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jeudi, 15 mai 2008
L'identité culturelle de la culture commune
Extrait des nouveaux programmes du baccalauréat professionnel, en cours de consultation pour l'instant.
Les objets d'étude donnent lieu à des activités de lecture nombreuses : lectures de textes littéraires - relevant des différents genres (roman, nouvelle, théâtre, poésie, essai) - et non littéraires, lectures d'images fixes ou en mouvement, d'oeuvres picturales.
Tiens donc... les oeuvres picturales ne sont plus des images fixes...
Les objets d'étude permettent la pratique de l'expression orale sous forme de productions orales individuelles et collectives, spontanées et préparées...
Tiens donc... l'oral se pratique à l'oral... Ne riez pas ! C'est l'oeuvre d'inspecteurs généraux fort sérieux qui visent à ne laisser place à aucune ambiguïté. Et puis la répétition est la base de tout bon enseignement...
Ce qui est fascinant dans ce nouveau programme, c'est - outre la répétition de lecture de textes littéraires à chaque paragraphe - de voir la répétitition du groupe nominal identité culturelle comme finalité (trois fois dans la page 2) ou d'un de ses substituts. Il y a là comme un air du temps... Je n'avais pas encore vu encore un programme contemporain aussi axé sur cet aspect identitaire qui est martelé à peu près autant de fois que la culture commune (terme jamais défini) dans les mêmes pages. Comme si l'école avait désormais le but principal de rassembler ou de modeler et non plus de faire aussi découvrir. Un autre fait extraordinaire dans ce nouveau programme, c'est la disparition quasi-totale de toutes les époques antérieures au XXe s. (6 objets d'étude sur 9, un accorde une place à la Renaissance pour parler des temps lointains où on avait une autre perception esthétique, un autre cite le romantisme pour le mythe romanesque, un prend appui sur les Lumières pour les textes polémiques, tout cela va de soi, mais le surréalisme est également considéré comme une période, ce qui laisse de la marge avec les surréalistes par anticipation). Et je vois arriver cette époque de référence inconnue jusqu'alors : le XXIe s. ! Oui, il fallait bien qu'il débarque à un moment donné, mais cela donne un coup de vieux aux textes du siècle passé.
Comme les programmes de lycée professionnel anticipent souvent ceux de lycée général dans leurs thématiques et leurs objectifs, cela donne une idée de la sauce à laquelle chacun sera mangé d'ici dix ans. On va vers une réduction des périodes historiques des textes consultés, réduction déjà largement entamée malgré les réactions, et surtout une quasi disparition de toute idée d'évolution des pratiques culturelles. On va aussi vers un objectif de normalisation sociale au nom de la culture commune (et de l'identité qui va avec) dans un vivre-ensemble, non plus vers celui d'une émancipation. C'est un programme pensé pour le présent immédiat, avec juste quelques concessions aux arrière-gardes, concessions qui pourront disparaître ensuite. Un programme avec ses contradictions et ses redondances comme tous les autres programmes, mais avec une orientation quand même certaine.
21:18 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, profs, lycée, langue française



Commentaires
Cela me donne un coup de vieux à moi aussi.
Je vais vous le dire, je vous le dis, je vous dis que je l'ai dit.
Mais quoi au fait ?
Ecrit par : michèle | jeudi, 15 mai 2008
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