dimanche, 25 mai 2008
Du micro-trottoir
J'ai écrit chez Eric de Crise dans les médias le mal que je pense de cet exercice journalistique particulièrement imbécile : le micro-trottoir. L'Oignon y a fréquemment recours, parce que c'est le journalisme low-cost et que cela fait croire au lecteur que lui aussi peut s'exprimer dans la feuille de chou locale. Le micro-trottoir n'est pas seulement une imposture journalistique, mais aussi sociale, politique qui joue sur la mode des émissions télévisées de confessions publiques ou de pseudo-débats. C'est un des signes de la société du spectacle dans laquelle nous vivons.
Prenons dans l'Oignon une de ces opinions. Julie, 21 ans, Reims. (Le texte des dossiers de l'Oignon n'est pas disponible en ligne.)
Déjà l'intitulé nous renseigne sur la fabrication de ce type d'article. Il s'agit de trouver quatre personnes appartenant chacune à une commune différente de l'aire de publication afin de faire croire que l'on reste proche des vraies gens, il faut au moins une personne par département.
La question en rapport avec le dossier est : "Consommez-vous ce type de boisson ?" (sous-entendu énergisante). On trouve bien sûr un non, deux oui clairs et puis Julie qui semble ne rien avoir compris du tout. Il faut juste avoir un petit mélange qui permet de ménager la chèvre et le chou. Dans tout bon micro-trottoir, il faut obligatoirement un opposant afin que cela ne semble pas orienté.
J'ai déjà consommé une boisson énergisante gazeuse nommée Red Bull, qui est paraît-il interdite en France.
Bon... Elle a déjà tout faux, le Red Bull n'est plus interdit en France, mais ce n'est pas la lecture de l'Oignon qui va l'aider parce que ce journal affirme sans rire qu'il vient d'être autorisé par le ministère de la Santé, alors que c'est par le ministère de l'Economie et que Roselyne n'est pas contente.
J'avais découvert ce produit sur internet et j'en avais entendu parler par des copains. Je n'ai pas aimé le goût, c'était trop sucré, ni constaté d'effet spécial. On m'a parlé aussi d'une boisson à base de taurine, je ne sais pas ce que c'est, mais il paraît que c'est nocif pour la santé.
La boisson qui contient de la taurine, c'est le Red Bull, justement !
Quel est le travail journalistique dans un tel type d'exercice ? Proche du néant. Trouver la personne susceptible de répondre (ici des jeunes puisque les consommateurs de boissons énergisantes sont d'abord jeunes). Poser la question et retranscrire fidèlement une opinion idiote et injustifiée sans aucune précision ou sans rectification, même au cours du pseudo-entretien. En fait, la personne (de la rue réelle, de la vraie vie, de tous les jours) interrogée n'est pas à mettre en cause, elle ne sait pas et ce n'est pas son métier de savoir tout sur tout. Mais le journaliste qui l'interroge, lui, a une responsabilité qu'il n'exerce pas. Un tel document aurait dû être passé à la trappe ou bien recadré. Mais non... Il n'y a pas de censure, on publie les avis tels quels. Il n'y a pas d'ntermédiaire entre vous lecteur et cette personne ordinaire qui ressemble à vous, lecteur. Vous aussi, vous pouvez exprimer votre avis dans nos colonnes, sans aucune réécriture, voilà ce que suggère le micro-trottoir. Autant dire que c'est une douce illusion.
11:54 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, jardin, jardinage



Commentaires
Le micro-trottoir, c'est un peu comme la procédure référendaire, on peut vite tomber dans la démagogie !
Écrit par : Tietie007 | dimanche, 25 mai 2008
La douce illusion sera vite perdue, sauf si la charmante néophyte passe le bac, le cas échéant, elle achètera peut-être la dite boisson énergisante.
Écrit par : michèle | dimanche, 25 mai 2008
Mais vous-même, qui dénoncez l'absence d'infos, ne nous en donnez pas beaucoup plus sur le Red Bull ! il peut être dangereux mélangé à de *l'alcool*, peut provoquer des troubles du rythme cardiaque et des trous de mémoire. Je ne comprends pas qu'il soit autorisé en France.
Écrit par : Alice M | dimanche, 25 mai 2008
http://www.taurine.fr/taurine.html
Ce que je ne comprends pas c'est le lien entre le nom du produit et sa composition chimique. Par contre le nom de la boisson est très lié au terme taurine.
Les effets ont l'air assez flous. Anti dépresseur aussi.
