lundi, 30 juin 2008

Eucharistie

La semaine dernière, la médiatrice du Monde inventait un mot québécois : clabaudage au lieu de clavardage. Elle n'a pas corrigé ses propos malgré les commentaires publiés à la suite de sa chronique. Puis ce fut le rédacteur en chef de Paris-Match qui célébra les 400 ans du Québec au lieu de Québec, mais qui fit preuve aussi de créativité en matière de lexicologie québécoise :

La journaliste [de la Presse] s'amuse toutefois que Gilles Martin-Chauffier ait inventé un juron québécois en citant dans une chronique "Eucharistie" parmi les blasphèmes favoris des Québécois comme "tabernacle", alors que personne "même pas un ouvrier qui vient de s'aplatir le doigt avec un marteau ne profère un tel juron".

On ne retombe pas seulement dans l'ignorance, mais aussi dans le cliché comme la fois précédente. Un mot sonne québécois, semble typique et pittoresque même si on ne le vérifie pas (les dictionnaires de français québécois existent, sont disponibles en poche et en France ! voire sont en ligne). Ici, le cliché, c'est tous les Québécois profèrent des jurons liés aux sacrements et aux objets du culte comme hostie ou ciboire, ils ne peuvent donc sacrer que par l'eucharistie. C'est ainsi que l'on fabrique une sorte de québécois un peu imaginaire à l'usage des francophones d'Europe (l'inverse n'est pas moins vrai d'ailleurs). Mais cela paraîtra vraisemblable dans l'Hexagone puisque cela correspond à une certaine image du québécois (cette langue si savoureuse qui n'a pas changé depuis Clovis, Dagobert et Charlemagne).

 

Commentaires

En fait, aucun des sacrements n'est un sacre. Une limite à ne pas franchir ?

Écrit par : lamkyre | lundi, 30 juin 2008

Oh oui ! Recréons des jurons québécois !
Térébenthine ! Encaustique ! Spécimen !

Écrit par : Olivier | lundi, 30 juin 2008

Térébenthine ? Comme le prénom de la fille de Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts ? http://www.irenedelse.com/2008/02/26/terebenthine/

Écrit par : Dominique | lundi, 30 juin 2008

Je trouve ça génial, l'idée d'inventer des jurons Québécois... Ambulacre ! Tablature ! Euh... Cariste !

Écrit par : Herald W. | lundi, 30 juin 2008

À propos de québécois imaginaire : cela me rappelle une dispute homérique qui avait secoué la liste de diffusion Mauvais genres (du temps où elle existait encore...) à propos du langage des personnages québécois du roman de Fred Vargas Sous les vents de Neptune, qui faisait un tabac. La plupart des abonnés français de la liste ne semblaient pas comprendre que des lecteurs québécois disent avoir été gênés par le jargon bizarre de ces personnages, qu'ils trouvaient totalement irréaliste...

Écrit par : Irène | lundi, 30 juin 2008

La polémique a eu un retentissement du fait des tirages et de la notoriété de Vargas, mais elle n'a pas été la seule à être épinglée : "Un autre cas de vargarisme :
Dans L’Enfer des anges, de la Française Chantal Pelletier, l’action se passe au Québec et certains de ses personnages s’expriment dans la « langue de Vargas » ou le québécois revu et déformé par les cousines.
* C. r. de Norbert Spehner, « Parlez-vous le vargas ? », dans Alibis 16, automne 2005, p. 138-139."
http://www.revue-alibis.com/dossiers/polar-quebec-2005.htm

Écrit par : Dominique | lundi, 30 juin 2008

Euh... Oui, on utilise comme sacre un nom de sacrement - «baptême», parfois sous la forme «batêche». (Il y a aussi le mot «sacrement» lui-même, prononcé «sacraman».)

Écrit par : Choubine | mardi, 01 juillet 2008

Térébenthine ? Comme le prénom de la fille de Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts ? http://www.irenedelse.com/2008/02/26/terebenthine/

Écrit par : Dominique | mardi, 01 juillet 2008

Ah merci pour l'info, Choubine.

(J'ai moi aussi versé dans le travers péremptoire.)

Écrit par : lamkyre | mardi, 01 juillet 2008

Que les amateurs de Vargas se rassurent pour l'avenir du genre, la relève est déjà assurée. Dernièrement au cours d'un repas de famille, un petit cousin de 6 ans jouait avec ses "biguejimes", commentant l'action dans un sabir pour le moins sibyllin et "Cheubeuldewaowesque", sous le regard attendri d'une tante. Quand cette dernière lui demanda "Qu'est-ce que tu nous racontes ?", le môme lui répondit sans se démonter : "Tu peux pas comprendre, c'est de l'anglais".

Écrit par : Herald W. | mardi, 01 juillet 2008

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