dimanche, 27 septembre 2009
Perros et Perec
Dans une lettre de 1965 à Jean Paulhan, Georges Perros (de son vrai nom Georges Poulot) démentait se cacher derrière le nom de Georges Perec qui venait d'obtenir le prix Renaudot pour les Choses. Il ne s'agissait que d'une plaisanterie entre amis, Perros était un inconnu complet qui ne livrait que des notes de lecture à la NRF ou à la Comédie Française et n'avait publié qu'un livre de poèmes et un d'aphorismes. Mais Perec était tout aussi inconnu l'année précédente, malgré quelques articles. Le romanesque était totalement éloigné à Perros alors qu'il plaisait à Perec qui avait des idées stendhaliennes, voire verniennes. Ce qui est profondément troublant, c'est que les deux sont morts d'un cancer du larynx à trois ans de distance et c'était le moment où je constituais ma culture littéraire, autant dire que les deux disparitions m'ont frappé.
Ce qui est un peu étrange au sujet de Perros, c'est qu'il passe pour breton aux yeux de beaucoup au point que Miossec le chante au nom de la bretonnitude dans la commune où il vivait une partie de l'année, lui rende hommage, alors qu'il n'avait que sa résidence secondaire en Bretagne. Mais c'est aussi le cas de Perec qui paraissait avoir un nom breton et non juif polonais. Ces idées préconçues sont un peu absurdes et je me demande si Perec ne pourrait pas devenir aussi un Breton même s'il n'a aucune attache avec la Bretagne ou été chanté par des bardes bretons.
11:48 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, littérature, musique, chanson



Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://champignac.hautetfort.com/trackback/2390252
Commentaires
Perros breton ? Peut-être en lien avec Perros-Guirec* et penros qui signifie tête de promontoire.
* http://marikavel.com/bretagne/perros-guirec/accueil.htm
Penblanc par exemple veut dire tête blanche. Est-ce en lien avec un oiseau de mer, c'est plus que je ne sais.
Écrit par : michèle | dimanche, 27 septembre 2009
"Georges Perros" étant un un nom de plume, il faudrait se demander si l'auteur l'a choisi en pensant à Perros-Guirec ou autre.
Ce qui est amusant, c'est que "perros" est aussi le pluriel de "perro", qui signifie chien en espagnol. S'il avait choisi de vivre en Gascogne plutôt qu'en Bretagne, aurait-on supposé à Georges Perros une ascendance méridionale?
Écrit par : Irène | dimanche, 27 septembre 2009
On a sa résidence principale, très souvent, en fonction de son activité rémunérée -- ce n'est pas un choix. Par contre le lieu de résidence secondaire est lié parfois à un passé qui peut être cher et vrai, parfois à un choix de lieu, de la même façon qu'on se choisit un homme ou une femme. De cette façon, je suis née Le Coz et suis épouse Layani. Ma résidence secondaire sera donc choisie, non en Bretagne (mais aurait pu, si les maisons étaient plus abordables...) mais là où s'enracinera Jacques. Bref, on est de là où on aime.
Écrit par : Martine Layani | dimanche, 27 septembre 2009
L'initiative de Miossec de rendre hommage à Perros dans un concert à Douarnenez et de chanter ses textes dans son dernier album est on ne peut plus louable et admirable. Perros le mérite largement. Mais est-ce comme Breton d'adoption qu'il est célébré ou comme un grand écrivain tout court ? J'aime Perros, j'aime Perec, et cela n'a rien à voir avec une idée bretonne (j'aime beaucoup la Bretagne par ailleurs et je rêverais d'y vivre). C'est l'association Bretagne et Perros qui me dérange, il parlait de textes étrangers ou de classiques français, ce n'était pas un écrivain local qui ne parle que de son clocher. Je ne suis pas certain qu'il aurait voulu être mis en avant comme aujourd'hui. Il était pudique et ce mot ne dit rien en ce moment.
Écrit par : Dominique | dimanche, 27 septembre 2009
>Martine Layani ce thème, du terroir et des racines, est cher à mon coeur. On n'est pas de là où on aime : sinon je pourrais vivre à Berlin, à New-York, à Istanbul à Tombouctou ou même à Pétaouchnok, si l'homme aimé y vivait. Non, on est d'où vos tripes vous parlent, d'où les vibrations sont intenses et violentes : on est attaché à un territoire comme l'enfant l'est au ventre de sa mère par le cordon qui le nourrit, et tout exil est un arrachement, une déchirure. Et le quitter nous rend désorienté comme une boussole folle. Après, que l'on puisse vivre ailleurs, certes : le boulot, les amours, le besoin de bouger nous font déménager. Le livre qui m'a fait vivement ressentir cela est Noces de Camus. Et certains sont d'éternels déracinés. Maintenant que l'on puisse se fabriquer un pays d'adoption oui.
D'ailleurs, Dominique, au début de l'été, vous nous aviez annoncé un retour aux sources pour votre premier billet de septembre (et vous saviez fort bien de quoi vous alliez nous parler) : l'ai-je loupé ? Ou ne l'avez-vous pas encore écrit ?
Écrit par : michèle | dimanche, 27 septembre 2009
Lorsque j'ai rencontré Georges Perros dans les années 60 à Douarnenez il m'avait confié que c'est bien le nom Perros Guirec qui l'a séduit au point d'emprunter le patronyme.
Quant à dire qu'il était breton reportons nous au kenavo de "poèmes bleus" la réponse est dedans.
Écrit par : yves | lundi, 28 septembre 2009
« Le romanesque était totalement éloigné à Perros alors qu'il plaisait à Perec qui avait des idées stendhaliennes, voire verniennes. »
Faites-vous allusion à Jules ? (Question sincère).
Écrit par : Stéphane De Becker | lundi, 28 septembre 2009
A Jules qu'il a souvent cité et qui a été reconnu comme un Oulipien par anticipation, pas à Henri qui ne me semble pas avoir fait partie de ses références.
Écrit par : Dominique | lundi, 28 septembre 2009
Perros n'avait pas sa résidence secondaire en Bretagne : il s'est installé en Bretagne avec Tania et y a vécu, avec leurs trois enfants, jusqu'à sa mort. mais je suis d'accord avec vous : "J'aime Perros, j'aime Perec, et cela n'a rien à voir avec une idée bretonne ". J'aime Perros aussi (et Perec), ainsi que la Bretagne - j'y suis née - mais Perros est un grand écrivain français. Je ne connais aucune région qui colle autant à la peau de ceux qui y vivent. Lorsqu'on vit en Bretagne, on n'est pas écrivain, photographe ou peintre, mais écrivain breton, photographe breton ou peintre breton. grrr...
Écrit par : laurence | dimanche, 03 janvier 2010
Écrire un commentaire