jeudi, 21 mai 2009
Poésie épidictique et policière
Je reçois une nouvelle demande de Mariah-Samanthah, cette charmante militante UMP de gauche :
Au secours comte adoré ! mon affreux prof de français barbu et binoclard, écologiste, socialiste ou trotskyste, nous a encore donné un texte incompréhensible à analyser dans le cadre de la séquence "Mitterrandisme et lyrisme" qu'il veut nous infliger pour le bac STG : "Hôtel Commissariat". Je n'y comprends strictement rien. P.-S. : après m'être inscrite au Parti radical, je fais maintenant partie de la Gauche moderne, mais mon paternel Jean-Claude me fait la tronche, car même s'il comprend un peu ma sensiblité de gauche il n'aime pas du tout l'adjectif "moderne" qui lui paraît déplacé.
Chère Mariah-Samanthah, cet hymne glorifie l'action glorieuse de nos vaillants et lucides agents de la force publique contre les forces du Mal et de l'Anarchie (réunies) et nous allons démontrer qu'il s'agit d'un texte d'un registre épidictique - ou pour parler plus simplement laudatif.
Moi j'aime cette maison
Près de la mairie en pleine ville
Parking plein, drapeau bleu blanc rouge qui scintille
Relevez le symbole significatif dans ces vers. Comment peut-il scintiller à votre avis ?
Cette bâtisse qui nous a vu grandir
Ça représente notre passé
Notre présent et peut-être ton avenir
A qui s'adresse l'énonciateur ? Pensez-vous que le gardé à vue peut avoir lui aussi un avenir dans la police ? Comment ? Pourquoi ?
Le sale, le vaincu, l'alcool et la douille
Les uniformes se bousculent, se frottent a la rouille
C'est chez nous et quand on vous arrête, c'est chez vous
Y a des jouets, des matraques, des bottins et tout
Qu'est-ce qui rend humble, sympathique et familière cette description d'un intérieur ordinaire ? Comparez-la à celle d'un intérieur de marin par Victor Hugo ou de payssn par Francis Jammes. Quels sont les objets qui vous rendent les lieux tout de suite attachants ?
A l'accueil, y a toujours des collègues pour te sourire
Et quand t'arrives en G.A.V., y a toujours des fous rires
Et quand tu mens trop, y a toujours une main tendue
Pour t'aider à retrouver la mémoire que t'aurais perdue
Montrez à l'aide des pronoms personnels le souci de solidarité qui anime les personnages. De quelles qualités font-ils preuve ? Comment ?
Je te regarde te plaindre, gémir à mourir
Et moi derrière la vitrine, j'ai trop le sourire
Des souvenirs, l'ambiance, la fraternité
Tous soudés, tous bourrés
Expliquez les jeux de mots du dernier vers : vous partirez soit de l'énonciateur, soit du destinataire du texte pour montrer que lui aussi est soudé et bourré.
Dans la salle de réunion, les pauses
On y parle d'injustice, devant un camembert, tranquille, on cause
Des fois sur un tox. on joue aux fléchettes
Entre deux interventions, y a toujours moyen de faire la fête
En quoi cette scène rustique montre-t-elle une scène pittoresque que l'on pourrait comparer à un tableau impressionniste montrant de braves paysans en train d'accmplir leur travail ordinaire ? Aurait-elle pu être représentée par Millet ou plutôt par Courbet ou Cézanne ?Justifiez.
Regarde c'est l'émotion qui parle mais ça tu t'en balances
Vas-y parle vite, et t'auras peut-être de la chance
Ouais franchement, je te lâche ma carte postale (franchement!)
Sache que toi et moi, on n'est pas nés sous la même étoile (la vie est belle!)
En quoi ce passage est-il profondément lyrique et traduit-il un état d'âme intérieur profondément sensuel et sentimental ? Quels sont les thèmes lamartiniens et chateaubriandiens que vous pouvez relever dans le dernier vers ?
{au Refrain}
C'est toujours les mêmes plaintes
Les mêmes vieilles qui reviennent
Ce téléphone qui sonne sans arrêt dans nos têtes
Les jeunes qui nous insultent, personne ne nous respecte
Le pire le rapport à écrire, à couvrir les collègues
Les juges qui la ramènent
Les avocats qui se la pètent
Les journalistes, les rappeurs, les familles qui rouspètent
Heureusement après le terrain, y a la détente
Un lieu de vie où on se soutient tous ensemble
Comment le monde vénal et temporel empêche-t-il les poètes-policiers d'accéder à l'Idéal absolu et intemporel ? Relevez ce qui appartient en fait à une inspiration baudelairienne où l'esthète est victime de la vile plèbe incapable de comprendre son effort vers un univers meilleur où ensemble tout serait possible.
20:55 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française; politique, ump, chanson



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Commentaires
Chère Mariah-Samantha,
effectivement vous vous plaignez incessamment, semblant occulter les évènements heureux de votre vie. Je viens au secours de votre prof trotskiste/écologiste/barbu exténué d'avoir à vous conduire jusqu'à votre bachot. La seconde partie de votre prénom fait référence à une héroïne d'une vieille série tv des années soixante : Elisabeth Montgomery ; froncez le nez, souriez, c'est fait "ma sorcière bien-aimée". Souder : je ne suis pas sûre que ce soit la solution : remplacez les ressorts si vraiment usés serait plus judicieux pour une assise confortable. Votre saint François et mon nid vain, chevalier au lion, solidaires et fraternels y prendront leurs aises si vous les avez correctement bourrés. Mais en terme de tapisserie, ô Maïeu tique, vous devriez dire rembourrés cela serait plus juste. Oui je vous conseille de faire vos deux Voltaire subséquemment. Et Mariah-Samantha, vous pourriez au choix obtenir un Cap ou bien devenir compagnon du devoir. Renseignez-vous sur les possibilités d'accès pour les filles ; bien à vous et à François. Mon nid vain ? I' dort déjà. Dans le mitan du lit. L'a eu ma préférence, lon la. Sais pas pourquoi.
Écrit par : michèle | jeudi, 21 mai 2009
"Expliquez les jeux de mots du dernier vers : vous partirez soit de l'énonciateur, soit du destinataire du texte pour montrer que lui aussi est soudé et bourré."
Ah ah ! on dirait du Naulleau !
Écrit par : Alice M | vendredi, 29 mai 2009
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