jeudi, 28 mai 2009

Mélanges journalistiques, littéraires et langagiers

Voici une petite série de brèves (dont l'actualité est déjà un peu altérée) :

Peuples.net nous apprend que la Princesse de Clèves, dénigrée à plusieurs reprises par le magique président, est au programme provisoire du concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure de 2010. La première fois que notre Kennedy français en avait parlé, c'était justement à propos d'un concours administratif.

On découvre par Facebook les lectures présidentielles (le Rouge et le Noir, Pierre et Jean, Françoise Sagan), mais lorsque le génie de Neuilly évoque de vive voix son admiration pour Zola, il parle des Rougeon-Macquart. On voit sa familiarité avec cette fresque sociale. Source Bibliobs.

Des journalistes en ligne s'indignent de l'article de Xavier Ternisien au sujet des conditions de travail déplorables dans ces rédactions qui servent de robinets à dépêches à peine récrites ou croisées. D'autres s'interrogent sur l'utilité de l'emploi de l'expression "forçats du Web" qui ne se trouvait pas dans le texte de l'édition papier, mais bien comme titre dans la version du Monde.fr. Eric rappelle qu'Albert Londres avait fait un reportage en 1923 à Cayenne sur les bagnards et forçats, et il y voit un renversement ironique*. Je rappelle en commentaire qu'en 1924 le même Albert Londres faisait un reportage sur le Tour de France et évoquait les "forçats de la route". Si Londres lui-même - ce modèle du grand journalisme - a employé la même analogie dès l'année suivante, c'est qu'il voyait une justification par les conditions de vie et de travail. Quoiqu'outrancière, la métaphore n'est pas déplacée ou incorrecte : elle est juste accrocheuse.

Restons sur le même sujet. Martin Vidberg montre par le dessin comment les journalistes en ligne rédigent leurs papiers : toutes les informations, vraies ou fausses, sont mises au conditionnel - ce qui évite de les vérifier, de les croiser et de les recouper.

Hier, dans son émission sur France-Inter (9h 30-10 h), Colombe Schneck a dénoncé le fait que les suggestions de recherche par Google Search associent des noms propres de journalistes aux mots "juif" ou "homosexuel". Ces suggestions sont faites automatiquement sur la base de recherches antérieures par l'ensemble des utilisateurs de Google. Or, ce genre de colocation (occurrence simultanée de deux mots) ne se produit qu'en France, comme si on voulait voir s'il y a un lobby derrière un journaliste. Pierre Haski s'en fait l'écho. Petite précision, il s'agit d'un module de Google Search : Google Suggest qui apparaît sous la forme d'une petite fenêtre avec un déroulant.

* Ne pas hésiter à ouvrir les liens en commentaire chez Eric pour voir les différentes facettes d'une discussion qui se tient à différents endroits.


Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://champignac.hautetfort.com/trackback/2214046

Chouchou, rend sa devise à Marianne!

Le super-méga-omni-président a encore frappé. Vous avez vu cette capture d’écran, là-dessous? Mais oui, c’est la page Facebook de Nicolas Sarkozy, alias Chouchou…(1)
Regardez bien. Vous n’avez rien remarqué?


Non, vous ne...

Trackback par : Irène Delse | samedi, 30 mai 2009

Commentaires

J'ai fait mon Saint-Thomas : ça fonctionne avec beaucoup de noms de journalistes, mais pas seulement de journalistes.
Echappent à la suggestion Bernard Pivot, Patrick Poivre d'Arvor, Yves Mourousi des journalistes sportifs, Segolène Royal .... mais aussi des journalistes juifs qui parlent à l'occasion de leur judéité. Même notre "Kennedy français ou génie de Neuilly " se retrouve soupçonné, puisque ce genre de requête semble s'apparenter au soupçon.

On attrape un petit coup de froid, quand même...

Écrit par : Suzanne | jeudi, 28 mai 2009

Yves Mourousi ? Les suggestions sont bien innocentes ? Sida, cocaïne, décès... il ne manque que l'homosexualité ou la bisexualité (je ne pense pas que je sois en train de l'outer des années plus tard, cela a été fait depuis longtemps, bien avant le Web).

