jeudi, 01 octobre 2009
Ma rencontre de blogueur avec Jean Daniel
J'ai décidé cette fois d'interroger l'un de nos plus brillants éditorialistes français qui a donné l'essentiel de leurs idées aux plus grands hommes politiques et aux plus grands philosophes, j'ai nommé Jean Daniel.
LPCI : Je vous remercie de me recevoir monsieur et de répondre à mes questions pour Internet.
JD : Comment ? Que dites-vous ? Pour Internet ? Mais c'est totalement interdit ! On n'y voit que des choses basses, vulgaires et surtout volées, donc illégales. Il est impossible de s'exprimer correctement et avec mesure sur Internet.
LPCI : Comment le savez-vous ?
JD : C'est ce que m'a dit ce gentil petit Denis Olivennes qui a heureusement encore le bon goût de promouvoir mes mémoires dans mon hebdomadaire, même quand il tente de tirer la couverture à lui. Il m'a cité par exemple le cas d'un SMS d'origine douteuse qui se serait retrouvé sur un site de pirates se faisant passer pour des journalistes.
LPCI : C'était le site du Nouvel Observateur et le journaliste est rédacteur en chef chez vous.
JD : Vous croyez vraiment ? Je n'ai aucun souvenir de l'existence d'un site internet du Nouvel Observateur, Internet est vraiment trop vulgaire pour que nous nous abaissions à discuter là. D'ailleurs, j'avais déjà manifesté ma profonde réprobation pour le Minitel qui a été le lieu de toutes les dépravations et je ne comprends toujours pas pourquoi on en a tant parlé; Ce qui est sérieux, c'est ce qui est écrit et imprimé, non ce qui existe dans un monde virtuel.
LPCI : Pourtant, le Nouvel Observateur publie encore des annonces de sites de Minitel rose qui appartiennent à la société propriétaire et qui financent le déficit de ce journal.
JD : Vous croyez vraiment ? Je n'ai jamais lu d'annonces pornographiques dans ce journal qu'Albert Camus aurait tenu en haute estime tellement il est conforme à ses valeurs ! Pourtant, je lis mon journal de bout en bout afin de voir s'il n'y aurait pas une faute de goût ou une erreur de langue ou un mauvais parti pris.
LPCI : C'est tout à la fin, juste à côté des demeures et châteaux en Luberon ou dans le Bordelais.
JD : Ah ! d'accord ! Vous savez, quand j'ai fini de parcourir la couverture, le sommaire, le rappel de sommaire, puis la chronique de Jacques Juillard, je sais que j'ai fait le tour de mon journal, puisque le reste est sans importance. Il ne faut pas que la chronique de Juillard se trouve placée avant mon éditorial et qu'elle occupe plus de feuillets que mon modeste texte. De toute manière, il est faux et mensonger de dire que le Nouvel Observateur serait financé par l'industrie du sexe ou par la spéculation immobilière, jamais Camus n'aurait accepté cela et vous savez comme je suis attaché à Camus que j'ai intimement connu ! Je ne céderai en aucun cas à l'argument de l'amalgame, je suis au dessus de ces basses manoeuvres qui consistent à salir son adversaire.
LPCI : Justement, comment vivez-vous le fait que Denis Olivennes vous vole la vedette à présent en menant des interviews et en les plaçant en évidence au début du journal ou en couverture ?JD : J'ai les plus et meilleures excellentes relations avec lui, il me laisse mes deux pages à leur bonne et juste place au début du journal afin de lui donner son ton de bonne compagnie. Je lui suis reconnaissant de m'accorder cette forme de retraite paisible.
LPCI : Pensez-vous qu'on vous lise encore ?
