samedi, 29 novembre 2008
Putain de ta race !
Parmi les innombrables idioties de cette semaine, on trouve la polémique stupide et stérile autour de la fausse question des races humaines posée par le prétendu penseur non-politiquement correct, Eric Zemmour. Polémique relancée habilement par Vendredi et Marianne qui n'hésitent pas à tripatouiller dans les fosses d'aisance. Mais laissons la parole à notre penseur prétendument incorrect :
Aujourd’hui, on nie l’existence des races en se fondant sur des travaux scientifiques qui attestent que les êtres humains ont en commun 99% de leur ADN, mais qui redécouvrent des «types biologiques» ressemblant furieusement aux races d’antan.
Le seul problème, c'est que la population hominidée ayant 1 % de différence pour son code génétique avec l'espèce humaine, c'est... les chimpanzés ou les bonobos ! On voit ce que cela implique lorsque l'on parle de race blanche ou noire. En fait, il y a des variations au sein du grand répertoire du code génétique de l'espèce humaine, cela se produit toutes les 300 séquences et c'est pourquoi je suis différent de mon frère ou de ma soeur quoique issu des mêmes parents. Je ne suis pas mes parents, je ne suis pas comme mes cousins, je n'ai pas la même couleur de cheveux ou d'yeux qu'eux, je ne souffrirai pas forcément des mêmes maladies qu'eux et j'aurai un destin individuel. C'est ce que l'on nomme un phénotype ou un type. J'aurais pu avoir des cheveux plus blonds et des yeux vraiment bleus si la variante avait aussi bien joué que pour mon frère, ou j'aurais pu hériter de la peau plus noire d'un ancêtre inconnu.
Mais cela n'a rien à voir avec l'ensemble du code génétique de l'espèce humaine, car ces traits sont partagés sur tous les continents du fait de l'interfécondité des êtres humains. Il y a dans le discours racialiste et faussement scientifique de Zemmour deux erreurs : l'une prenant le sens du mot race tantôt dans son sens commun et non scientifique (celui des races d'animaux pour désigner en fait des variétés comme les chats persans ou birmans) afin de faire croire qu'il existe un caractère propre à une race comme aux animaux domestiqués et surtout sélectionnés par l'homme, l'autre en confondant les variantes du patrimoine commun des hommes avec les modifications du code génétique entre les espèces et les races (comme catégories scientifiques). C'est une double imposture à laquelle nous assistons. Je ne sais que dire devant de tels sophismes et de telles torsions des faits scientifiques ou des mots tels qu'ils ont été vraiment définis. L'imposture me paraît évidente. Sa déconstruction beaucoup plus difficile. Jouer sur les mots ne sert pourtant à rien.
22:15 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : politique, racisme, journalisme, presse



Commentaires
"L'imposture me paraît évidente. Sa déconstruction beaucoup plus difficile."
Et oui.
Là est toujours le problème.
Dix seconde suffisent pour dire une connerie, ou un slogan, contre lequel il faudra au moins dix minutes pour bâtir une réfutation argumentée.
C'est vieux comme la politique.
Parce que là, nous sommes dans la politique et non dans la science, comme l'Erikiki veut nous le faire croire.
Arf !
Zgur
Écrit par : Zgur | dimanche, 30 novembre 2008
L'emploi du mot race est malheureux mais il existe bien différents groupes humains différenciés sur le plan génétique. Cette différence porte sur une part très faible du génome (inférieur au millième) mais elle recoupe parfois la dispersion géographique (http://www.nature.com/nature/journal/v456/n7218/abs/nature07331.html).
Ca n'a rien à voir avec la "supériorité" d'une race sur une autre, mais c'est comme ça. L'incidence de certaines maladies parmi certaines populations est d'ailleurs connue (et heureusement). Ma mère vient du Finistère, je peux vous assurer que j'en connaît un rayon sur la dysplasie de la hanche.
Il reste que l'imposture et les approximations sont très difficiles à combattre.
