mercredi, 19 novembre 2008

Du beaujolais nouveau et du boeuf miroton

Les chroniques gastronomiques du journal de référence du soir sont une mine d'erreurs peu savoureuses :

La cuisine lyonnaise a été le premier faire-valoir du beaujolais. De tout temps, ce vin a accompagné les abats, le gras-double ou le tablier de sapeur, la charcuterie (saucissons, sabodet) et les quenelles de volaille. Le retour du beaujolais nouveau sur nos tables, ce jeudi 20 novembre, est l'occasion de ressusciter une recette bien oubliée de la cuisine ménagère : le boeuf miroton, un mot du patois culinaire qui a remplacé mironton, à l'étymologie tout aussi mystérieuse.

D'abord, mironton n'est pas la forme d'origine (1691 pour miroton), mais une déformation populaire plus récente (1853 pour mironton). Elle n'a pas été éliminée, elle est encore dite dans la langue familière et je ne suis pas certain du résultat d'une enquête. Je me dis que la plupart des personnes donneraient comme juste la forme la plus récente.

Ensuite, parler du beaujolais nouveau pour célébrer des recettes de cuisine bien antérieures à cet acide est une ineptie ! Le beaujolais nouveau ne date que du XIXe s. et n'a été codifié qu'en 1951 ! Enfin, suggérer que ce détergent serait mis en valeur par la cuisine est une absurdité, même s'il peut bien servir à déboucher les éviers. Pourquoi pas du boeuf miroton au Coca-Cola tant qu'on y est ?

De tous les mois, novembre est le plus cruel : début juste après la Fête des Morts et Halloween. Cérémonies officielles à Colombey devant la croix de Lorraine ou devant les monuments aux morts pour le devoir de mémoire. Et surtout le pire : le beaujolais nouveau avec son funeste cortège d'ombres funèbres de bananes, de fraises, de cerises, de framboises ou de noisettes qui ne se retrouvent que dans les égouts.

Commentaires

Ahh, le beaujolais nouveau ! Au moins, avec ce vin, on n'est jamais déçu : c'est toujours une piquette innommable, les producteurs l'ont bien compris, eux qui ont créé une fête de toutes pièces juste pour arriver à en faire boire aux français, qui sont si faibles face à ce genre d'occasion - moi le premier, je parle de cette piquette en connaissance de cause :-) .

Par ailleurs, ça désespère les producteurs de qualité du beaujolais, vu que de moins en moins de gens associent ce vin à un bon repas.

Enfin, je n'oserais appeler la production du journaliste un article. Du publi-rédactionnel plutôt qu'une chronique gastronomique, comme on en trouve bien trop dans le "journal de référence" . Au moins, on voit où le rédacteur fait ses emplettes, et l'on comprend mieux la déconnection de certains journalistes avec la réalité.

Ecrit par : Moktarama | mercredi, 19 novembre 2008

Bof : à midi j'ai bu un verre de beaujolais nouveau qui n'était pas de la piquette ni de l'acide ; j'en étais fort surprise. Le mets qui l'accompagnait, simple, méritait la poubelle, à vous dégoûter de manger hors de chez soi.

Ecrit par : michèle | jeudi, 20 novembre 2008

Tout ça pour signaler que j'emploie le mot mironton et ne connaissais pas l'autre.

Ecrit par : michèle | jeudi, 20 novembre 2008

A cause d'une certaine chanson enfantine qui joue sur l'analogie avec tontaine et tonton qui pourrait être un toton ?
http://fr.wikisource.org/wiki/Marlbrough_s%E2%80%99en_va-t-en_guerre
Ou encore sur mirliton et mirlitaine à partir du mirlitaire ?
http://books.google.fr/books?id=cIoGAAAAQAAJ&pg=PA116&lpg=PA116&dq=mirliton+mirlitaine&source=web&ots=g4f1QafQpq&sig=66f2T_iLE2_Nj5aq-fEm69v_b3U&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=6&ct=result

Ecrit par : Dominique | jeudi, 20 novembre 2008

Alors là vous me posez une colle car je n'ai songé ni à l'une (que je connais) ni à l'autre (que je ne connais pas). Donc il y a bien des choses acquises que l'on ne pense pas.

Ecrit par : michèle | jeudi, 20 novembre 2008

Le terme figure au pluriel (bœuf «bouilli en mirotons») dans Émile Dumont, La Bonne Cuisine française, Paris, A. Degorce, nouvelle édition, sans date [antérieur à 1889]).

Je cède à l'envie de sauter du bœuf au lapin. C'est succulent :
«On a beaucoup calomnié le lapin domestique ; mais comme pour toutes choses méconnues, dénigrées, conspuées à tort, la vérité éclate enfin. Le jour de la justice arrive pour le pauvre animal outrageusement désigné sous le nom de LAPIN DE CHOU. Aujourd'hui on ne le dédaigne plus et l'on en arrive à supposer, — ce qui du reste est exact — que les reproches que l'on croyait pouvoir adresser au mets peuvent revenir à bon droit à ceux qui l'accommodent. [...] Rendons à chacun ce qui lui appartient. Si la justice est tardive, que du moins elle soit complète.» (Id., ib., p. 291).

Ecrit par : pièce détachée | vendredi, 21 novembre 2008

Insuccès total du beaujolais nouveau à la cantine. Les nombreuses bouteilles restées pleines ou demi-pleines hier du fait de la grève n'ont pas rencontré de succès. Un seul collègue s'y est risqué et a trouvé le liquide aussi vomitif que ceux des années précédentes. La plupart n'y ont pas prêté attention.

Ecrit par : Dominique | vendredi, 21 novembre 2008

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