mercredi, 03 décembre 2008
La multiplication des Bretons
Il y a dans Siné-Hebdo une rubrique intitulée "Débaptisons-les" pour stigmatiser les éponymes indignes de noms d'artères publiques.
Saine initiative et vaste tâche !
On y trouve son comptant de ganaches, de papelards, de flics, de collabos en tout genre. Cette semaine, c'est Weygand, la vieille baderne, qui est à l'honneur. Et puis je ne suis pas content. Pourquoi ? Cela se termine ainsi :
Et bah ! ce type a sa rue à Vannes, à Vannes où précisément, il n'y a pas de rue Alfred Jarry. Un autre Breton, génial celui-là ! Merdre alors !
Il se trouve que je connais un peu la biographie de Weygand du fait que Jean Paulhan a commis un scandale politico-littéraire en rappelant la naissance de Weygand lors d'un discours qu'il prononçait au nom de l'Académie française pour ses funérailles. Et je me souviens que Bruxelles ne se trouve pas tout à fait en Bretagne.
Il se trouve aussi qu'Alfred Jarry n'est Breton que pour la courte période de lycée durant laquelle il a séjourné en internat à Rennes et où il a inventé le personnage d'Ubu. Il était natif de Laval, qui ne se trouve pas spécialement en Bretagne non plus.
Mais disons que la Bretagne est partout comme la Pologne de Jarry, c'est-à-dire nulle part.
14:26 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, littérature, politique



Commentaires
Voyons !
Bien avant le lycée de Rennes, Jarry avait migré en Bretagne : à 6 ans, à Saint-Brieuc où il est resté dix ans ! Et avant ce déménagement, il suivit le pèlerinage à Saint-Anne d'Auray (voir le chapitre "Le Tain des mares" des Jours et les nuits). En outre, càd in uterus, il est breton par sa mère, Caroline Quernest dont, dans le délire généalogique de la fin de sa vie, il orthographie le nom Kernec'h. La Bretagne est d'autant plus partout qu'elle se trouve également, comme la Pologne, dans son oeuvre : voir notamment L'Amour absolu et La Dragonne.
Donc non, Jarry est bien plus breton que vous ne le dites. Très exactement.
Ecrit par : GH | jeudi, 04 décembre 2008
Mais Weygand ? Né à Bruxelles de parents inconnus ? Quel serait alors "l'autre Breton" du texte ?
Ecrit par : Dominique | jeudi, 04 décembre 2008
Jamais je n'aurais pensé m'intéresser un jour à ce Weygand. Mais soit, j'ai un peu cherché : il en sort que ce Maxime, s'il n'était, comme Jarry, breton de naissance, l'était tout de même, comme notre pataphysicien, de coeur.
Ainsi déclare-t-il, dans un entretien de 1929 avec Charles Le Goffic : "C'est par ma femme, fille du général de Forzans, que j'ai commencé à devenir breton, et je vais le devenir de plus en plus, sans doute, maintenant que je suis châtelain en titre de Coatamour".
Il faudrait fouiller sa biographie pour mieux comprendre cet attachement à la Bretagne. Guy Raïssac, dans Un soldat dans la tourmente, écrit : "Weygand, comme Foch, a épousé une jeune fille qui, au moins par son père, est d'origine bretonne. Après les Côtes-du-Nord de sa jeunesse, c'est par l'entremise de sa femme que cet homme de l'Est découvre avec ravissement l'âpre beauté rousse du Finistère, son relief tourmenté et ses eaux mouvantes, d'un bleu de glacier. [...] Au lendemain de la première guerre mondiale, il acquiert à Ploujean, aux portes de Morlaix, un harmonieux petit castel, joliment nommé le "Manoir de Coatamour" (le Bois d'Amour)."
Nous avons donc bien deux Bretons.
Ecrit par : GH | vendredi, 05 décembre 2008
Flaubert a parcouru la Bretagne : il est Breton !
Mallarmé a passé des vacances en Bretagne : il est Breton !
Gauguin a peint en Bretagne : il est Breton !
Ils ont des chapeaux ronds, vive la Bretagne !
Ecrit par : Pierre Enckell | vendredi, 05 décembre 2008
Je n'ai jamais mis les pieds en Bretagne.
Rien ne m'invite à penser que je devrais un jour y mettre les pieds.
Si on y enterre ne serait-ce que l'un de mes pieds, ce sera à l'insu de mon plein gré ( ah!ah!).
Est-ce grave, docteur?