Écrit par : Franc belge | dimanche, 30 novembre 2008
Oui, je sais cela, les variations peuvent être très localisées et c'est surtout vrai dans les isolats comme les finistères ou les montagnes ou les îles, avec parfois aussi des rapprochements étonnants entre des populations fort distantes et puis l'apparition de l'inexistence de liens proches au sein d'une même population que l'on qualifiait de race distincte* (par exemple, les Juifs ashkénazes ont plus de parenté avec les Européens qu'avec les Juifs séfarades qui eux-mêmes ont plus de parentés avec les populations arabophones, d'où la relance de l'hypothèse khazar...) Cela ne permet néanmoins pas de construire des races au sens où on l'entendait dans les théories grossières du XIXe s. où l'on se fiait à l'aspect extérieur (et Zemmour parle bien de race blanche ou noire, comme un vulgaire Gobineau). Ce sont des traits familiaux qui peuvent être parfois fort limités géographiquement, mais cela ne coïncide pas avec la morphologie apparente ou les phénotypes, et si nous utilisions le mode de raisonnement de Zemmour, nous devrions dire que, par exemple, les Basques ne sont pas de vrais Européens et ne sont pas de notre prétendue race blanche, étant donné qu'ils offrent plus de variations que les autres Européens. Pourtant qui dénierait aux Basques ou aux Gascons et Navarrais le titre de plus anciens Européens ? Qui refuserait le fait qu'ils sont blancs de peau selon la convention en vigueur ? Zemmour joue sur cette ambiguïté entre les races telles qu'elles sont perçues par l'œil et puis les filiations possibles par la génétique, entre le faux bon sens populaire et puis les acquis de la science la plus sophistiquée. Il mélange le tout en mettant les railleurs de son côté et en dénonçant un prétendu politiquement correct qui n'existe que dans sa pauvre cervelle, alors qu'il aligne des sophismes qui passent inaperçus lorsqu'on se contente de l'écouter ou de le lire. Il passe d'une notion à une autre de manière subreptice.
* Et alors Zemmour aurait été dans une catégorie inférieure à celle des Caucasiens ou Aryens.
Écrit par : Dominique | dimanche, 30 novembre 2008
N'empêche que Zemmour ne pousse pas le "politiquement incorrect" jusqu'à parler de supériorité raciale, même s'il utilise des concepts flous (volontairement ?). Ca fait peut-être de lui un con, mais pas un raciste.
Écrit par : Franc belge | dimanche, 30 novembre 2008
Pas dans ce discours-là, mais dans d'autres oui, de manière implicite. On peut par exemple écouter cette chose hallucinante selon laquelle ce serait la colonisation occidentale qui aurait permis l'abolition de l'esclavage alors qu'elle l'avait réinventé et perpétué ! Ou comment tout mélanger avec tout...
http://www.youtube.com/watch?v=RTjvG2lMwao
Je ne sais pas, mais les amalgames de Zemmour me semblent mettre un peu de désordre dans la vérité des faits historiques, et cela au nom d'une forme sous-entendue de supériorité de sa race blanche (dans laquelle il se comprend, selon une définition fort étatsuniennne, alors qu'il aurait eu plus de difficultés sous le IIIe Reich).
Écrit par : Dominique | dimanche, 30 novembre 2008
Il me semble que vous sur-interprétez ses propos (question de point de vue, peut-être ?). Zemmour fait plutôt référence à une certaine supériorité culturelle, qui justifierait la colonisation par l'apport des « bienfaits » de la « civilisation », même si je ne crois pas qu'il soit dupe. Disons que je lui laisse le bénéfice du doute.
Concernant l'esclavage, on ne peut pas dire que ce soit complètement faux. Pourquoi exporter des esclaves partout alors qu'on pouvait exploiter les richesses du sol africain directement ? C'est la « bonne idée business » de la colonisation, qui a globalement mis fin au commerce triangulaire. Vous voyez, rien ne vaut les forces du marché pour réguler le monde (je plaisante). Est-ce plus moral ? Certainement pas.
Écrit par : Franc belge | dimanche, 30 novembre 2008
Votre logorrhée habituelle vous vaut la considération de nombre de personnes éclairées, qui - je n'en doute pas - parleront plus volontiers devotre faconde. Il n'importe
cher Dominique ! Il se trouve que Franc belge sait de quoi il parle ( au moins autant que vous ) et qu'il a raison.
Vous le savez fort bien ; alors, dites le !
Quand Livius parle de "Veneris praeceps genus" au livre XXX du Ab Urbe condita, je veux parier que vous faites partie de ces profs scandalisés que cette histoire de Sophonisbe ait été donnée à étudier en Terminale. Me trompé-je ?
Écrit par : R.E | dimanche, 30 novembre 2008
Ouh la ! Je n'ai pas la prétention d'être un expert, je fais juste usage de la raison. C'est déjà pas mal...
Écrit par : Franc belge | dimanche, 30 novembre 2008
Si je comprends bien, tout est dans tout et réciproquement, Zemmour ne tient pas de discours sur la supériorité d'une race tout en le tenant par ailleurs et il n'affirme pas qu'il existe des races humaines différentes tout en le disant. On peut bien disserter sur les raccourcis (par exemple sur l'histoire de l'esclavage) dont il use afin de faire valoir ses thèses racistes envers les imbéciles qui n'iront jamais décortiquer les attendus, mais faire croire que ces mêmes raccourcis seraient une vérité n'est pas honnête. Notez que je le range au même niveau que les membres du Cran ou des Ogres (qui ont à peu près les mêmes vues simplificatrices et caricaturales, mais en changeant les rôles des personnages). Un extrémisme contre un autre, pourquoi choisir ?
