samedi, 24 mai 2008
Lettre compte triple
Extrait de la Jangada de Jules Verne :
Manoel obéit.
"Ne voyez-vous donc rien dans l'assemblage de certaines lettres qui soit bizarre ? demanda le magistrat.
- Je ne vois rien, répondit Manoel, après avoir, pour la centième fois peut-être, parcouru les lignes du document.
- Eh bien, bornez-vous à étudier le dernier paragraphe. Là, vous le comprenez, doit être le résumé de la notice tout entière. - Vous n'y voyez rien d'anormal ?
- Rien.
- Il y a, cependant, un détail qui prouve de la façon la plus absolue que le document est soumis à la loi d'un nombre.
- Et c'est ?... demanda Manoel.
- C'est, ou plutôt ce sont trois h que nous voyons juxtaposés à deux places différentes !"
Ce que disait le juge Jarriquez était vrai et de nature à attirer l'attention. D'une part, les deux cent quatrième, deux cent cinquième et deux cent sixième lettres de l'alinéa, de l'autre, les deux cent cinquante-huitième, deux cent cinquante-neuvième et deux cent soixantième lettres étaient des h placés consécutivement. De là, cette particularité qui n'avait pas d'abord frappé le magistrat.
"Et cela prouve ?... demanda Manoel, sans deviner quelle déduction il devait tirer de cet assemblage.
- Cela prouve tout simplement, jeune homme, que le document repose sur la loi d'un nombre ! Cela démontre a priori que chaque lettre est modifiée par la vertu des chiffres de ce nombre et suivant la place qu'ils occupent !
- Et pourquoi donc ?
- Parce que dans aucune langue il n'y a de mots qui comportent le triplement de la même lettre !"
Le problème, c'est que pour parvenir à la solution exacte, les personnages se sont servis d'un raisonnement faux. Il existe bien des langues avec des lettres triplées. Par exemple, en français ce sont lss participes passés féminins de créer, recréer ou de gréer, agréer, maugréer si l'on ne tient pas compte de l'accent comme dans cet exercice. L'allemand comporte des triplements du s (un des motifs de dispute à propos de sa réforme de l'orthographe), mais pas dans son ancienne orthographe car on écrivait der Schließstand (le pas de tir) et on peut avoir aujourd'hui une consonne triple der Schliessstand puisque le eszet était perçu nettement comme la ligature du s court et du s long. Et je ne sais s'il n'existe pas d'autres langues avec de tels exemples.
15:27 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langues, langue française, stéganopraphie, encodage, alphabet



Commentaires
J'répondrais bien si j'n'avais crainte que vous ne me preniez pour une rigolote (quoique...)
en français, il y a pas mal de triplement de lettres dans les onomatopées : tsss...pfff...
Ok je m'en vais. Promis. Pas juré, ni craché sur vos tommettes.
Ecrit par : michèle | dimanche, 25 mai 2008
Attention, Schießstand (et non Schließstand) continue de s'écrire avec un sz, puisque le 'scharfes S' est ici précédé d'une voyelle longue. Mais Fassstück p.ex. s'écrit désormais avec trois S, au lieu de Fasstück auparavant. La lettre S n'est pas la seule qui puisse être triplée en allemand: il y a aussi le T (Betttuch), le M (Kammmacher), etc.
Ecrit par : Torsade de Pointes | lundi, 26 mai 2008
Merci de ces précisions, je ne suis pas un expert en allemand comme on peut le constater.
Ecrit par : Dominique | lundi, 26 mai 2008
En russe, on en trouve une poignée (d'emploi assez rare, néanmoins) avec trois е, mais je ne m'en souviens que d'un: змееед (c'est-à-dire "mangeur de serpents")
Ecrit par : Zmeeed | lundi, 26 mai 2008
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