Ecrit par : leveto | vendredi, 05 décembre 2008
Derrière le pied de nez de Pierre Enckell, on aura reconnu un intrus vrai breton en la personne de Gauguin, qui ne s'est pas contenté de peindre en Bretagne, mais a également peint, en breton, la Bretagne.
"J'aime la Bretagne, j'y trouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j'entends le ton sourd, mat et puissant que je cherche en peinture."
A propos de Mallarmé : celui qui l'invita en Bretagne, José-Maria de Hérédia, était peut-être aussi breton que cubain.
Ecrit par : GH | vendredi, 05 décembre 2008
in utérus la mère de Jarry est de Rennes & son père est né à Laval en 1837. Il retournera souvent à Laval où est né également celui qu'il soutiendra activement à ses débuts le douanier Rousseau. Ce dernier l'hébergera chez lui lorsqu'il se fera virer de sa garçonnière nommé le Calvaire du trucidé.
Il est breton indéniablement.
Un des plus beaux pays du monde, leveto, après la Provence les Vosges l'Alsace la Lorraine l'Aveyron, la Creuse, cessons-là, la liste serait interminable.
Ecrit par : michèle | vendredi, 05 décembre 2008
nota : "Le 2 mars 1897, au cours d'un dîner littéraire, Jarry ivre tire des coups de revolver sur le jeune poète belge Christian Beck."
Le père (si j'ai bien tout suivi) de Béatrix dont parle Dominique.
source
www.alfredjarry2007.fr (2007 centenaire de sa mort)
Ecrit par : michèle | vendredi, 05 décembre 2008
>leveto la Bretagne précisons (un des plus bô...)
Ecrit par : michèle | vendredi, 05 décembre 2008
michèle : Il est breton indéniablement.
http://www.georges-brassens.info/OEUVRES/CHANSONS/gens.html
C'est bien d'aimer les endroits où l'on a vécu ou bien où l'on a eu des parents et des amis ou des amours, mais cela fait-il une identité unique à laquelle on devrait être réduits ? Je ne suis pas certain que Jarry du haut du néant duquel il nous contemple voudrait se voir pris dans une identité qu'il n'a jamais revendiquée et alors qu'il a milité à sa façon contre ces identités factices de terroirs dans ses écrits. Voir Jarry comme représentant de la bretonnitude (tout comme de la francitude), cela me semble de la bêtisitude. D'autant que ni Laval, ni Paris ne sont en Bretagne que je sache. Mais on a l'habitude de voir des petites villes ou des cantons minuscules s'accaparer de grands hommes à la faveur de séjours occasionnels (ici, Napoléon Ier s'est arrêté aux toilettes et a bu un café lors de la campagne de France).
Ecrit par : Dominique | vendredi, 05 décembre 2008
Pour en revenir aux noms de rues bretonnes, je suis scandalisé, en consultant les pages jaunes et blanches, qu'à Camaret il n'y ait pas de rue des Filles (ni du Curé), et à Paramé pas de rue du Cocu. Ces Bretons indéniables mériteraient d'être à l'honneur, c'est grâce à eux que leurs petites villes sont célèbres dans tout l'Hexagone.
Ecrit par : Pierre Enckell | samedi, 06 décembre 2008
>Dominique quoique Ségonélâtre et en pause pour un temps (bonjour les Martine à la plage, Martine au cirque, Martine au marché, pendant cinq ans... suivis par les Caroline....) ne vois pas pourquoi la bêtisitude par vous évoquée.
Bien sûr qu'il était iconoclaste Jarry, bibi & mère Ubu le revendiquons haut et fort. Je le crois représentant avant tout de la dérision.
Toutefois, il est revenu souvent à Laval vers la fin de sa vie et jusque dans la maison de ses ancêtres ai-je lu, avec sa sœur. Et Laval, comme Nantes est sujette à caution : je ne me battrai pas là-dessus (je laisse cela aux bretons, cela les occupera un moment). Ni sur l'appartenance forcenée à un quelconque terroir, mais être fier d'où l'on vient cela me paraît essentiel dans la construction de l'identité. Et haïr est aussi fort qu'aimer.
Pour moi la terre-mère cela a un sens et n'est pas antinomique avec l'appartenance à un monde bien plus vaste et de couleur.
En parlant de terre-mère et en suivant votre lien, je suis allée sur sa tombe à mon Georges à moué (et rienqu'à), et je peux vous assurer qu'il a demandé à avoir la vue sur la mer en gare de Sète. Ce qui ne l'a pas empêché d'être un sacré vagabond dans l'âme.
Ecrit par : michèle | samedi, 06 décembre 2008
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