Écrit par : Dominique | dimanche, 30 novembre 2008
Ah non ! Zemmour parle bien de races, c'est clair. Mais je ne tiens pas le concept de races comme étant consubstantiel au racisme (même s'il peut y conduire). Il existe bien des groupes humains biologiquement différents. Même si ces différences sont infimes, elles rejoignent la répartition géographique des populations humaines. C'est tout ce que je dis...
Or le mot « race » a au moins l'avantage d'être réduit à la biologie, ce qui n'est pas le cas du mot « ethnie ». Il n'emporte aucune conclusion sur la culture, la langue ou l'intelligence. En revanche, il est fortement connoté et ce n'est donc pas la chose qui m'inquiète, mais bien le mot qui la désigne.
Je ne suis en rien le défenseur ou l'exégète de Zemmour. Et pour être clair, je n'ai pas non plus de tendresse particulière pour le CRAN.
Écrit par : Franc belge | dimanche, 30 novembre 2008
Voyons, le concept de race au sens biologique est supérieur à celui d'espèce. Ce qui différencie deux espèces, c'est l'absence d'interfécondité et surtout l'absence de fécondité dans la descendance (cas des mulets). Le sens le plus ordinaire fait descendre la notion de race dans cet arbre biologique. Or s'il y a bien une seule espèce (et en même temps race) humaine du fait de l'extinction de Neanderthal au sens biologique, ce n'est pas le cas pour le commun. Les scientifiques parlent de types, de phénotypes, de génotypes, et puis les gens du commun de races, tout comme pour les chiens, les chats ou les vaches (parce qu'ils s'attachent aux signes extérieurs et non à l'ADN de chacun, lequel pourrait être plus proche qu'ils ne croient du leur). Je ne vais pas nier l'existence de proximités géographiques dans le lignage : on a pas mal d'exemples de cantons peuplés d'un grand nombre d'albinos ou de victimes d'une maladie oculaire rare. Cela ne se confond pas avec la couleur de la peau (comme dans le sens commun), la forme du nez ou des lèvres ou du crâne, mais Zemmour parle bien de races blanche et noire, il insiste sur ce dernier point afin de convaincre mâme Michu qu'on n'a plus le droit de dire que les Noirs sont bien noirs et qu'elle ne bigle pas quand elle joue la bignole. On pourrait aussi bien parler d'ensemble ou de groupe sans aucune référence ethnique ou raciale, parce qu'en fait ces traits ne sont pas réductibles à une couleur de peau. Or dans le discours de Zemmour (comme dans celui d'un Dieudonné) la couleur, c'est fondamental !
Écrit par : Dominique | dimanche, 30 novembre 2008
Il me semble que la confusion sur le prétendu "1%" de différences génétiques entre les différends groupes humains (alors qu'il s'agit de la distance génétique entre l'être humain et le chimpanzé) devrait disqualifier le discours pseudo-scientifique de Zemmour. Il est peut-être de bonne foi, mais il n'a hélas pas compris grand-chose. L'ennui, c'est que les journalistes qui lui tendent le crachoir n'ont pas les idées plus claires. Ils devraient lire les bouquins d'Albert Jacquard, par exemple Moi et les autres, qui est destiné à la jeunesse : facile à comprendre !
Ce qu'il faut bien voir, c'est qu'en génétique, on ne peut définir de groupes humains homogènes, sauf dans quelques cas précis, pour des populations limitées et qui sont retrouvées relativement isolées pendant de longues périodes. (Vallées de montagne, finistères...) Et encore, il s'agit dans ce cas plus d'une augmentation de la fréquence d'un trait génétique (par exemple la vulnérabilité ou au contraire la résistance à une certaine maladie) que d'une différence physique précise. Le même trait peut se retrouver aussi bien chez d'autres populations du globe. On retrouve par exemple des albinos aussi bien chez les Européens que chez les Noirs africains.
