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vendredi, 16 mai 2008

Dessine-moi un mouton

On se souvient de l'affaire du mouton noir figurant sur les affiches du parti xénophobe suisse UDC. Cette affiche avait été reprise par le parti néo-nazi allemand NPD.

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La métaphore est claire. Les moutons représentent le peuple. Le mouton noir représente l'étranger ou le délinquant, puisque l'accent est mis sur la sécurité intérieure.

L'affiche a également été reprise par la Ligue lombarde, le mouvement le plus extrémiste et raciste de la coalition Berlusconi. Graphiquement, les trois affiches se ressemblent, l'italienne figure l'étoile des régions de la Padanie et les couleurs vertes de l'Italie. Les moutons ont la même disposition, dans les trois cas une bordure sépare la couleur du blanc. Il y a opposition entre une masse et une marge. La marge est un ailleurs indéterminé, laissé en blanc. C'est hors du cadre. Ce qui est valorisé, c'est le pouvoir de la masse,  du troupeau de moutons, en jouant sur l'aspect innocent que l'on prête aux agneaux blancs et sur les connotations liées à cet animal.

 

 

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Cette affiche a fail l'objet de nombreux détournements de la part des opposants à l'UDC, comme cette affiche de POP, le parti communiste suisse (il existe des Suisses communistes, aussi incroyable que cela soit). Ici, le mouton ceint de son drapeau national et identitaire est exclu. Mais on conserve l'idée d'un groupe uni.

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Or cela peut faire penser à une célèbre affiche de Mai-68 qui a été revue pour le festival Furies qui se tient cette année.

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Il existe de nombreuses variantes de l'affiche de 68. Comme c'est une sérigraphie, elle a été tirée en plusieurs couleurs, mais tout en conservant un fond uni.  L'affche de Marianne Pasquet rompt avec cette tradition, elle montre un mouton à front renversé et en bichromie. Ce qui était intéressant dans l'affiche originale, c'était que les moutons avançaient dans le sens contraire de la lecture. Ils vont en arrière. C'est une masse indistincte, on ne voit pas les yeux aux contraires des affiches racistes, la spirale des cornes cache leur regard, ils avancent sans voir vers où ils se dirigent. Notons que les moutons précédents étaient sans cornes, pour être plus innocents. Le mouton représente ici la passivité, la soumission, la bêtise ordinaire, l'anonymat de la foule. L'affiche de Furies reprend cette idée, mais en introduisant un élément perturbateur et coloré qui va à contre-courant. En cela, il y a une opposition similaire à celle des affiches précédentes. Cependant le mouton rouge rentre dans le cadre formé par le troupeau, il se trouve pris dans la masse. Le choix du détournement de l'affiche de 68 n'est pas gratuit, vu les innombrables pavés qui remplissent les librairies en ce moment, il justifie d'ailleurs le choix de la couleur rouge associée à ce moment. L'opposition n'est pas simplement entre singularité et uniformité, mais aussi entre nouveauté et tradition, manifestation ponctuelle et monotonie. C'est la grande récup' de 68 vu cette fois sous l'aspect festif et non plus revendicatif (les détournements des affiches de 68 par E. Leclerc jouaient plus sur ce présupposé au sujet de 68).  

Commentaires

Sans compter cela :
http://www.marianne2.fr/photo/801797-961835.jpg

Mais l'affiche de Marianne Pasquet -je j'ai bien connu quand elle était plus jeune- m'a fait penser immédiatement à une scène du film Midnight Express, où le personnage principal, prisonnier dans une geôle épouvantable, se met tout-à-coup à se retourner et à marcher à contre-sens alors que de nombreux co-détenus poussaient avec lui jusqu'alors sur les perches en bois d'une sorte de moulin infernal.

Ecrit par : Olivier | vendredi, 16 mai 2008

Je ne connaissais pas les connotations fascistes du mouton noir dans les premières affiches : nous avons ici un resto Le mouton noir qui appartient à une communauté de gauche (certains disent secte, moi pas) les Longo Maï. Le symbole représente là celui qui pense autrement qui sort du troupeau et la connotation est extrêmemement positive.

