lundi, 01 décembre 2008
Lés jonnaus de teurtos lés pays
Je me suis trouvé un nouveau jeu à la fois linguistique et iconographique (j'ai arrêté un temps trop long les Arts et les Gens). Il s'agit cette fois de trouver le parler dans lequel s'expriment des personnages célèbres de la bédé franco-belge (et de préférence plus belge que franco de port), de le traduire sans regarder l'album. Puis on pourra commenter leurs expressions et voir si cela diffère vraiment avec la version en français standard ou si l'on se reconnaît dans ce parler au cas où l'on serait originaire de la région en question. C'est aussi une manière de réunir les fils de ce blogue qui parle de langue, de littérature et aussi d'arts plastiques comme langage. Comme les devinettes sont aisément gouglables, l'intérêt sera dans la forme des réponses. Je tenterai de tenir un rythme hebdomadaire pour cette rubrique.
21:42 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : francophonie, langue française, bd, bande dessinée



Commentaires
Je ne suis pas spécialiste du tout des parlers régionaux plus ou moins patoisants. Mais ce "dont auqué" m'intéresse fort. Pourrez-vous me dire, cher Dominique - une fois la devinette résolue - où (j'entends dans quel livre) cette forme est attestée ? Je pourrais intégrer cette donnée à une notice sur "dont auquel" à paraître dans un dictionnaire en préparation, introduite ainsi :
dont auquel (locution pronominale relative) Françoise Gadet évoque en 1992 : « les fameux dont auquel de Bérurier, qui doivent toutefois davantage à l’imagination de San Antonio qu’à la rigueur de l’observation, bien qu’il y ait quelque chose de juste dans l’observation du “style noble” du gendarme » (Le Français populaire, 96). Sa phrase rappelle curieusement une remarque plus ancienne d’Albert Dauzat selon qui « Dont auquel appartient au langage écrit du peuple (“style gendarme”, etc.) » (Le Français moderne, 1935, n° 2, 103). Cette locution a pourtant été notée à plusieurs reprises depuis deux bons siècles et demi, et la plupart de nos exemples suggèrent fortement qu’il s’agit de français parlé.
J'y donne cinq ou six exemples du 18e siècle à partir de 1754, ainsi qu'au 19e siècle des emplois adjectifs et même substantif (un dont auquel : "un grand personnage prétentieux").
Écrit par : Pierre Enckell | lundi, 01 décembre 2008
Pas si facile à googler, la devinette ! C'est manifestement un parler de langue d'oïl, mais lequel ? J'ai bien trouvé la liste des albums de Tintin en langues régionales, ce qui permet de distinguer celles où Les Bijoux de la Castafiore a été traduit. À vue de nez, je dirais que c'est une variété de wallon...
La traduction, de mémoire :
Voix off : "Dont les journaux du monde entier viennent de parler."
Castafiore : "Comme c'est charmant, il faudrait leur offrir un verre."
Haddock : "Un verre ? Jamais !"
Écrit par : Irène | lundi, 01 décembre 2008
Correction, toujours de mémoire : c'est du champagne que la Castafiore veut offrir (et qui fait dire "jamais") au capitaine Haddock.
Écrit par : Irène | lundi, 01 décembre 2008
Irène : À vue de nez, je dirais que c'est une variété de wallon...
Oulalah ! On est très loin (teurtos peut éloigner car si on le retrouve en wallon dans tertous, c'était déjà de l'ancien français avec trétous), Pierre Enckell est plus chaud avec ses exemples de Frédéric Dard qui se rapprochent de ce parler régional. La traduction en langue régionale est toute récente... Oui, on peut remplacer le champignac (le vin le plus illustre du Monde) par un verre d'un cru fort notoirement inférieur dans une traduction. Personne n'y verra rien.
Écrit par : Dominique | mardi, 02 décembre 2008
En suivant la piste de "janmois" pour "jamais", on trouve sur google deux attestations de ce mot dans un livre datant de 1900, qu'il faut télécharger depuis l'université de Toronto puis examiner alors que ses pages se déroulent en hoquetant sur l'écran (oh oui! "aisément gouglable, qu'il dit!) pour trouver qu'il s'agit de la citation d'un texte picard. Mais il y a bien peu de rapport entre le picard et le français parfois teinté de francoprovençal de Frédéric Dard...
Écrit par : Pierre Enckell | mardi, 02 décembre 2008
"Ben seur, Dôminicle" !
Ne serait-on pas en train de lire du morvandiau ou à tout le moins du bourguignon ?
Écrit par : leveto | mardi, 02 décembre 2008
Ou bien du savoyard ?
Écrit par : fred | mardi, 02 décembre 2008
Oui, j'ai trouvé (mieux vaut suivre la piste "Tintin" que celle des formes patoisantes), mais je vois aussi que Dominique ne pourra pas vraiment répondre à ma question plus haut. Je vais essayer de la poser aux traducteurs.
