dimanche, 22 juin 2008

Clabaudage

La médiatrice du Monde écrit dans sa chronique :

A leur décharge, les journalistes ne sont pas linguistes, et le recours aux dictionnaires a des limites : on peut, éventuellement , traduire "chat" par "causette", comme le recommande le Larousse, mais "clabaudage", suggéré par le Grand dictionnaire québécois (à la pointe de ce combat), paraîtrait encore plus étrange.

Er se fait reprendre dans les réactions des abonnés du journal vespéral :

Le grand dictionnaire Québécois traduit "chat" par "clavardage". Et comme il peut être consulté en ligne gratuitement, tout Le Monde peut vérifier.... http://www.granddictionnaire.com/btml/fra/r_motclef/index800_1.asp


Résidant au Québec je n'ai jamais entendu le mot clabaudage, il n'est pas en usage. Par contre le mot clavardage pour traduire {chat} est couramment utilisé. Il signifie discuter à partir d'un clavier et le verbe est bien sûr clavarder. Ce sont des mots qui expriment exactement ce qu'ils veulent dire puisque dérivés du mot clavier.

Mais certains auparavant pensaient que le mot était bien employé au Québec :

J'aime bien clabaudage...

Chat est plus photogénique que causette et clabaudage,comme le lob naturalisé français à côté de la chandelle québécoise.

Quant à la traduction de "chat" par "clabaudage", je l'adopte absolument comme parfaitement savoureuse et appropriée !

On se demande où Véronique Maurus a été chercher son clabaudage informatique qui n'est pas du meilleur goût pour désigner une conversation, vu ses connotations péjoratives. Je n'ai pour ma part, en dix ans d'exploration de la Toile québécoise, jamais vu le moindre clabaudage pour désigner une discussion électronique en direct*. Une recherche gouglesque me montre que cela n'a jamais été le cas. Alors pourquoi assure-t-elle que c'est un terme québécois ? Parce qu'elle cite de mémoire un mot (clavardage) qu'elle a entendu ou qui lui a été rapporté mais qu'elle a mal enregistré, ou un mot qu'elle a lu mais sans retenir sa forme (la variante claviardage, par exemple, est fréquente, par association avec le caviardage qui est une censure). Ensuite, elle a commis la faute journalistique par excellence : ne pas vérifier ses sources, d'autant plus qu'elle les indique... Venant de la part de la médiatrice, cela ne pardonne pas.

Quant aux réactions des premiers abonnés, elles illustrent bien des préjugés et des ignorances : 1) je fais confiance à mon journal de référence et je me contente de donner mon opinion pour ou contre sans réfléchir, ni chercher 2) le mot a des sonorités un peu savoureuses (ou un aspect peu "photogénique"), donc c'est du québécois, parce que seuls les Québécois ont ces mots si typiquement français... On pourrait monter un canular avec de prétendus néologismes québécois, la majorité des lecteurs français marcheraient, parce qu'ils ont une représentation de la langue québécoise (officielle ou populaire) très éloignée de la réalité : ils ne lisent pas les forums québécois, les journaux québécois et sont pour la plupart incapables de citer un romancier (je ne parle même pas d'un poète) québécois. Pour eux, le Québec est un monde étrange avec des inventions forcément savoureuses ou inesthétiques (au choix) et puis l'état de la langue française du Moyen Âge conservé tel quel dans la glace de ce pays froid (mais à la population chaleureuse). Juste un Etat où l'on projette ses fantasmes identitaires, comme dans un miroir déformé. Le Québec doit être bizarre ou ne pas être.

* La notion de discussion en direct est plus que discutable pour les journaux en ligne : j'ai ainsi découvert récemment ce que je soupçonnais depuis longtemps. Les "chats" de Libé, par exemple, sont non seulement filtrés par des journalistes-retranscripteurs qui écrivent à la place de l'invité (je connaissais la pratique), mais en outre l'invité peut répondre par téléphone à des questions qui ont été sélectionnées et il ne voit pas l'ensemble des questions qui sont arrivées, ne fait pas le tri, ajoute sa réponse une demi-heure après. Daniel Schneidermann l'a avoué dans un des derniers "chats" de Libé. On pourrait parler plutôt de discussion à partir de questions pré-enregistrées.

Commentaires

Article un peu longuet, mais bien vu.

Écrit par : Utile | dimanche, 22 juin 2008

Véronique Maurus était au standard. Quinze jours de stage, et la voilà médiatrice. C'est ça, la presse cool.

Écrit par : stage | dimanche, 22 juin 2008

Les chroniques de Véronique Maurus sont en règle générale d'une excellente tenue, avec un angle de vue différent à chaque fois, très synthétique et échappant à l'actualité immédiate. Elle a redonné de la valeur à cette rubrique, car il faut dire que son prédécesseur Robert Solé se perdait à la fin dans des coq-à-l'âne et des digressions sur des sujets accessoires. Mais il faut croire que cet exercice fatigue car il faut concilier des idées contraires et trouver un fil conducteur ; nous sommes en fin d'année et elle pourra se repentir la semaine prochaine. C'est la première fois que je relève une aussi grosse bourde de sa part en une année qu'elle a débutée de manière impressionnante (ses premiers billets sont de haut-vol, je crois l'avoir dit ici). Plutôt que de s'en prendre à la personne, on peut s'interroger sur ce qui a conduit à l'erreur.