Écrit par : michèle | dimanche, 25 mai 2008
Quand on boit du Red Bull, on voit rouge comme un taureau, on est fort comme un taureau. Associé à l'alcool, on peut danser toute la nuit *sans* ressentir les effets mollissants de relâchement et d'endormissement habituellement dûs à la consommation d'alcool. Et c'est là que c'est dangereux : l'activité intense combinée à la consommation de Red Bull et d'alcool.
Écrit par : Alice M | dimanche, 25 mai 2008
D'autres infos sonores :
http://podcast.rsr.ch/media/on-en-parle/20080509-red-bull-change-sa-recette-pour-les-francais.mp3
Écrit par : Alice M | dimanche, 25 mai 2008
>Alice M merci mais je ne peux ouvrir votre podcast. Donc ce serait l'association qui serait à risque.
Écrit par : michèle | dimanche, 25 mai 2008
Je ne donne pas plus d'infos parce que je suppose que l'on va chercher à partir des indications de la dépêche d'agence que je citais où le ministère de la Santé exprime encore ses plus fermes réserves avec l'appui de ses comités d'experts. Roselyne n'est pas tout à fait la dinde que l'on dénonce, mais elle se fait plumer par d'autres dans la circonstance. On peut chercher ce qu'est la taurine (un excitant), mais mon sujet n'était pas de la dénoncer (il y a d'autres blogues pour ça, ici je fais juste de l'analyse de discours). Je n'ai aucun avis officiel à délivrer sur le Red Bull, mais sur les discours que l'on tient dessus. On peut parler de ses dangers si l'on veut changer de sujet, mais le texte était d'abord un exemple des dangers du micro-trottoir.
Pour le nom de la taurine, il vient du fait que cet acide a d'abord été identifié dans la bile du taureau (mais il est présent aussi dans les oeufs de poule, les huîtres et l'homme). Le produit vendu sous la marque Red Bull (d'où le nom commercial) est en fait un composé artificiel, non extrait du taureau.
Écrit par : Dominique | dimanche, 25 mai 2008
Oui, je comprends votre démarche (l'analyse du discours), mais je pointais que parler des dangers du micro-trottoir ne délivrant aucune info sans donner soi-même un minimum d'infos est un brin contradictoire. L'analyse du discours, à mon avis, ne peut faire l'économie du sens du discours. Mais vous ajoutez l'info en commentaire, ce qui complète bien votre propos.
Écrit par : Alice M | dimanche, 25 mai 2008
J'ai donné, dans le billet, l'information la plus importante à mon avis sur le Red Bull : les réserves du ministère de la Santé, avec un lien explicite où on pouvait trouver un historique sommaire de la question. Je n'allais pas expliquer ce que c'est ou argumenter pour ou contre, le lien sert à compléter le propos dans les blogues, on n'a pas besoin de se livrer à de longs exposés qui éloignent de l'angle principal de vue.
Écrit par : Dominique | dimanche, 25 mai 2008
Je vous remercie de donner l'info sur l'origine du mot taurine.
Ence qui concerne le micro-trottoir, outre la douce illusion provoqué par le fait, je pointerai le superficiel du discours allié à la satisfaction de parler dans le micro (identique à celle d'être dans le "poste" ou sur le journal) quel que soit le sujet traité. Je me vois (je m'entends) donc j'existe, ah mais. Peu importe donc le contenu.
Écrit par : michèle | dimanche, 25 mai 2008
Comme pour les commentaires de blogues ou de forums de journaux... Je sais que nos blogues ou sites participatifs ne sont souvent que de gigantesques micro-trottoirs avec des inconnus qui jettent parfois leur petite prose haineuse avant de s'éclipser dans leur pur anonymat, mais la seule et vraie différence c'est qu'il est aussi possible de discuter, de rectifier, d'avancer ensemble. Et c'est ce dernier mot qui me semble le plus important. Or je ne vois pas le début de l'idée d'un vague commencement de réflexion commune dans le micro-trottoir.
Écrit par : Dominique | dimanche, 25 mai 2008
Merci (bis) de votre lucidité.
Je ne ressens pas (et ne crois pas au) le ensemble, et me sens loin de là, ancrée dans une solitude certaine. Non, ce qui m'intéresse pour ma part, c'est la chance que cela représente pour moi d'acccéder à un autre point de vue que le mien et d'ainsi tenter d'accroître mon ouverture d'esprit vers l'autre qui est différent de moi. En fait cet espèce de communauté intellectuelle (si ce n'est pas trop pompeux) et en aucun cas affective, me donne le sentiment (qui lui ne me semble pas trop illusoire_contrairement au reste, donc à l'affectif_) de progresser individuellement vers plus de compréhension du monde. J'ai appris ici et ailleurs des choses qui m'ont aidé à mieux comprendre (percevoir finement) le monde IRL. Là pour moi est la richesse des blogues que je fréquente. Ils me rendent plus intelligente que ce que je suis. Pas ensemble. Seule. Mais c'est bien.