Ecrit par : michèle | vendredi, 16 mai 2008

Je crois que le mouton a plus la connotation négative du suiveur que celle de l'innocence :

http://rene.maltete.com/main.php?g2_itemId=110

Ecrit par : Alice M | vendredi, 16 mai 2008

Alice, comme dans la couverture de Marianne citée par Olivier ou comme dans l'affiche de 68, les moutons vont dans le sens qui ne convient pas au lecteur. S'ils s'avançaient vers lui, l'effet de sens ne serait pas le même et on ne penserait pas aux moutons de Panurge. Mais dans l'exemple des trois affiches d'extrême droite, le mouton blanc est connoté par sa pureté et sa simplicité toute biblique. C'est en fait un signe ambigu.

Ecrit par : Dominique | vendredi, 16 mai 2008

DD : "Mais dans l'exemple des trois affiches d'extrême droite, le mouton blanc est connoté par sa pureté et sa simplicité toute biblique. C'est en fait un signe ambigu."

Exactement ! Il y a dans l'affiche SVP/UDC un élément supplémentaire qui vous a sans doute échappé. Le texte original est "Sicherheit schaffen", jeu de mot intraduisible ni en français, ni en italien.
Sicherheit, c'est la sécurité. Schaffen a en Suisse alémanique toute une série de significations, comme travailler (qui se dit arbeiten en Allemagne), produire, réussir... Le choix de ce verbe et des moutons n'est pas anodin, puisqu'en allemand le mouton (ou la brebis) se dit "Schaf"...

Cette affiche scandaleuse a fait l'objet de très nombreux détournements. Le plus réussi à ce jour est à mon avis un dessin de presse de Bürki :
http://www.swissroll.info/dotclear/images/buerki_blocher.jpg

Ecrit par : Ponte Facto | samedi, 17 mai 2008

Ce n'est pas une affaire de moutons, mais nous avons chez nous une autre illustration des proximités entre les "identitaires" auto-proclamés et les vrais Nazis, qu'il s'agisse des néos ou d'anciens SS qui ne regrettent rien de rien :

http://rue89.com/jean-yves-camus/a-nice-une-seance-de-dedicaces-danciens-de-la-waffen-ss

Ou comment les nostalgiques du nazisme entretiennent la flamme et veulent "dépasser" les nationalismes pour faire progresser la conscience raciale de l'Europe blanche chrétienne...

Ecrit par : Irène | samedi, 17 mai 2008

Dans l'Oignon d'aujourd'hui, cette description :
"L'affiche des Furies représente un troupeau de moutons allant tous dans le même sens, sauf un, rouge, qui fait front au reste de la meute."
Voilà que l'on confond les moutons et les chiens !
http://www.cnrtl.fr/definition/meute

Ecrit par : Dominique | jeudi, 22 mai 2008

DD : "Voilà que l'on confond les moutons et les chiens !"

La différence n'est parfois pas si évidente...
http://accel98.mettre-put-idata.over-blog.com/0/47/64/88/caniches/caniche-coupe-ciseau.jpg

Ecrit par : Ponte Facto | jeudi, 22 mai 2008

Bonjour a tous !
merci pour ces analyses fortes intéressantes sur mon visuel pour le festival Furies...

Ecrit par : pasquet marianne | vendredi, 06 juin 2008

Il ne faut pas faire dans le trop consensuel : j'ai un petit peu égratigné la forme et le sens de l'affiche des Furies (prononcer Furiz). Je ne crois pas que je sois d'une grande tendresse pour toutes les récups récentes de 68, même si je prends des gants parfois.

Ecrit par : Dominique | vendredi, 06 juin 2008

«j'ai un petit peu égratigné la forme et le sens de l'affiche des Furies (prononcer Furiz).»
Jamais de la vie ! Plutôt mourir...
Je suis d'une terrible férocité avec ceux qui savent comment on doit prononcer cela et qui disent n'importe quoi !
Pourquoi pas «furiesse» (furie+liesse), qui aurait du sens ?
Mais quand j'entends «furiz», je sors ma... serpe, hier !

Ecrit par : Olivier | vendredi, 06 juin 2008

N'oublie pas qu'il fut un temps où le nom du festival du gaulliste cultureux était écrit avec une apostrophe "Furie's" afin de bien marquer que ce n'était pas un mot tout à fait français et que l'on précisait à chaque fois la bonne prononciation à l'anglaise. Ben oui... on peut être gaulliste, subventionné par toutes les mairies de droite auxquelles on vend les mêmes spectacles et avoir des limites à son patriotisme culturel si cela fait plus moderne !

Ecrit par : Dominique | vendredi, 06 juin 2008

Ah ! Ouais, c'est les fiourizes ! M'rapplais pu...

Ecrit par : Olivier | vendredi, 06 juin 2008

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