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samedi, 10 mai 2008

La France a peur

919946186.jpgUne des grandes spécialités de l'Oignon - en dehors des résultats de concours de pêche, de  belote ou de marathon pour sauver la planète, des portraits complaisants de notables, des soirées choucroute de l'amicale des anciens, des fêtes du topinambour ou de l'orvet -, c'est le fait-divers. Si possible le plus sordide possible.

 En temps ordinaire, on doit se contenter de simples chroniques judiciaires sur de la banale correctionnelle ou de mains courantes du commissariat et de la gendarmerie. Les histoires d'alcoolisme chronique, de violences conjugales ou familiales, de vols divers, de bêtises d'adolescents, cela ne permet pas de vendre beaucoup, même si on prend bien soin de donner les noms et adresses des prévenus afin que tous leurs voisins et collègues soient aussi prévenus. Il faut que ces faits-divers soient surtout bien localisés, situés, afin que chaque lecteur-voyeur se sente impliqué en se disant : "Cela aurait pu m'arriver", 'Je connais les lieux du crime", "Dire que je le croisais tous les jours", "Vous n'avez pas vu ce qui s'est passé ici hier ?"

Le degré supérieur, c'est quand même la cour d'assises. Là, cela en jette du fait du decorum et des mesures de sécurité. On peut faire de pleines pages, avec des possibilités de reprise nationale du correspondant local. Le mieux alors, c'est encore les monstres. Avant-hier Patrick Henry, hier l'adjudant Chanal, aujourd'hui Fourniret qui est décliné sur tous les modes avec des témoignages inédits. Un excellent client en outre, ce Fourniret ! Il a tout compris de la téléréalité et il sait storyteller son procès en exclu dans l'Oignon ! Un jour il se tait, un autre il promet de parler. Cela permet de faire durer le feuilleton. Et chacun a son mot à dire sur le sujet... Il devrait se reconvertir à la télévision ou dans un journal comme l'Oignon tellement il permet d'accrocher les lecteurs.  

Il y a cependant un blème : comment occuper les lecteurs si avides du monstre Fourniret pendant ce long viaduc du 8-Mai et de la Pentecôte ? Comment occuper cette page consacrée aux faits-divers les plus ignobles ? La séance de remue-méninges à l'Oignon n'a pas traîné : on ressort les faits-divers du passé ! Cinq sujets en tout pour que chaque édition édition locale puisse avoir son beau crime bien local. Il serait coupable de ne pas faire profiter tous les lecteurs de frissons et de ne pas leur permettre de se dire "Je le savais, je m'en doutais", "Je connais bien l'endroit", "Je le rencontrais souvent, je ne me doutais de rien", "Dire que cela aurait pu m'arriver".

On ressort donc des affaires anciennes et c'est parfois écrit avec les pieds comme ici :

Elle est retrouvée le lendemain du meurtre par un promeneur alors que les parents de Nadège ont signé la veille au soir au commissariat son inquiétante disparition.

Mais ce n'est pas suffisamment inquiétant. Il faut faire plus spectaculaire, tout en restant local. On introduit donc le serial-killer (cette magnifique invention des scénaristes étatsuniens qui permet de tout feuilletonniser) :

Depuis deux ans, l'enquête criminelle, la plus ancienne ouverte (sic) au parquet de Soissons, s'est officiellement orientée vers la piste d'un tueur en série. Mais lequel ?

Ah oui... lequel ? Un tueur en série qui tue d'un seul coup de couteau, sans scénario macabre, sans violence sexuelle, sans témoin, à l'improviste, il y a près de quinze ans, c'est difficile à retrouver. Voilà donc un crime unique attribué à un tueur en série. Ce n'est pas grave : le tueur en série est un personnage bien connu à la télévision et dans les plus que mauvais romans policiers de Mary Higgins Clark ou de Patricia Cornwell et il fait trembler dans les chaumières. Qui sait si mon voisin immédiat n'est pas un tueur en série ? Le titre frappe, atteint son but : les tueurs en série sont parmi nous ! Et puis cela s'est passé dans la rue que je connais... Qui sait si cela ne va pas se reproduire au même endroit ? Mais l'important, c'est que la France ait peur

Commentaires

« Le degré supérieur, c'est quand même la cour d'assise. »

J'en suis resté sur le... popotin.

Ecrit par : Stéphane De Becker | samedi, 10 mai 2008

Je pense qu'il n'y a pas de cour d'assises en Belgique, mais peut-être que je me trompe ?

Ecrit par : Michèle | samedi, 10 mai 2008

Si, si, Michèle, la cour d'assises existe bien en Belgique. Elle fonctionne un peu différemment de son homologue française, c'est tout :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cour_d'assises_(Belgique)

Ecrit par : Stéphane De Becker | samedi, 10 mai 2008

Merci pour cette information, Stéphane.

Ecrit par : Michèle | samedi, 10 mai 2008

Sur le popotin, avec Cora et Line en train de sabler le champagne pour fêter le cent cinquantième com.
Et pendant ce temps moi j'ai peur. De mon voisin quand il allumait sa cheminée, qu'il se soit pris pour Landru. Mais bon , il a déménagé alors je n'ai plus peur. De quoi pourrais-je bien avoir peur maintenant ?

Ecrit par : michèle | dimanche, 11 mai 2008

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