Pour le mirifique président, la recherche et les suggestions s'expliquent par le fait que son grand-père était bien juif grec (converti au catholicisme) et qu'un des leitmotivs de l'extrême droite ou des dieudonnistes pour s'opposer a été justement l'insistance sur cette origine. Comme si le fait d'être de père hongrois ou de grand-père venu de Salonique était un fait rédhibitoire rendant définitivement inapte à gouverner la France, alors que les reproches devraient être d'une autre nature. On voit souvent ce reproche de judéité en concurrence avec celui du nanisme, et j'estime les deux aussi infects. Il faut dire que le prodigieux président n'a mis en avant son ascendance que fort tard dans sa longue campagne, comme s'il voulait se poser en victime (d'ailleurs il adore les victimes, sauf celles de Besson et Hortefeux) et en se fabriquant des antisémites sur mesure dont on doit se démarquer à tout prix, donc en le soutenant même si on s'oppose à lui.

Oui, ce qui domine, c'est bien l'idée du complot, du soupçon. Le mot clé "'franc-maçon" doit aussi bien marcher pour certains hommes politiques qui n'ont jamais parlé de leur pratique supposée et sans doute moins pour ceux qui n'ont jamais fait mystère de leur appartenance. Le droit à l'indifférence ou à la discrétion n'existe pas vraiment.

Écrit par : Dominique | jeudi, 28 mai 2009

"Des journalistes en ligne s'indignent de l'article de Xavier Ternisien au sujet des conditions de travail déplorables dans ces rédactions qui servent de robinets à dépêches à peine récrites ou croisées. "

C'est quand même assez rigolo : les journalistes ne s'indignent jamais autant que quand ils sont soumis au même régime - angle orienté et généralisation - que celui qu'ils infligent 365 jours sur 365 à tout le reste de la population. Sans doute que Ternisien a eu le tort de mettre absolument tout le monde dans le même sac, mais sa description globale correspond plutôt justement à ce que disent toutes les petites mains dans grands sites d'information.

Écrit par : JBB | jeudi, 28 mai 2009

Le grand-père maternel du préz' était même un juif grec ottoman – donc turc! Tout pour plaire à l'extrême-droite.

Tiens, je viens de faire le test chez moi sur Google.fr, et quand on tape "sarko", il y a "sarkozy bourré" qui vient avant "sarkozy juif", et "sarkozy taille" juste après. Comme quoi, la dénonciation des associations calomnieuses est un peu sélective.

Écrit par : Irène | jeudi, 28 mai 2009

@JBB : Ternisien a eu aussi le tort de ne pas parler ou presque du Monde.fr et de ses filiales comme Le Post afin de charger des concurrents comme l'Express.fr - ce qui lui a été reproché et a donné lieu à des rectificatifs indignés de la part des accusés plus ou moins supposés (voir le billet de Bettout de l'Express ou celui d'Hufnagel de Slate, ex-20Minutes, ex-Libé). Paille-poutre et tout ça. Ce sont les cadres qui sont montés au créneau pour dire qu'ils n'exploitaient personne, mais on n'a pas vu beaucoup des petites mains dans ce débat - sauf dans le sens qui n'allait pas avec celui des cadres et leurs blogues sont plus mal référencés.

Écrit par : Dominique | jeudi, 28 mai 2009

Dominique : oui, pour Mourousi, mais il n'y a pas de cousinage de son nom avec Juif, pour lui, même s'il gagne au grattage et au tirage pour le reste. Ce qui est bizarre, c'est l'ordre dans lequel arrive "juif" dans les requêtes pour autant de journalistes. On devrait d'abord trouver autre chose logiquement: un article remarqué ou polémique, le nom de leur journal.... S'il n'y a que de la malveillance ou de la suspiscion dans ce type de recherche (on se demande bien ce que ça peut faire que Colombe Schneck ou Nicolas Demorand soient juifs ou pas), c'est plutôt inquiétant.

Écrit par : Suzanne | vendredi, 29 mai 2009

Lu dans Géo hier matin (1999) deux articles "Les forçats de l'Himalaya" et les geeks de la Silicon Valley. Les premiers, pauvres sont exploités pour construire des routes entre Leh et Srinagar à 5600 mètres d'altitude. Mal payés ; ce boulot raccourcit leur espérance de vie de 25 ans. Les seconds, créateurs de start-up sont pour la plupart millionnaires et étaient, il y a dix ans, "pilotes", vivant blafards derrière leurs machines. Les jeunes journalistes, anciennement pigistes, ne sont-ils pas eux aussi avec plusieurs trains d'avance car en prise directe avec l'info qui circule , en phase, à chaud et au front ? Le septicisme qui atteint les modes traditionnels de communication (tv, journaux, radio) semble épargner la communication blogguesque où règne encore un souci de discernement, de lucidité, de propagation des scoops (les dits-buzz) qui seraient peut-être, sans doute, sûrement, un autre moyen de faire fonctionner la démocratie ; là le peuple aurait son mot, un vrai, à dire, et le pouvoir en place, décadent, serait devenu un fac-similé des fastes des maharadjahs appelés à partager leurs immenses richesses avec le peuple qui lui las d'être cantonné aux intouchables et chiffonniers se rebellerait devant tant d'inégalités honteuses.
Les jeunes & moins jeunes journalistes d'aujourd'hui seraient alors le ferment de la révolution de demain.
Ô qu'il est bon de commencer la journée en rêvant, & si ces espérances pouvaient ne pas être vaines !

