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jeudi, 15 mai 2008

Jean-Marc Sylvestre, ou le génie mathématique

L'immense économiste Jean-Marc Sylvestre a prouvé une fois de plus, ce matin, dans sa chronique ses admirables compétences, son sens aiguisé du raisonnement, la fiabilité extraordinaire de ses sources. Ecoutez le morceau suivant, le passage se situe à trois minutes du début. "Selon Xavier Darcos, 23 000 enseignants ne sont pas devant les élèves, parce qu'ils sont affectés à d'autres tâches, 23 000 enseignants sur 210 000, soit un sur quatre ! Vous vous rendez compte !" Nous savions déjà que notre ministre avait des difficultés avec la règle de trois, il n'aurait pas fallu lui demander de communiquer ses chiffres. En outre, deux autres contrevérités se sont glissées dans cet éditorial de la plus grande honnêteté : les enseignants détachés ne sont pas payés par l'Education nationale pendant ce temps, il y a environ 800 000 enseignants relevant de l'Education nationale, je ne sais d'où le brillant économiste tire son chiffre de 210 000 enseignants.    

Commentaires

C'est décourageant, j'ai des envies de meurtre tous les jours et ce n'est pas la dernière annonce de notre Cher Président qui va me réconforter.

Ecrit par : aliscan | jeudi, 15 mai 2008

>aliscan, jeûnez, marchez, chantez faites quelque chose mais je vous prie de ne pas passer à l'acte.

Ecrit par : michèle | jeudi, 15 mai 2008

NB : Le médiateur de France Inter évoquera cette chronique samedi à 16h45...

Ecrit par : aliscan | vendredi, 16 mai 2008

Au sujet de l'ânerie de l'âne Sylvestre deux autres réactions de blogues, un peu plus développées et argumentées que mon billet rapide. Démontage général du sermon entrepreneurial :
http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2008/05/15/jean-marc-sylvestre-la-perle-du-matin/
Démontage des chiffres sur les enseignants, on voit d'où il a tiré son chiffre de 210 000 enseignants :
http://ecosociopo.blogspot.com/2008/05/jean-marc-sylvestre-les-profs-detaches.html
Les fameuses heures de décharge en question couvrent des situations diverses.

On parle souvent des heures de première chaire en lycée, mais c'est parce qu'il s'agit du lycée et cela ne concerne que certains enseignants qui ont six heures de cours avec une classe à examen notamment en maths et lettres où la charge est lourde. Cela peut correspondre aussi à des heures d'enseignement en classe supérieure (payées un quart plus cher en BTS par exemple) si l'enseignant ne souhaite pas faire d'heures supplémentaires. Un agrégé peut ainsi enseigner 12 heures payées 15 (statutairement) ou 15 payées 18 h 45. Ce ne sont pas vraiment des décharges, mais un mode de calcul des salaires. Rien à voir avec les décharges pour enseigner par exemple en formation permanente ou continue ailleurs, ou encore les décharges syndicales qui sont de droit.

Mais il y a d'autres vrais types de décharges plus folkloriques (heure de vaisselle en SVT s'il n'y a pas de préparateur, heure de cabinet en histoire pour ranger les cartes). Et surtout les directeurs d'écoles primaire ou maternelle qui doivent fournir un travail administratif (les directeurs d'école ne sont pas chefs d'établissement, ils exercent toujours en classe). Ce travail administratif donne droit à indemnité, mais la charge est plus lourde dans une école de vingt classes que dans une de deux, d'où les décharges puisqu'il existe quelqu'un pour prendre la classe pendant ce temps. Vu le nombre d'écoles, le chiffre augmente vite. Un professeur-documentaliste a 4 heures de décharge réelle pour les commandes, recherches, contacts extérieurs (sur un total de 36 heures). Calculer le nombre de documentalistes par le nombre de collèges et lycées.

Ensuite, il existe des heures compensatoires dans le cas d'un enseignant qui exerce sur trois établissements différents et éloignés (c'est possible dans les disciplines à petits horaires). Cela coûte moins cher et c'est plus simple de faire cadeau d'une heure pour cent kilomètres par jour ou de payer une heure supplémentaire que de verser un dédommagement. Ce sont des artifices de trésorerie. On additionne dans les 210 000 postes avec "décharge" des choux, des carottes, des tomates et des petits pois.

De la même manière, le terme de 23 000 enseignants équivalent temps-plein ne veut rien dire : cela concerne des professeurs des écoles à 26 heures, des enseignants de lycée professionnel au même taux en atelier, des certifiés à 18 heures (sauf ceux de musique, d'arts plastiques et d'EPS à 20 heures) et des agrégés à 15 heures, des documentalistes à 32+4. D'où sort ce fameux temps-plein ? Se base-t-on sur l'horaire d'un certifié ou d'un PLP ? Mais ceux-ci font le même travail qu'un agrégé payé plus pour travailler moins ! C'est un chiffre sorti du chapeau de Merlin, même si Merlin se nomme la cour des Comptes.

Ecrit par : Dominique | samedi, 17 mai 2008

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