Écrit par : michèle | dimanche, 25 mai 2008
Le micro trottoir c'est quand même ce qui fait le succès du Parisien et de JP Pernaud. C'est la base même du maljournalisme!
Merci de me citer.
Écrit par : Eric | lundi, 26 mai 2008
Dominique : j'ai dû rater un épisode, mais je n'ai vu aucun "lien explicite" dans votre billet, si ce n'est celui de "crise dans les médias", qui ne parlait pas du Red Bull... d'où mon grain de sel.
Écrit par : Alice M | lundi, 26 mai 2008
Le lien a sauté en effet. Cela arrive lorsque je fais un copier-coller (chose habituelle, vu la tendance de monsieur Hautetfort à ne pas conserver la session durant une période suffisante à la rédaction). Je dois de la même manière remettre en place tous les attributs (italique, soulignement). Voici donc deux liens pour le prix d'un :
http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/326817.FR.php
http://www.liberation.fr/actualite/societe/327200.FR.php
Écrit par : Dominique | lundi, 26 mai 2008
Tout à fait d'accord sur la nullité des micro-trottoirs. Je les mets en parrallèle avec les " Zinfos " télévisées du 20 heures qui nous passent pendant 20 minutes des images de manifs ou d'émeutes ou énumèrent le nombre de grévistes ou de voitures brûlées dans telle et telle rue, sans jamais nous expliquer POURQUOI ces gens-là sont dans la rue et QUELLE est la mesure politique qui a initié ce mouvement. Les journalistes ne font pas leur métier, qui est d'EXPLIQUER, lorsqu'ils se résument à un magnétophone et un appareil photo. Le problème est que, lorsqu'on explique un événement, on est rapidement PARTIAL.
Ah, c'est dur d'être journaliste ! mais ils sont bien payés, non ? Alors, qu'ils fassent leur métier.
Écrit par : Papves | lundi, 26 mai 2008
Pas si bien payés... Le salaire d'un journaliste de base à la télévision ou la radio est l'équivalent du traitement d'un enseignant de primaire ou de secondaire ou de la solde d'un officier subalterne. Ils appartiennent à la France moyenne qui ne gagne pas des fortunes. Et on ne parle pas des pigistes, des CDD reconductibles, des stagiaires (payés quand on veut et surtout si on veut), le SMIC n'est pas rare dans certains cas de journalistes multicartes et polyvalents, lorsque le SMIC est atteint... La précarité dans le journalisme est l'une des plus fortes, toutes professions confondues. Bien sûr, les salaires et les ménages explosent pour les cadres, les présentateurs, producteurs, animateurs dits journalistes, mais le gros de la troupe se trouve dans les mêmes conditions que celles des autres salariés et ce n'est pas elle qui décide des angles des articles ou de la ligne des journaux.
Écrit par : Dominique | lundi, 26 mai 2008
C'est vrai, Dominique, que je me suis laissé entraîner par les cas extrêmes des quelques journalistes qui "tirent" l'audimat des chaînes avec des émissions phares et qu'il ne faut pas faire d'amalgame. Bien vu le renvoi dans les cordes. OK, je sors.
Écrit par : Papves | mardi, 27 mai 2008
michèle : "En fait cet espèce de communauté intellectuelle (...) et en aucun cas affective, me donne le sentiment (qui lui ne me semble pas trop illusoire_contrairement au reste, donc à l'affectif_) de progresser individuellement vers plus de compréhension du monde."
N'oubliez pas, chère michèle, que derrière les textes et les pseudos se cachent des humains (et des chiens et des chats, certes). On n'est pas obligé de tomber dans la niaiserie ni dans le phénomène de secte, mais il y a forcément une relation affective (que ce soit de la sympathie ou de l'antipathie) qui s'établit entre les participants, que vous le vouliez ou non.
LSP en est je pense un bon exemple...
Écrit par : Ponte Facto | mardi, 27 mai 2008
Tietie007 :
«Le micro-trottoir, c'est un peu comme la procédure référendaire, on peut vite tomber dans la démagogie!»
À quoi faites-vous allusion précisément?
Estimez-vous que le citoyen moyen n’est pas suffisamment éclairé pour donner directement son avis et qu’il se laisse de toute façon trop facilement influencer par des démagogues?
D’ailleurs, les référendums ne sont démagogiques que dans la mesure exacte où le résultat de la consultation ne répond pas aux voeux de celui qui s'exprime.
Écrit par : Torsade de Pointes | mardi, 27 mai 2008
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