À l'inverse, on peut retrouver une couleur de peau identique dans des populations noires d'Afrique, mais aussi chez les Indiens du sud de l'Inde ou les Aborigènes d'Australie. Personne ne prétendra pour autant qu'il s'agit d'une même race, parce que ces populations diffèrent par d'autres traits : la texture des cheveux, la forme du crane, du nez, des yeux, etc. Faudrait-il pour autant multiplier le nombre de "races", et qu'il y en ait autant que de types physiques ? Cela pourrait amener à classer dans le même groupe des populations qu'on ne peut distinguer physiquement, mais qui ont des traditions, une langue et une histoire différentes ! Pensons à toutes les régions du globe où l'histoire, les migrations, invasions, conquêtes, etc., ont fait s'imbriquer les peuples au fil des siècles. Regardons près de chez nous, du côté des Balkans, du Proche-Orient. Ou entre Français et Allemands, Flamands et Wallons, pourquoi pas. (Il y a aussi dans les Pyrénées et alentours une vraie mosaïque de "peuples", entre les Basques et les populations venues de la péninsule ibérique d'une part et les plaines d'Aquitaine et du Languedoc d'autre part. C'est ainsi qu'on retrouve jusqu'à Bordeaux de hautes fréquences de certains marqueurs génétiques spécifiques de la population basque.)
Bref, ni la différence de couleur de peau ni aucun trait physique extérieur ne recoupe les autres différences biologiques. Et si on compare deux types physiques bien distincts, mettons les Européens blancs et les Africains noirs, on constate qu'il y a plus de variabilité génétique à l'intérieur de chacun de ces groupes qu'entre d'une part l'ensemble des Africains noirs et d'autre part l'ensemble des Européens blancs.
C'est particulièrement important en médecine : quand on cherche des donneurs de sang ou d'organe, la couleur de la peau ne donne pratiquement pas d'indication pour la compatibilité entre donneurs et receveurs !
En résumé, il n'y a pas d'intérêt pour les scientifiques à parler de "races" pour les êtres humains, car le concept implique à la fois un type physique et une homogénéité biologique. Or ce n'est tout simplement pas le cas : il n'y a que des fréquences plus ou moins élevées de tel ou tel trait. Bref, on parle en biologie humaine de phénotypes, et on laisse l'usage du concept de race aux agronomes. Dans le cas des chiens, chats ou bovins, en effet, cela a une vraie pertinence, car il s'agit d'animaux sélectionnés artificiellement pour obtenir des variétés distinctes et homogènes.
Écrit par : Irène | dimanche, 30 novembre 2008
Irène, en un mot, merci ! Je ne suis pas de formation scientifique, mais j'ai tenté de comprendre un peu la science qui se fait et vous avez résumé bien mieux ma pensée.
Écrit par : Dominique | dimanche, 30 novembre 2008
Oui merci Irène. Votre intervention est très pertinente. Bonne soirée !
Écrit par : Franc belge | dimanche, 30 novembre 2008
Merci Irène
Il se pourrait que je vous cite bientôt, tellement votre texte est clair.
Mais sur le fond, le travail à accomplir est immense.
La bétise et l'ignorance (feinte ou encouragée) sont très présentes à tous les niveaux de notre société qui se dit éduquée et "civilisée".
Ne pas désepérer et entreprendre ...
Arf !
Zgur
Écrit par : Zgur | dimanche, 30 novembre 2008
J'arrive un peu tard dans ce débat intéressant. Irène a déjà tout dit de manière intelligente et limpide.
J'ajoute* que les biologistes, les naturalistes, quand ils parlent de systématique — classement des êtres vivants — obéissent à une règle immuable que j'avais, étudiant, simplifiée par un moyen mnémotechnique que voici : RECOFGERVI.
R pour règne (animal), E pour embranchement (vertébrés), C pour classe (mammifères), O pour ordre (primate), F pour famille (hominidés), G pour genre (Homo), E pour espèce ( H. sapiens), R pour race, V pour variété et I pour l'individu.
[Il peut bien sûr exister aussi des subdivisions de chaque stade en sous-stade.]
Pour l'espèce Homo sapiens, il n'existe aucune race ni aucune variété scientifiquement établie. Comme Irène l'a dit on parle plutôt de types pour différencier des groupes selon des critères arbitraires pour des besoins précis de classification ( par exemple morphologiques : type caucasien, type mélanésien, mongoloïde, ... ou médicaux: groupes sanguins, anémie falciforme ou autres, ou linguistiques, etc.).
Donc, parler de "races" humaines est une contre-vérité scientifique.
Mais se battre contre cet usage abusif du mot ne suffit pas. Si les "racistes" se mettaient tous à parler de "types", le problème aurait sémantiquement changé, mais pas le concept de supériorité d'un groupe humain — choisi sur des critères arbitraires — sur les autres.
Je suis très pessimiste — réaliste? — et je crois que, tant qu'il y aura des Hommes, il y aura du "racisme", comme du "sexisme", de l'"âgisme", etc.!
* Oui, je sais: si Irène a déjà tout dit, pourquoi rajouter quoi que ce soit?
Écrit par : leveto | lundi, 01 décembre 2008
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