samedi, 24 mai 2008
Français de coeur, Français toujours !
J'aime énormément les éditoriaux enflammés d'Hervé Chabaud qui serait prêt demain à s'enflammer au sujet du prix des brocolis avec force points d'exclamation et d'interrogation. Ce rédacteur en chef à la fière moustache a compris une chose importante : il faut se mettre au service du sabre et du goupillon pour rester un vrai chef, ce qui est plus important qu'être un vrai rédacteur. Cette semaine, c'est le sabre qui est bien servi dans un article de publi-reportage pour l'ordre de la Légion d'honneur et surtout pour les fana-mili. On va se la jouer dans le style Acrimed, en faisant du commentaire juxtalinéaire (ce n'est pas la meilleure méthode, mais il n'y en a pas d'autre vu la nature de ce torchon).
Leur ambition : être les gardiens vigilants et exigeants du prestige et des valeurs incarnées par le premier ordre national dans un esprit républicain.
Cela commence en fanfare, comme un générique de série télévisée avec les deux points qui précisent les nobles dessein de l'ordre de la Légion d'honneur. C'est un type d'accroche qui laisse entendre du spectacle, du bruit, et qui est censé aller à l'essentiel. Mais on va voir ensuite que ces valeurs n'ont rien de républicain et que l'esprit qui y souffle sent un peu mauvais.
Autant dire que les quatre-vingt-un membres de la section Champagne Ardenne de l'Association des membres de la Légion d'honneur décorés au péril de leur vie (DPLV) ne sont guère séduits par l'esprit de repentance et de relecture honteuse de l'histoire de France.
La relecture honteuse. Il ne s'agit pas d'une relecture qui ferait honte comme relecture, mais d'un rétablissement de la réalité historique en parlant par exemple du rôle de la France dans la traite des Noirs, de l'esclavage, de la colonisation, de la torture durant la Guerre d'Algérie, du rôle de la gendarmerie ou de la police françaises dans la déportation des Juifs, des Tziganes ou des homosexuels. En accolant le mot honteuse à relecture, Hervé Chabaud suggère insidieusement que le fait de reconnaître officiellement les exactions commises au nom de l'Etat serait le fait honteux en lui-même.
On passe aux propos rapportés (lesquels se différencient en fait fort peu de ceux de Chabaud).
Le président Jack Coudert, brossant un panorama de la société de ce temps s'est inquiété : « trop de gens sont Français sur le papier parce que simplement nés en France mais ils ne sont pas Français de cœur. Pour être Français de cœur, il faut d'abord être fier de l'être ».
Trop de gens... Faut-il éliminer ces mauvais Français de papier ? Ces propos rappellent ceux justement des époques dont il convient de se souvenir du fait de leurs conséquences extrêmes. Il n'y a pas de quoi être fier de toutes les pages de l'histoire française, surtout de celles où l'on a vu des Français de papier auxquels on retirait leur nationalité. En outre, ce propos est idiot : soit on naît de parents français, soit on opte pour la nationalité française. Le droit du sol n'existe plus comme tel, il ouvre juste la possibilité du choix de la nationalité. Bien entendu, cela ne vise pas les gens qui se sont contentés depuis des siècles de naître en France :
Et de mettre en garde : « Notre histoire fait notre identité et ce n'est pas en la niant que nous intégrerons ceux qui en ont une différente ».
Parce qu'une personne ayant toujours vécu en France, ayant reçu la même éducation scolaire que ses camarades, fréquenté les mêmes cercles d'amis que les prétendus Français de coeur aurait forcément toujours l'identité de son bled (au sens nord-africain) ? Dans quelle identité peut-il se reconnaître ? Aurait-il génétiquement la même identité culturelle que ses ancêtres ? Est-ce que l'on peut intégrer des gens qui sont déjà intégrés dans la vie ordinaire ? Il y a là un présupposé qui pose des problèmes. Pourquoi rejeter dans la différence quelqu'un qui a déjà manifesté un accord ou qui n'est pas plus différent qu'un autre (mis à part le fait qu'il ne peut se targuer d'une spécifité régionale comme une identité bretonne ou alsacienne ou corse comme certains Français).
Où est aussi le fait de nier l'histoire lorsque l'on déclare que ce sont des fonctionnaires français (policiers, administratifs) qui ont organisé la rafle du Vel' d'hiv' par exemple ? que ce sont des militaires français qui ont tiré sur la foule sans armes à Sétif ou à Madagascar en 1945 ? Il y a une étrange forme de négationnisme nouveau à la sauce UMP : dire que les pages honteuses de l'histoire de France nient cette histoire. Prendre les valeurs de la Résistance pour en faire leur double inverse. Du Front Haineux light en somme, et une grosse confusion des valeurs.
12:34 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, politique, ump



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