samedi, 04 octobre 2008

La ligne jaune

Un premier article :

« J'ai découvert avec stupeur que la « tête pensante » du marquage routier avait sévi. En effet, de nouveau au sol, les mêmes lignes jaunes.

Dans le même texte :

Effectivement, les automobilistes sont trop nombreux aux heures de pointe pour ne pas être tentés de franchir les lignes jaunes du « haricot » peint dans le sens Cormontreuil-Charleville, pour tourner à gauche vers l'A4 et Reims.

Un deuxième article :

Revenant de Gueux, il avait le 20 avril 2008, pénétré sur l'autoroute A4 en dépassant une voiture banalisée de la gendarmerie et en… franchissant une ligne jaune.

C'est un peu étrange cet emploi de ligne jaune dans ce sens. Il y a quelques années au moins que les lignes jaunes ne sont plus utilisées pour délimiter la séparation des couloirs de circulation, sauf dans le cas de voies provisoires ou d'arrêts. Normalement, c'est des lignes blanches continues dans ces deux cas. Mais le sens ancien de ligne jaune à ne pas franchir perdure. Et on n'associe pas à l'idée de ligne jaune celle de ligne blanche discontinue ou en pointillé. En fait, l'expression courante franchir la ligne jaune perdure même si la réalité a bien changé. Sans doute est-ce parce qu'on a en tête l'idée de l'ancienne ligne rouge qui désignait une zone interdite à la suite de combats, la couleur joue alors le rôle d'avertissement d'un danger possible. Et la locution continue son chemin sans se soucier de représenter exactement les choses, elle est installée et chacun la comprend malgré tout. Franchir la ligne blanche ne peut se dire qu'en parlant du Johnny national ou de quelques vedettes évoluant dans le même milieu.

Commentaires

Je ne sais pas conduire, alors tout ça est ligne jaune et blanc bonnet pour moi.
Peut-être le rédacteur regarde-t'il trop de feuilletons policiers américains à la tévé ? Vous savez, “Crime Scene— Do Not Cross”, sur les petits rubans flottant gaiement au vent :o)

Écrit par : kand | samedi, 04 octobre 2008

Ben... vous n'avez pas de voiture, je n'ai pas de télévision. Egalité partout. En France, la matérialisation de la chaussée a été harmonisée selon les normes européennes depuis une vingtaine d'années au moins. Il n'y a donc plus de bandes jaunes pour la circulation normale, y compris pour les passages piétons ou les pistes cyclables, et vous avez quand même dû le remarquer un peu - à moins que vous ne soyez pas européenne. Une ligne jaune sur une route, cela indique maintenant juste un itinéraire temporaire, souvent pour des travaux. Et alors on n'a pas intérêt à franchir cette ligne continue, vu le rétrécissement de la chaussée. Cela peut aussi expliquer l'idée que la "ligne jaune" perdure alors qu'elle est exceptionnelle. C'est un peu comme "marcher dans les clous" ou "passage clouté", or les passages vraiment cloutés sont devenus des raretés que l'on ne trouve plus que dans quelques endroits bien choisis (dans ma ville, c'est les endroits les plus touristiques et emblématiques). Pourtant, ils étaient la norme autrefois, et personne ne s'interroge sur le sens de l'expression. On assiste ici à la naissance d'expressions démotivées, comme ces locutions obscures qui nous viennent du plus lointain Moyen-Âge et qui possédaient un sens concret à ce moment-là.

Écrit par : Dominique | samedi, 04 octobre 2008

Tout à fait d'accord, il me souvient de mon enfance quand les passages étaient encore cloutés. Jusqu'à la manif suivante :o)
Pas de pistes cyclables dans mon village de banlieue, les rues sont bien trop étroites ; les trottoirs aussi, d'autant plus que les vélos et les motos les utilisent régulièrement. Ils roulent parfois sur la chaussée, mais généralement en sens interdit... Promis, je regarderai par desssus l'épaule de mon chauffeur de taxi la prochaine fois que je devrai quitter mes aîtres, ce qui arrive plutôt rarement, pour des raisons familiales et médicales.

Écrit par : kand | dimanche, 05 octobre 2008

Bonjour,

Votre billet et votre réponse à Kand comportent 2 expressions qui me posent question :

- C'est des lignes blanches
- C'est les endroits les plus touristiques

Je pensais qu'il fallait dire "Ce sont", mais si vous utilisez "C'est", il y a sûrement une raison.

Pouvez-vous expliquer la règle dans ce cas ?

Écrit par : alex | vendredi, 08 mai 2009

Alex, je me suis déjà fait reprendre en sens inverse dans un forum de langue parce que j'utilisais "ce sont" avec un prédicat au pluriel et qu'il aurait fallu employer plutôt la forme la plus en usage selon le locuteur (ce qui est une curieuse façon de réclamer l'autorité de l'usage seul...) Pour "c'est/ce sont", il s'agit d'un déverbal qui a perdu sa motivation et qui est devenu comparable au présentatif "il y a" avec lequel il présente beaucoup de similitudes de constructions. Grevisse observe qu'il tend à devenir invariable en nombre, mais je n'ai rien contre la formulation plus classique que j'emploie aussi. http://www.langue-fr.net/spip.php?article47
Bref, "l'un ou l'autre se dit, ou se disent".

Écrit par : Dominique | vendredi, 08 mai 2009

Merci d'avoir pris le temps de me répondre. C'est un peu plus clair désormais !

La comparaison avec "il y a" m'a un peu surpris au début, mais finalement... "Ils y ont" serait tout à fait bizarre !

Je pense que la forme C'est + pluriel continuera de me heurter un peu quelques temps, mais comme le dit très bien votre lien : "C'est vous qui voyez" !

Merci

Écrit par : alex | vendredi, 08 mai 2009

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