, ASEPTISES par le BAS par l'électronique FURIEUX de la planète internet !
Ecoutez-moi donc parler à la RADIO plutôt pour avoir acces à un peu de VERITE, au lieu de gribouiller des entretiens écrits complètement vidés de leur SUBSTANCE !
Ecrit par : Alain Finkielkraut | dimanche, 11 octobre 2009
Un lien concernant le très grand Finkie (il mesure plus d'1m90 crois-je me rappeler, au sujet d'un article de Sébastien Fontenelle sur Politis http://www.politis.fr/Des-Fluctuations-Dans-L,8293.html
Remarquez la parenthèse ouverte non refermée...
Ecrit par : Olivier | lundi, 12 octobre 2009
Dominique : je ne disais pas que vous vous moquiez du physique d' A.F, mais que lui souffrait quand on se moquait du physique des autres. (et je suis bien de son avis sur ce point.)
Ecrit par : Suzanne | mardi, 13 octobre 2009
Suzanne, je rejoins Finkie au sujet de la dénonciation d'un humour de bas niveau qui s'en prend aux défauts physiques des personnes, j'ai déjà dénoncé ici la tyrannie du pseudo second degré selon lequel on pourrait tout s'autoriser parce que Coluche ou Desproges l'auraient fait. Cela ne m'a jamais paru une légitimation suffisante, personne ne peut être ces deux humoristes et il n'y a pas lieu de se revendiquer de cette autorité quand on fait des blagues de beauf. Dans cette série, j'ai fait allusion à la nette tendance à l'embonpoint d'Adler devant une choucroute ou j'ai utilisé systématiquement le chuintement de Giscard, mais ce n'était pas les choses que je moquais : tout était dans le propos contradictoire, les obsessions personnelles, les récurrences stylistiques, et les défauts accessoires étaient là pour permettre de se représenter la scène.
Dire que Joffrin est barbichu pour le discréditer - comme le fait un redoutable éditorialiste de Politis - est simplement crétin ou hypocirte, puisqu'il ne dit pas le sous-entendu : un faux barbu, un barbu qui ne serait pas de la vraie famille gauchiste, communiste et avant tout libertaire. Peu m'importent la date ou la taille de la barbiche de Joffrin, je ne crois pas que ce soit des arguments lisibles par tous. Il y a des moments où les anars parlent aux seuls anars, sans penser à ce qui peut être reçu tellement ils parlent dans leur langage codé.
En revanche, la mention des talonnettes se réfère bien à un comportement visible dans des manifestations publiques, avec escabeau à l'appui. Ce qui est plus discutable et contestable c'est la référence systématique une petite taille et là on voit moins ce qui est une critique de fond et une critique due à la dérision guignolesque du moment. Ce soir, je me suis moqué dans Twitter des lunettes intellos sans verre correcteur du Prince Jean lors de son intervention télévisée, de sa nouvelle coupe Jacques Dessange et de son absence de teinture blonde, de quoi serais-je alors coupable ? On n'a plus le droit de dire que des gens ne sont pas vraiment blonds, ne sont pas vraiment myopes, ne sont pas vraiment diplômés de l'université et ne sont pas élus dans des conditions convenables ?
Ecrit par : Dominique | mercredi, 14 octobre 2009
Grrr... Au diable ce sobriquet de "Prince Jean"! Fichu monarchisme républicain, et fichue influence des Robin des Bois hollywoodiens...
(En plus, il n'y a qu'un seul Prince, et il chante. Na.)
Ecrit par : Irène | mercredi, 14 octobre 2009
Mais, Dominique, je ne vous ai jamais reproché de vous moquer du physique des gens! Pas davantage de celui de Finkielkraut que de celui des autres. Les travers dont vous vous moquez ne sont pas des défauts physiques, mais des comportements. Et puis, il y a des degrés dans la moquerie. On peut causer, tout de même, parler du corps des autres, des tics, de l'embonpoint, etc, même pour en rire. On n'est pas désincarnés. Je suis d'accord avec A.F quand il dit le dégoût que lui inspire la répétition des moqueries primaires, quand on appelle une personne toujours par un adjectif qui remplace son nom. Le nabot, pour Sarkozy, Le borgne, pour Le Pen. La première chose que je dis, quand je vois un obèse ou un très moche à la télévision, c'est comme tout le monde " qu'est-ce qu'il est gros", ou "t'as vu comme il est moche" ?. C'est normal, non ?
Trouver un surnom infâmant et nommer excusivement une personne comme ça, quand c'est répété cent fois, mille fois, sur les blogs, c'est participer à quelque chose qui m'effraie, personnellement, même si, pour chaque personne qui le fait, il n'y a pas mépris réel des défauts ou handicaps physiques en général.
Ecrit par : Suzanne | jeudi, 15 octobre 2009
@Suzanne. Nous sommes donc d'accord. Ce n'est pas la mention d'une circonstance désavantageuse (par exemple, l'escabeau de notre splendide président à la tribune de l'Onu) qui est à mettre en cause, mais bien la répétition d'un qualificatif jusqu'à plus soif. Cela enferme la personne dans une définition, c'est le langage de l'extrême droite d'habitude et je trouve fort désagréable que des blogues de gauche parlent de Sarkozy en le nommant toujours 'Talonnette" : on justifie ainsi ses reproches à ses adversaires réels qui n'ont pas ce langage et qui attaquent des choses plus importantes.
Mais Finkielkraut a un autre propos ; il s'en prend au rire en tant que tel. Il refuse à présent (parce que cela n'a pas toujours été le cas) tout rôle pédagogique au rire, ce qui le distingue nettement de Montaigne, de Molière, de Voltaire ou d'Hugo. Pour lui le rire est forcément hideux et malveillant par nature, comme il l'était pour une partie de l'Eglise au Moyen Âge. Et derrière la dénonciation légitime du faux second degré du type Dieudonné, il y a aussi la volonté d'une régression morale.
Ecrit par : Dominique | jeudi, 15 octobre 2009
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