vendredi, 13 mars 2009
André Breton, toujours réprouvé, toujours insoumis, toujours vivant
Du grand caviardage de la part des agrégés de lettres qui rédigent les communiqués linguistiques du CSA !
Enfin, si le clair de terre est construit sur le modèle de « clair de lune », il évoque « l’outre-ciel », néologisme créé par le poète Léopold Sédar Senghor, qui fut aussi l’un des pères fondateurs de la Francophonie moderne : « Cette lumière d’outre-ciel des nuits sur la terre douce au soir ».
Que je sache, il aurait fallu dire que ce terme d'astronomie est le titre du deuxième recueil d'André Breton qui a été justement l'une des sources principales d'inspiration de Senghor et qu'il a été réactivé par lui parce qu'il avait lu des textes de la Renaissance (Breton s'appuyait sur une langue fort ancienne et proprement littéraire). Et je comprends de moins en moins comment l'on peut ne plus nommer quand c'est l'occasion Breton, le grand contemporain révolté (ou plutôt si, je le comprends trop bien, tellement il reste actuel et dangereux) :
Les écrits s'en vont
Le satin des pages qu'on tourne dans les livres moule une femme si belle
Que lorsqu'on ne lit pas on contemple cette femme avec tristesse
Sans oser lui parler sans oser lui dire qu'elle est si belle
Que ce qu'on va savoir n'a pas de prix
Cette femme passe imperceptiblement dans un bruit de fleurs
Parfois elle se retourne dans les saisons imprimées
Et demande l'heure ou bien encore elle fait mine de regarder les bijoux bien en face
Comme les créatures réelles ne font pas
Et le monde se meurt une rupture se produit dans les anneaux d'air
Un accroc à l'endroit du coeur
Les journaux du matin apportent des chanteuses dont la voix a la couleur du sable sur des rivages tendres et dangereux
Et parfois ceux du soir livrent passage à de toutes jeunes filles qui mènent des bêtes enchaînées
Mais le plus beau c'est dans l'intervalle de certaines lettres
Où des mains plus blanches que la corne des étoiles à midi
Ravagent un nid d'hirondelles blanches
Pour qu'il pleuve toujours
Si bas si bas que les ailes ne s'en peuvent plus mêler
Des mains d'où l'on remonte à des bras si légers que la vapeur des près dans ses gracieux entrelacs au dessus des étangs est leur imparfait miroir
Des bras qui ne s'articulent à rien d'autre qu'au danger exceptionnel d'un corps fait pour l'amour
Dont le ventre appelle les soupirs détachés des buissons pleins de voiles
Et qui n'a de terrestre que l'immense vérité glacée des traîneaux de regards sur l'étendue toute blanche
De ce que je ne reverrai plus
A cause d'un bandeau merveilleux
Qui est le mien dans le colin-maillard des blessures.
Cet oubli de Breton me paraît une faute morale au moment de la semaine de la francophonie. Mais pourquoi ne doit-on plus citer Breton et son rôle dans l'émancipation des consciences ? Comment Breton peut-il ne pas être aussi consensuel et diplomatique que Senghor dont le néologisme n'est même pas dans la liste des dix mots ? Nier l'existence d'un poète en en citant un autre hors de propps, voilà qui augure une belle ère de turpidudes.
00:07 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, littérature, poésie, poème, poésies, poèmes, surréalisme



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Commentaires
Ibidem : "le mot clic, onomatopée attestée depuis 1578". Il existe un Dictionnaire des onomatopées qui dit à ce propos : "Attesté depuis 1473" et cite le Mystère de la Passion d'Arnoul Gréban. Deux erreurs (au moins) sur dix mots ! Pour une semaine de la langue française, ça la fiche mal. Etes-vous sûr que le communiqué a été rédigé par des agrégés de lettres, et non par des docteurs en communication?
Écrit par : Pierre Enckell | vendredi, 13 mars 2009
L'emballage et le charabia communicationnels de l'OIF (ou de la DGLF ? ou du ministère des Affaires étrangères) sont eux aussi étrillés par trois poètes reconnus (Michel Deguy, Jacques Dupin et Martin Rueff qui vient d'éditer les oeuvres complètes de Pavese). Ils concluent ainsi : "Le culturel a pour fonction de soutenir son crédit. Il promeut donc la langue - ici la française - comme un ensemble de mots ! Nos dix mots : honteux, vésanique, ridicule, délictueux, scurrile, odieux, stultissime, léthargique, contre-productif, con."
http://www.liberation.fr/culture/0101554784-la-langue-francaise-a-dix-mots
Il est vrai que des mots sans pensée donnent des phrases informes quoique clinquantes et que le choix de cette année est avant tout idéologique (il l'était déjà les années précédentes, mais avec une telle orientation technocratique),
Écrit par : Dominique | vendredi, 13 mars 2009
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