jeudi, 04 septembre 2008
Défense de commenter
L'inestimable Jean-Dominique Merchet nous annonce qu'il ferme désormais les commentaires de son blogue :
Affligé par la vacuité, la bêtise ou la méchanceté de trop de commentaires sur mon blog, j'ai décidé de supprimer jusqu'à nouvel ordre la possibilité d'en poster, à la suite de chacun de mes articles.
On pourrait croire à la suite de cela qu'il s'agit de la fermeture aussi des commentaires de ses propres articles dans Libération, mais pas du tout ! Les commentaires peuvent continuer à cet endroit-ci. Et ils sont autrement tendancieux et pervers que ceux qui ont été publiés dans son blogue. Mais ils sont modérés non par lui, mais par une société extérieure qui voit ce qu'elle veut bien voir et qui ne voit pas grand-chose. Quand on lit les idioties répétées à la chaîne tous les dix messages dans les forums des journaux, on peut se demander d'où vient ce soudain accès de vertu. Surtout lorsque le journaliste laisse passer des commentaires sous son nom parce qu'ils sont sous-traités à une autre entreprise.
L'ineffable Jean-Dominique Merchet affirme ensuite :
Ce blog n'a jamais eu vocation à devenir un forum et je confesse mon scepticisme quant à l'idée de démocratie participative...
Mais alors pourquoi ouvrir un blogue puisque c'est la base même de la démocratie participative ? Et en quoi un forum serait-il différent d'un blogue puisqu'il existe un espace de discussion en dessous des billets ou articles de journaux, de blogues, de forums ? Dire que le forum serait une condition inférieure de la discussion publique me semble plus que déplorable et regrettable : c'est une erreur d'appréciation qui laisserait pantois bien des Romains de l'Antiquité. On a compris, il y a plus sale et plus bête que le blogue, c'est le forum où tout un chacun peut s'exprimer, mais Jean-Dominique Merchet se garde de modérer les forums qu'il ouvre par chacun de ses articles dans Libération. Ce n'est pas lui le responsable alors...
La question se pose : comment en vient-on à écrire de pareilles âneries ?
La réponse se trouve d'abord dans la situation d'énonciation. Jean-Dominique Merchet parle de questions de défense, ce qui attire un public de fana-mili (anciens, familles, voisins et caniches). Il ante-modère les contributions au début, puis au début de l'été décide de ne plus le faire alors qu'il voit fort bien que cela part dans tous les sens et que chacun y va de ses tripes à soi. Il n'avait pas le temps de tout modérer, vérifier et de se poser des questions sur les commentaires. Il n'a jamais d'ailleurs pris le temps de répondre aux commentaires dans le fil pour au moins dire qu'il allait répondre ou compléter dans un nouveau billet. Son blogue était donc en roue libre, d'autant plus qu'il écrivait beaucoup de brèves, apportait beaucoup d'informations nouvelles qui auraient pu faire juste des brèves. Il voulait fournir un complément, mais il s'est heurté à la réalité de son sujet : l'armée.
Parce que l'armée est une cocotte-minute. Totalement fermée, hermétique et sous pression. Il est normal que cela explose à un moment, puisque ses espaces de parole sont limités. Je n'ai pas vu beaucoup de commentaires bêtes et méchants chez l'innénarrable Jean-Dominique Merchet. Pas beaucoup d'antimilitaristes forcenés, d'islamistes enragés, de gauchistes invétérés. Cela commençait presque toujours ainsi : "Silence !" ou "Je demande à tout le monde de garder son calme" (et cela dès le début des fils alors que personne n'avait dérapé). Puis cela se concluait par "Honneur à", "Respect à", "Souvenons de", "Gloire et mérite à", "Hommage à", ad libitum. Ses commentateurs étaient tous au garde-à-vous en début et fin de commentaire ! Tous militaires ou apparentés. O rangs fix !
Le problème, très particulier, c'est qu'il n'est pas aisé de donner la parole aux bidasses puisqu'ils ne l'ont jamais eue et que le nombre de forums militaires est limité sur la Toile. Ils vous font d'abord des tartines sur leur parcours afin de définir leur autorité sur un sujet alors qu'il s'agit souvent d'une question de réflexion. Chacun se croit obligé de montrer par son passé glorieux qu'il est fort pertinent et puis quand on lit la suite, c'est patatras et fouilli. Ils évoquent leurs expériences d'opex ou de manoeuvres et ensuite les noms d'armes pour montrer qu'ils savent les nommer. Ils se croient obligés à chaque fois de dire pourquoi et à quel titre ils écrivent et répondent. C'est extrêmement chiant et je pèse mes mots. En outre, ils ne se comprennent même pas entre eux et ils voient tout de suite un gauchiste dans les propos de celui qui n'a pas servi dans la même unité ou qui n'a pas été incorporé la même année. On voit ainsi des militaires qui se flinguent entre eux (perspective fort réjouissante pour tous les gauchistes absents des échanges de ce blogue et n'ayant pas pu envoyer de textes bêtes et méchants). On est dans l'ennemi imaginaire une fois de plus. Juste de la logomachie.
Une autre question arrive : pourquoi fermer les commentaires sur un blogue et les laisser ouverts pour le journal ? La réponse est là :
Les commentaires où la vulgarité le disputait à l'insulte contribuaient à dégrader la qualité de ce blog consacré à l'information. Ils ne me ressemblent pas et je n'ai pas à les supporter.
Ben... les commentaires au bas des articles de Libération, cela ne dérange donc pas l'irréductible Jean-Dominique Merchet ? Parce que l'on peut y trouver pire. Mais ce n'est pas estampillé comme le blogue de Jean-Dominique Merchet. Cela pose la question de la limite entre le privé et le public : cela dérange JDM parce qu'il croit que son blogue est un espace personnel à protéger, mais que voit-il pour ses articles publiés dans le journal ? Comment réagit-il alors ?
18:22 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, media, médias, défense, politique, web



Commentaires
Il a rouvert ses commentaires, mais on ne sait sur quelle base : on en trouve sur deux notes au sujet de l'Afghanistan, publiés hier et aujourd'hui. D'autres notes récentes restent fermées aux commentaires, et rien ne vient expliquer le changement d'orientation ou si c'est ante-modéré de nouveau. Mais de nouveau les militaires et fana-mili continuent de s'étriper entre eux en s'accusant à peu près de tout (et surtout de troller) ou en demandant un retour au calme. On peut se demander s'il y a une ligne de conduite claire pour la gestion de ce blogue - c'est fort dommage, car il est instructif malgré des va-t-en-guerre, des fachos et des racistes patentés.
Écrit par : Dominique | mercredi, 10 septembre 2008
Espérons que Libé lui aura payé un stagiaire pour faire le ménage dans les commentaires...
Écrit par : Irène | jeudi, 11 septembre 2008
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