JD : Mais bien entendu ! qu'allez-vous chercher comme idées saugrenues ? Je reconnais bien là les méthodes malveillantes d'Internet. Sachez, donc jeune homme, que l'on me demande encore mon avis sur l'idéal démocratique et humaniste de Sa Majesté Hassan II (que j'ai aussi bien connu qu'Albert Camus) alors que les pires calomnies se répandent aujourd'hui sur son règne qui fut en fait une époque de libération et de progrès pour les droits de l'homme. J'ai toujours refusé les honneurs et les pompes, c'est pourquoi je ne me suis jamais présenté à l'Académie française alors que mon ami Angelo Rinaldi, mon ami Pierre nora, mon ami Frédéric Vitoux, mon ami Dominique Fernandez et bien d'autres qui me pardonneront de ne pas les avoir cités m'avaient instamment de me présenter tellement je présentais le meilleur profil en tant qu'ami d'Albert Camus. Mais je suis au dessus de ces contingences et ce qui m'importe est l'oeuvre que j'accomplis chaque semaine par mon éditorial, écrire pour la postérité sans aucun souci de reconnaissance.
LPCI : Camus aurait-il une chance aujourd'hui sur la Toile ?
JD : Jamais de la vie ! Il aurait dû accepter des liens avec des sites pornographiques, accepter d'employer des journalistes stagiaires ou en contrats précaires sans aucune possibilité d'avenir, pratiquer une censure des commentaires par des plateformes hébergées dans des pays du tiers-monde avec du personnel sous-payé et dans des conditions de travail misérable, de publier des documents volés ou faux afin de se faire connaître et de faire du bruit inutile ! Il se serait révolté contre ces conditions d'un nouveau journalisme, c'est sûr ! C'est pourquoi au Nouvel Observateur, il n'y a que de l'écrit imprimé seulement et aucun site internet. J'en étais convaincu avant que le sympathique Denis Olivennes me parle des contenus illégaux. Nous nous devons à tout prix de nous élever moralement comme le disait mon ami Camus et c'est ce que nous faisons chaque semaine avec des couvertures courageuses qui dénoncent des scandales comme...
LPCI ; Carla Bruni, le prix de l'immobilier, les villes où il fait bon vivre, le palmarès des lycées, le salaire des cadres ou des fonctionnaires, le sexe en vacances.
JD : Je ne suis pas certain que nous lisions le même journal et Camus serait fâché de vous voir présenter ce journal si digne d'une telle manière.
LPCI : Au fait, il est de tradition d'offrir une choucroute aux blogueurs invités, je ne l'ai toujours pas vue.
JD : C'est une choucroute particulière, une choucroute marocaine comme les aimait Sa Majesté le défunt roi Hassan II, ce grand démocrate, avec de la semoule à la place du chou...
LPCI : Merci beaucoup !
20:50 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, journalisme



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Commentaires
C'est bien beau de faire de très sympathiques rencontres avec les grands noms des médias. Mais quand même : t'as pas un peu envie d'en profiter pour les faire tomber dans l'escalier, de temps en temps ?
(Tu rends bien l'incroyable suffisance de Jean Daniel. La lecture d'une de ses doubles pages, quand j'étais encore ado, m'avait effaré : je n'avais jamais lu quelqu'un se prenant autant au sérieux et faisant montre d'un tel ego boursouflé)
Écrit par : JBB | jeudi, 01 octobre 2009
Ce n'est pas seulement sa prétention qui m'étonnait, mais ie discours louangeur à l'égard de certains puissants ou rois nègres qui ignorait totalement ce qui pouvait se passer dans certains pays, avec dans le même temps la volonté de donner des leçons de morale au monde entier sl celui-ci n'appartient pas au clan. L'infatuation est un fait avéré (moi et Sartre, moi et Mitterrand, moi et Kennedy, moi et Mao, si ce n'est moi quand j'ai suggéré des idées à De Gaulle), mais la schizophrénie de son comportement et celle de son journal. Adolescent, je savais déjà par Témoignage chrétien, l'Huma, le Canard ou Charlie Hebdo que Bourguiba n'était pas tout à fait ce que l'on présentait dans le Nouvel Obs et que les entretiens onctueux sur les bienfaits d'une démocratie d'un autre type par Jean Daniel étaient à prendre avec des pincettes. Et j'ai visé plutôt ce second aspect cette fois-ci. Ignorer ce que fait sa main gauche, c'est un peu grave. Être simplement empli de sa propre importance, beaucoup moins (mais cela devient vite insupportable aux auditeurs).
