vendredi, 09 octobre 2009

La larme

Amélie sort de la cour du mégissier. Elle marche dans l'herbe. Elle tient à la main une petite boîte. Hume ce qu'il y a dedans. Windisch regarde l'ourlet de la jupe d'Amélie jeter une ombre sur l'herbe. Ses mollets sont blancs. Windisch remarque qu'Amélie balance les hanches.

Une ficelle argentée est nouée autour de la boîte. Amélie se met devant le miroir. Elle se regarde. Elle cherche dans le miroir la ficelle argentée et tire dessus.

"La boîte était dans le chapeau du mégissier", dit-elle.

Le papier de soie blanc froufroute dans la boîte. Sur le papier une larme de verre. Avec un trou dans la partie supérieure. Dans son ventre un sillon. Sous la larme un billet écrit par Rudi : "La larme est vide. Remplis-la avec de l'eau de pluie de préférence."

Amélie ne peut pas remplir la larme. C'est l'été, le village est à sec. Et l'eau de la fontaine, ce n'est pas de l'eau de pluie; Amélie tient la larme devant la fenêtre, à la lumière. Extérieurement, elle est immobile. Mais à l'intérieur, le long du sillon, elle tremblote.

Herta Müller 

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Commentaires

Je n'aime pas du tout cette succession de phrases courtes. Très courtes. Avec des points. Qui ferment. Qui disent bien des choses. Sur l'indicible.

Ecrit par : Suzanne | vendredi, 09 octobre 2009

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