lundi, 10 novembre 2008

L'anglais au travail

La remarque de Claude Hagège est frappée au coin du bon sens :

« Quand ils travaillent en France, ces derniers, dans leur majorité, n'ont pas besoins (sic) de s'exprimer autrement qu'en Français (sic). Pensez-vous qu'un ouvrier doive savoir parler l'anglais ?  », interroge-t-il en fulminant contre cet anglais galopant qui envahit le français. Et de mettre en garde tous les employeurs qui feraient le tri de leurs salariés par le seul filtre de la maîtrise de cette langue.

Il s'agit en fait d'un phénomène fréquent dans les enquêtes d'opinion : les sondés ont répondu en fonction de la connaissance empirique de leur travail tel qu'il existe et non tel qu'on voudrait qu'il soit. En outre, une entreprise peut effectuer une partie de son chiffre d'affaire avec l'étranger, mais cela ne concernera qu'une partie limitée de son personnel en contact avec les fournisseurs, les prestataires de services ou les clients. Un emploi faiblement qualifié - manutention, bâtiment, entretien, gardiennage - ou alors seulement de production agricole, industrielle, artisanale ne place que rarement devant la nécessité de devoir affronter une autre langue. Cela peut s'imposer bien plus à ce niveau lorsque l'on travaille dans des zones frontalières de la Suisse, du Luxembourg et de l'Allemagne ou dans les départements ruraux dans lesquels on accueille les nouveaux envahisseurs godons, mais il est bien rare qu'ailleurs un boulanger ait à vendre ses produits à des personnes ne parlant qu'anglais.

Un autre biais de la même enquête au sujet de la nécessité de la connaissance de l'anglais dans le monde du travail apparaît lorsque l'on s'intéresse un peu à l'économie : si le commerce extérieur augmente, il ne faut pas négliger le fait que le premier partenaire économique de la France est d'abord l'Union européenne où l'on compte 24 langues officielles ! Et dans l'Union, le premier pays avec lequel nous échangeons est... l'Allemagne. Or l'enseignement de l'allemand est devenu totalement sinistré depuis une dizaine d'années. Ce qui est frappant dans ce sondage, c'est comment l'on passe vite de la connaissance d'une langue étrangère à la connaissance de l'anglais :

Un [salarié] sur deux estime que la pratique d'une autre langue que le français n'est pas indispensable dans le cadre de son travail.

Et juste après le chapeau :

Alors que Xavier Darcos fait de l'apprentissage de l'anglais au lycée une nécessité absolue pour que les bacheliers deviennent tous bilingues, cette préoccupation s'étiole singulièrement dans le monde du travail.

En fonction de quelle étude antérieure ? Elle n'est rappelée nulle part. Le bilinguisme de nos élèves qui parlent chez eux turc, arabe, amazigh, wolof, mandinque, vietnamien, serbe, albanais, créole, alsacien, corse, basque, breton,cela n'existe donc pas ?

On voit mieux l'orientation idéologique de l'article quand on lit cette affirmation :

Selon un récent sondage réalisé par le site de recrutement Monster, 51 % des salariés estiment en effet que la maîtrise d'une langue étrangère au travail n'est pas une priorité. Un taux particulièrement faible si on le compare aux résultats recueillis dans d'autres pays.

Il y a comme un problème de lecture des chiffres, parce que le résultat est de 50 % en Belgique, pays pourtant trilingue ! Et ce pays est cité dans la liste de ceux qui auraient un taux d'adhésion supérieur à la France après le Luxembourg, l'Espagne, la Suisse, l'Allemagne, l'Italie et l'Autriche. Mais là où on ne s'interroge pas du tout, c'est sur le fait qu'un pays comme la Belgique manifeste moins d'intérêt pour les autres langues que la Suisse ou le Luxembourg alors que la question linguistique est au coeur de la politique nationale et locale. Heureusement, on se rattrape en disant quand même que 78 % des salariés étatsuniens ne voient pas la nécessité de parler une autre langue (on s'en doutait largement). C'est aux autres d'apprendre leur langue et de financer cet effort.

Manifestement, la présentation de ce sondage est orientée de façon à correspondre à un objectif : faire croire que l'anglais sera le sésame de tout emploi, construire une société de classes fondée sur la maîtrise de la langue dominante.

Commentaires

"Cela peut s'imposer bien plus à ce niveau lorsque l'on travaille dans des zones frontalières de la Suisse, du Luxembourg et de l'Allemagne ou dans les départements ruraux dans lesquels on accueille les nouveaux envahisseurs godons, mais il est bien rare qu'ailleurs un boulanger ait à vendre ses produits à des personnes ne parlant qu'anglais."

Sauf dans les zones fortement touristiques comme Paris, la Côte d'Azur, où la pratique d'un peu d'anglais est nécessaire pour les employés au contact avec le public. Cela dit, même là, on aura souvent affaire à une soupe de "globish" parlée avec l'accent espagnol, allemand, japonais...

Écrit par : Irène | lundi, 10 novembre 2008

Oui, bien sûr. Mais les lieux fortement touristiques sont concentrés dans quelques quartiers et quelques rues. Tout Paris n'est pas fréquenté par les étrangers. Cela se retrouve aussi en province où certaines villes attireront plus et certains endroits en particulier de ces villes. Comme je vis dans un centre-ville ancien, je croise fréquemment des touristes, mais je ne les verrai pas dans les commerces de banlieue. Une caissière peut se retrouver soudain devant la nécessité de devoir donner des explications en anglais alors qu'elle occupe un emploi fortement déqualifié, j'ai déjà assisté à ces scènes où on rassemble un vague anglais scolaire, mais cela n'arriverait pas quelques centaines de mètres plus loin ou sur l'immense majorité du territoire. Si l'on veut obtenir certains postes même modestes ou si l'on souhaite avoir plus de mobilité, il vaut mieux parler anglais, sauf que... la plupart des employés ou des indépendants ne perçoivent pas la même réalité que ceux qui sont dans des secteurs touristiques ou dans le commerce international. C'est une question de point de vue, de lieu et surtout de mode de vie.

Écrit par : Dominique | lundi, 10 novembre 2008

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