Écrit par : Pierre Enckell | mardi, 02 décembre 2008
Il s'agit bien d'une version bourguignonne toute récente.
http://www.bienpublic.com/actu/region/20081130.BPA1425.html
Écrit par : Dominique | mardi, 02 décembre 2008
Fichtre ! C'était en effet fort loin. Et c'est vrai que certaines formes comme "teurtos" se retrouve dans plusieurs dialectes, je l'avais rencontrée dans un site consacré au parlange de Poitou-Saintonge. Cela dit, je suis étonnée de n'avoir rien trouvé en cherchant "rosé de Massenay".
Mon google-fu doit être rouillé, ces jours-ci...
Écrit par : Irène | mardi, 02 décembre 2008
@ Irène. On trouve bien Massenay en Bourgogne (commune de Saint-Ouen-sur-Loire, au sud-est de Nevers), mais rien n'indique qu'il s'y trouve des vignobles. Il s'agit peut-être, dans une région bien connue pour ses vins, d'une obscure plaisanterie locale ?
Écrit par : Pierre Enckell | mardi, 02 décembre 2008
Il fallait chercher dans Google News... Il y a plusieurs Google dans la maison du Père. Les différents serveurs de Google (Web, Books, News, Groups, etc.) ne sont pas interconnectés et n'ont pas de base commune. On peut donc obtenir des résultats par l'un et non par l'autre. Pierre Enckell ou DB ont déjà montré qu'ils pouvaient trouver l'origine d'une citation en passant par Books et non par Web.
Écrit par : Dominique | mardi, 02 décembre 2008
L'ennui, c'est que dans Google comme dans Yahoo!, la recherche de "Massenay" est brouillée par le nombre considérable d'occurrences de "Massenet" ou "Masséna".
Écrit par : Irène | mardi, 02 décembre 2008
« V'là le p'ti [Gaston] ki jase walon di Nameur ! C'esteut ene coye ! Que neni ! »
http://bouillondecultures.blogspot.com/2007/09/oufti-gaston-lagaffe-jase-wallon.html
Écrit par : MiniPhasme | mardi, 02 décembre 2008
Le "Massenay" dont il est question dans la bulle tintinesque n'est autre que le Marsannay, terroir dont est issu un vin rosé ( cépage unique : pinot noir) assez complexe et assez loin des vins bourguignons habituels pour en être remarquable.
il accompagnera très agréablement des cuisses de grenouille en persillade, ou même des tripes à la provençale.
Bon appétit.
Écrit par : leveto | mercredi, 03 décembre 2008
Irène, pour que Google ne cherche que Massenay, il aurait fallu le faire précéder d'un « + », ce qui oblige le moteur à ne chercher que l'orthographe qu'on lui propose.
Écrit par : lamkyre | mercredi, 03 décembre 2008
Lamkyre : Oui, mais dans ce cas, il ne faut pas associer ce nom à d'autres mots même avec le signe + ou entre guillemets. Le moteur est alors affolé et il prend une des deux requêtes comme plus importante, d'où des associations d'idées. Cela ne fonctionne que pour les mots uniques dont on veut garder la forme exacte, accents ou cédille compris.
Leveto : On comprend mieux l'indignation de Haddock devant la proposition de la Castafiore de régaler ainsi de vils journalistes pipoles. C'est donc le meilleur équivalent dans cette version. Haddock dans les derniers albums a de fortes prétentions aristocratiques et n'est plus la brute alcoolique du début.
Écrit par : Dominique | mercredi, 03 décembre 2008
C'est vrai que pour le Capitaine un rosé au lieu d'un whisky c'est de l'ordre de l'hérésie.
Écrit par : michèle | mercredi, 03 décembre 2008
Non, non, ce ne sont pas des journalistes que la Castafiore veut régaler ici : elle répond au discours de félicitations (pour ses prétendues fiançailles) du maire du village, qui était venu sous les fenêtres du château accompagné de la fanfare. Dans la case suivante, on voit en effet l'édile et les musiciens revenir joyeusement, titubant et biberonnant, la bouteille de champ' à la main.
(Les journalistes pipoles, eux, étaient venus plus tôt pour interviouver la cantatrice. Et avaient lancé ce canard des fiançailles avec Haddock.)
Écrit par : Irène | mercredi, 03 décembre 2008
Ouais donc, s'il est furieux, cela n'a rien à voir avec le dit rosé mais bien avec les fiançailles. Merci Irène de remettre les pendules à l'heure.
En fait le texte dans la bulle c'est
moi me marier ?
Jamais.
J'ai compté : six gouttes de sueur froide en auréole autour de sa tête. Et Tintin, faux frère qui se marre.