Écrit par : Dominique | jeudi, 01 octobre 2009
"Avec des couvertures courageuses qui dénoncent..."
Là, hier, Dati contre Dati. Article putassier, racolage de bas-étage, remue-ménage de fange et plongée dans les abysses familiaux : à gerber.
Puis, l'été, quand tout le monde est en vacances, sauf quelques pékins qui soignent leur jardin, deux années de suite (oui la mémoire collective est courte) les philosophes pour nous conduire au bonheur, le sexe, l'immobilier, les hôpitaux, le classement des lycées. Votre enfant est-il scolarisé dans un bon établissement ?
Bref, ça vire Voici le Nouvel-Obs. Et pourtant, je lis encore volontiers quelques plumes intelligentes et vives.
Votre billet est caustique mais bien vu.
Écrit par : michèle | vendredi, 02 octobre 2009
Un summum : quand Kennedy se faisait cartonner comme un lapin, JD était reçu par Fidel Castro en personne. Quelle erreur, de la part de JFK, d'être allé faire le malin dans le Texas, alors qu'il pouvait être en visio-conférence avec le phare de la pensée journalistique française reçu par le représentant de la maison Adidas...
Écrit par : Olivier | vendredi, 02 octobre 2009
"Ignorer ce que fait sa main gauche, c'est un peu grave. Être simplement empli de sa propre importance, beaucoup moins "
C'est vrai.
Il y a un autre truc qui me frappe chez lui - ce qui rejoint ce que tu soulignes - , c'est qu'il semble définitivement vivre dans le passé. Tout, des grands hommes qu'il est censé avoir côtoyé jusqu'à sa lecture du monde actuel, est toujours revisité à l'aune des années 1950-60. Ça rejoint au fond sa propre biographie : ses grandes années de journalisme et d'engagement sont celles de la guerre d'Algérie, avant qu'il ne quitte l'Express. Après il y a le Nouvel Obs, mais plus guère de coups d'éclat.
Écrit par : JBB | vendredi, 02 octobre 2009
C'est vrai, il revient sans arrêt sur la période héroïque où ce qu'il écrivait possédait un sens, mais c'était aussi un monde où la télévision et la radio n'avaient pas encore envahi l'espace médiatique (une chaîne nationale, quelques stations de radio sous contrôle gouvernemental même les privées périphériques) : les événements se passaient encore surtout dans la presse écrite, le texte d'un reporter comptait plus qu'une émission, les interviews plus rares étaient de vrais sujets d'exclusivité. Le journaliste était une sorte de grand instituteur qui voyage et qui voit le monde pour les autres. Il y avait un prestige du journalisme pédagogique, même dans un journal populaire comme France-Soir. C'est balayé ensuite par l'expansion de l'audiovisuel, l'émergence d'une presse parallèle vers 68 : l'Obs est en fait devenu comme l'Express une sorte de magazine chic de complément de la télévision, mélangeant consumérisme et vulgarisation de quelques grands intellectuels, mais surtout avec une tendance suiviste ou de récupération. Il repose aujourd'hui sur le mythe de ses origines et sur la mention de quelques grandes signatures passées, mais c'est une sorte de zombie qui marche de manière aveugle dans le noir le plus complet. La différence de JD par rapport à d'autres patrons de presse, c'est bien qu'il n'a plus évolué depuis quarante ans au moins.
Écrit par : Dominique | vendredi, 02 octobre 2009
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Écrit par : Eroppyunone | dimanche, 04 septembre 2011
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