samedi, 24 mai 2008
La littérature et l'essai
Je m'interroge en lisant cette phrase :
"Il y a énormément de bons livres, le choix est déchirant, nous essayons de maintenir un équilibre entre la littérature et les essais, les genres, les disciplines", explique Robert Solé, responsable de ces pages [consacrées aux livres].
Bon... les Essais de Montaigne ou de Bacon, ce n'est pas de la littérature. La littérature, ce n'est sûrement pas les Pensées de Pascal ou le Discours de la méthode de Descartes ou l'Esprit des lois de Montesquieu ou le Dialogue sur les aveugles de Diderot ou l'Histoire de France de Michelet. La littérature, c'est ce truc informe où on poétise, romanise, théâtralise, mais où on ne parle jamais de choses sérieuses. Et les gens sérieux qui ont rédigé des essais autrefois ne faisaient pas de la littérature, eux... Mëme si... Ce qui est frappant dans notre époque, c'est que nous avons séparé les genres de manière absolue entre ce qui est littéraire (sous-entendu pas sérieux) et ce qui ne l'est pas (sous-entendu qui est plus sérieux). On pourrait parler plutôt de littérature scientifique (dans le meilleur des cas), politique, sociologique, psychologique, pseudo-biographique ou événementielle au lieu du mot pompeux d'essai pour une masse de non-livres, de livres mal écrits, mal traduits, mal imprimés, fabriqués à la hâte. Quand un essai est bien écrit, il appartient à la littérature générale. Quand il apporte des éléments nouveaux sur une discipline, mais sans effort de style, il appartient à la littérature scientifique. Mais je ne vois pas dans les temps anciens d'essais qui s'opposeraient à la littérature, ou alors on rejetterait dans la littérature (toujours fictionnelle) tout ce qui ne semble pas assez fondé sur le vrai monde que tout le monde vit (par exemple, un livre qui ne traiterait pas dans une confession enregistrée de l'affreux drame de Cecilia, Nicolas et Carla). La littérature, cela ne peut surtout pas être l'essai ! Et peu importe ce que disent les écrivains. Il y a là un présupposé qui explique bien des comportements.
18:16 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, littérature



Commentaires
"La haine de la littérature, a dit un jour Flaubert, est la chose la mieux partagée au monde". Je crois que la formule explique (entre autres) tous les systèmes de classification dont elle a fait l'objet. Cordialement
Écrit par : solko | samedi, 24 mai 2008
Vous êtes marrant, Dominique, comment s'y retrouver autrement chez les marchands ? les étiquettes c'est pratique entre le café et le rhum agricole.
Écrit par : dotsie | samedi, 24 mai 2008
"La littérature, cela ne peut surtout pas être l'essai ! Et peu importe ce que disent les écrivains. Il y a là un présupposé qui explique bien des comportements."
Ben moi, je reste sur ma faim ; vous pourriez pas un peu développer ?
Écrit par : michèle | dimanche, 25 mai 2008
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