Écrit par : michèle | vendredi, 29 mai 2009

Suzanne, je ne m'étais jamais interrogé sur l'identité de Colombe Schneck que je regardais avec plaisir lorsqu'elle participait aux débuts d'Arrêt sur images (quand j'avais encore une télévision). Et je découvre par sa sortie au sujet de ces colocations googlesque qu'elle a autorisé *une* interview dans "Tribune juive", et cela devient dans certains sites (que l'on ne nommera pas) une sorte de chasse à la sorcière en l'accusant de tous les maux d'Israël sous une forme fantasmatique, alors qu'elle déclare que son judaïsme est d'abord une histoire familiale, personnelle, culturelle, sans doute intime et pas du tout politique ou religieuse.
http://www.tribunejuive.fr/Colombe-Schneck-l-oeil-des-medias

En parlant de ces recherches absurdes et inacceptables, elle a déchaîné des propos mensongers et malveillants contre elle. Ce qui est insupportable dans un tel cas, c'est d'être réduit à ce que l'on n'est qu'en partie et assimilé à des gens avec lesquels on peut ne rien avoir à faire. L'amalgame. Ensuite, c'est de voir que ses propres compatriotes croient qu'une origine donne une opinion déterminée alors qu'il existe encore plus d'opinions et de cultures juives que de fromages et de vins en France !

Mais surtout ce n'est pas seulement la honte qui retombe sur ceux qui cherchent qui est juif, c'est l'imbécillité du jugement que l'on peut établir à partir de cette énorme sottise de croire qu'on peut définir une personne à partir du nom de ses parents. Les gens sont libres quand ils le veulent et le peuvent, ils ne sont pas comme des objets transformés par l'industrie ou des matières premières, ils ont aussi leur libre-arbitre et cela les fachos le nient. En outre, ils vont rechercher des délits d'opinion imaginaires contre Colombe Schneck après qu'elle a mis les pieds dans le plat au sujet de recherches infectes.

Je suis de culture protestante, donc je proteste. Modestement, en bon protestant. Et je pense que ce n'est pas l'apanage des protestants culturels ou religieux. Je fais confiance à l'intelligence de mes interlocuteurs pour comprendre les implications de ce que je ne fais que mettre un peu en évidence, sans emphase.

Écrit par : Dominique | vendredi, 29 mai 2009

Eh bien, merci pour toutes ces explications, Dominique. L'antisémitisme a encore de beaux jours.

Écrit par : Suzanne | vendredi, 29 mai 2009

Le dessin de Martin Vidberg est excellent, mais, malheureusement, le conditionnel est également courant dans la presse écrite. De même qu'une certaine forme de "pensée correcte" qui rend beaucoup d'articles insipides.

Pour ne pas risquer d'ennuis, aurais-je dû écrire : "le conditionnel serait courant dans la presse écrite..." ?

Écrit par : Juntos | vendredi, 29 mai 2009

J'ai fait le test de Google sur mon nom, par curiosité, et je découvre qu'il est associé à... la tapisserie de Bayeux! À quoi ça tient...

Écrit par : Irène | dimanche, 31 mai 2009

Pour ma part, je félicite mon homonyme concessionnaire d'automobiles du Quercy d'avoir fait plus de pub que moi autour de notre nom commun, puisque c'est la seule suggestion Google. Cela m'évite les ennuis fort pénibles de Dagrouik
http://www.intox2007.info/index.php?post/2009/05/25/Nettoyer-son-identit%C3%A9-num%C3%A9rique

Écrit par : Dominique | dimanche, 31 mai 2009

Les forçats de la route sont les forçats du bitume. Au nord du Kaschmir, les ouvriers portent le goudron brûlant sur leurs têtes ; les forçats du trottoir ont forcément un souteneur qui ne les protège pas mais empoche. Qu'il fût agricole si ce n'est de la route.

Écrit par : michèle | lundi, 01 juin 2009

Écrire un commentaire