Écrit par : Dominique | dimanche, 22 juin 2008

Il me semble que vous clabaudez à tout-va, cher comte...

Écrit par : fermtag | dimanche, 22 juin 2008

Ouaip re-bof : tout l'intérêt de la pensée humaine consiste, à mon sens, à faire des liens entre des sujets d'apparence (mais seulement d'apparence) opposés. Là est notre richesse intellectuelle : sauter du coq à l'âne et faire des digressions. Les plus talentueux, après nous avoir baladés sur ces chemins de traverse, nous ramènent à leur propos. C'est une histoire de Petit Poucet. Les autres nous perdent au sein de la sombre forêt de Brocéliande, mais sans doute parce que cela est délicieux et que les frissons rétrospectifs seront à la hauteur des délices entrevus ; et de la peur de ne pas retrouver le chemin vers la maison où flambe un feu dans la cheminée et où rôtissent doucement les châtaignes.
Cela dit, je ne connais pas cette nana, ni les origines attestés ou pas de ce mot, mais je veux bien l'adopter : le clabaudage me plaît plus que le claviardage, sans doute de par sa proximité avec le ravaudage qui est une de mes activités favorites, lorsque je ne cours pas les routes.

Écrit par : michèle | dimanche, 22 juin 2008

@michèle
Sauf que « clabaudage » existe déjà dans la langue française, avec des sens très éloignés et du clavier et du bavardage.

Écrit par : fermtag | dimanche, 22 juin 2008

Ouaip vaine criaillerie. Ou aboiement des chiens dans un chenil.
Je persiste. Suis têtue moi aussi, même si pas encore rasée.

Écrit par : michèle | dimanche, 22 juin 2008

Ça me fait plutôt penser à "claboter" synonyme de clamser, crever, ... mourir.

Arf !

Zgur

Écrit par : Zgur | dimanche, 22 juin 2008

Michèle, c'est ainsi qu'un mythe contemporain se construira "les Québécois disent clabaudage quand nous parlons de chat". Il suffira alors de renvoyer à la citation définitive du Monde qui fait autorité et personne ne regardera plus loin. Je sais, par exemple, que l'idée idiote que "mél" serait la forme française de courriel continue à circuler, malgré tous les démentis, toutes les précisions, toutes les références. J'ai une énorme confiance dans l'incapacité de lecture de mes contemporains.

Écrit par : Dominique | dimanche, 22 juin 2008

Mais Dominique, qui va regarder plus loin ? À part vous ? Dans trente ans vous pourrez nous rappeler (car vous avez une mémoire d'éléphant) qu'en fait quand Véronique a écrit cela ce n'était pas vrai. Et on vous lira avec délectation comme lorsque vous racontez l'étymologie de tels mots et que vous allez exhumer de vos tablettes le périple qui fait que de là on arrive ici. Et nous on vous suit, baba. En tentant de comprendre, ce qui n'est pas chose aisée.
Comme Champollion avec son décodage des hiéroglyphes ou encore la compréhension de l'écriture cunéiforme.
Notre société de zapping ne nous conduit pas à l'exigence que vous réclamez vous.

Mél est l'écriture francisée de mail. Courriel est le mot français pour désigner la même chose. Et vient de courrier électronique. Faut pas sortir de polytechnique.

Écrit par : michèle | dimanche, 22 juin 2008

Non. "Mél." avec cap et point abréviatif est l'abréviation de messagerie électronique comme Tél. est celle de numéro téléphonique, rien d'autre. Cela ne veut pas dire courriel. Mais la légende a la vie dure.

Écrit par : Dominique | dimanche, 22 juin 2008

'clavardage' a un appui de poids : skype l'utilise.
De plus, pour ma part, le mot-valise clavier + bavardage me paraît très bien vu.
Merci à nos cousins canadiens de maintenir de l'inventivité lexicale!

Écrit par : Alain Pierrot | dimanche, 22 juin 2008

Il y a de nombreux problèmes avec l'abréviation Mél. (J'avoue, à ma très courte honte, qu'il m'est arrivé aussi de faire la confusion.) D'abord, elle n'est pas aussi intuitive que Tél. pour téléphone. Si on avait créé un équivalent exact, on aurait eut "Nél." à la place, pour "Numéro de téléphone".

Ensuite, j'ai l'impression (si je me souviens bien) qu'en 1997, quand la commission de terminologie a proposé cette abréviation, c'est surtout le mot e-mail ou tout simplement mail qui causait problème. Régler la question d'une abréviation limitée aux adresses sans trouver mieux, pour le mot d'usage courant, que le fort long "message électronique", "courrier électronique" (alors que le "courriel" existait déjà sur la Toile francophone), c'est maladroit.

Je me souviens par exemple de ce chef de service faisant circuler la nouvelle qu'il fallait employer "mél" à la place d'e-mail dans les textes administratifs... Lui non plus n'avait pas compris. Entre temps, l'usage n'a pas pris, mais des gens se sont mis à écrire "mel" sans accent, ce qui leur permet de conserver l'habitude de dire le mot "mail" prononcé à la française, sans diphtongue.

D'ailleurs bien souvent, dans les agendas ou les lettre à en-tête, on emploie le signe @ pour signaler une adresse électronique.

Écrit par : Irène | lundi, 30 juin 2008

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