Écrit par : michèle | mercredi, 03 décembre 2008
C'est un peu plus compliqué. Haddock est aussi une représentation de Hergé lui-même (c'est également son père, alcoolique, mais passons). Or, à cette époque de sa vie, il était séparé de sa femme qui refusait le divorce pour cause religieuse, il vivait en concubinage avec sa future épouse et ex-collaboratrice Fanny sans pouvoir la présenter en public devant un milieu fort conservateur et il était l'objet d'une médiatisation croissante pour un personnage qui ne correspondait plus vraiment à ce qu'il avait créé au début. Les Bijoux, comme Tintin au Tibet, montrent ces impasses dans sa vie personnelle, intellectuelle et artistique. En outre, c'est une révolte contre le monde qui lui a permis de faire fortune : le journalisme ! Ne pas oublier que Tintin était censé être reporter au début. C'est un album rempli d'ambiguïtés et de sens cachés.
Écrit par : Dominique | mercredi, 03 décembre 2008
Dominique,
Selon certains tintinophiles, c'est le personnage principal d'un film d’humour ( un énorme succès en Europe) qui lui aurait inspiré l'éruptif capitaine :
http://www.cinema-francais.fr/les_films/films_d/films_de_vaucorbeil_max/le_capitaine_craddock.htm
Quant à Tintin, il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'Hergé lui a donné ce nom en hommage
à l'album « Tintin lutin » (1897) de Benjamin Rabier, écrit en collaboration avec Fred Isly (un personnage de cet album, Onésime, porte des pantalons de golf et une houppette...)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Benjamin_Rabier
PS : Un lutin reconnu :
http://www.oqwbj.org/article846.html
Écrit par : MiniPhasme | jeudi, 04 décembre 2008
>Dominique un jour, vous avez écrit, on ne touche pas à l'enfance : cela fait partie de vos phrases (avec la superbe rimbaldienne) que je préfère. Merci de vos précisions (oserai-je dire banales), la maîtresse, l'épouse, l'homme partagé mais au fond confortable dans ce duo dont il tire forcément avantage, mais je m'intéresse pour ma part à l'imaginaire de celui qui magnifie ce qu'il vit en le transcendant (les arts, écriture, peinture, musique). D'ailleurs, un de mes couples préférés c'est bien ces deux-là avec elle qui lui court derrière et lui qui s'échappe tout le temps grands dieux. Comme il a bien raison. Donc je ne décortiquerai pas plus que cela en ce qui me concerne, vous laissant volontiers le synchroton.
Écrit par : michèle | jeudi, 04 décembre 2008
=> Un alcoolique peut-il s'éprendre d'une briseuse de verres ?
Écrit par : MiniPhasme | jeudi, 04 décembre 2008
michèle : ">Dominique un jour, vous avez écrit, on ne touche pas à l'enfance "
(Le petit champi, VI, 3, édition de Jérusalem, traduction œcuménique)
Dominique : "Le moteur est alors affolé et il prend une des deux requêtes comme plus importante"
(eh eh, moteur affolé ! Google ouvre ses grands yeux et en perd ses lunettes).
Miniphasme : "Un alcoolique peut-il s'éprendre d'une briseuse de verres ?"
(c'est déjà mieux qu'une briseuse d'autre chose !)
Lamkyre : "Irène, pour que Google ne cherche que Massenay, il aurait fallu le faire précéder d'un « + », ce qui oblige le moteur à ne chercher que l'orthographe qu'on lui propose."
(ouais, forçons-les ces moteurs, esclavagisons-les ! la technique au service de l'homme, et non l'inverse !)
Irène : "titubant et biberonnant, la bouteille de champ' à la main."
(attention, pas dans le biberon de la petite !)
Écrit par : Alice M | jeudi, 04 décembre 2008
>Alice M merci de la revue de presse grâce à votre mise en abyme. Vous avez juste oublié le tome (IV). Pas grave.
Pour les non-alcooliques il reste les chieuses.
Moi, je me réserve les aveugles et borgnes et paralytiques et aussi un pauvre à Noël à ma table.
S'il ne vient pas, j'en mangerai deux petits au dessert dans mon désert affectif.
Capitaine je vous aime et cela dure depuis des années, jamais je ne vous ai oublié.
La Casta. (Laeticia)
>Chéri si ce soir vous voudriez bien ne pas me faire une scène au moment de nous coucher, je l'ai rencontré bien avant vous, il a juste une place dans mon coeur.
Vous avez bien Jeanne dans le vôtre (je suis si contente qu'elle s'appelle Jeanne...mais est-ce bien elle ?).
http://fr.youtube.com/watch?v=eryKA4LLfNk&feature=related
>Dominique je suis bien consciente de squatter, merci de votre accueil. Déjà dormir au chaud, c'est bien.
Écrit par : michèle | jeudi, 04 décembre 2008
Le chéri de mimi :
Gérard fit lippe. Pas moi.
Je sais, je sais (soupir désabusé).
La soirée sera houleuse.
Una petita canzonetta ?
Écrit par : michèle | jeudi, 04 décembre 2008
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