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mercredi, 30 avril 2008
Regarde de tous tes yeux, regarde !
Il est rare de lire autant d'âneries à la ligne dans le quotidien parisien du soir et de référence :
La première description du steak tartare est due à l'imagination de Jules Vernes (sic) dans Michel Strogoff [J'attends la mention du chapitre en question]. Que pouvaient donc bien manger les barbares ennemis de la Russie tsariste après leurs exactions sanguinaires ? De la viande crue, saignante... Par une modification phonétique (que la rhétorique appelle métaplasme), barbare est devenu tartare, et par métonymie le nom des peuplades supposées manger la viande crue s'est peu à peu appliqué à cette nourriture.
D'où sort ce tartare dérivé prétendument de barbare, de l'imagination du rédacteur gastronomique qui a l'imagination aussi développée que celle de ses collègues spécialisés dans les cuisines et pas dans la langue ! Quant à parler de métaplasme, c'est ne rien dire : les métaplasmes sont des déplacements, ajouts ou suppressions de phonèmes, alors qu'ici il y aurait un changement d'articulation. Parlons de métaplasme pour tatare contre tartare (ajout du r), mais pas pour barbare contre tartare. J'attends aussi que l'on me prouve que le steak dit tartare existait dans les cuisines parisiennes sous ce nom du temps de Jules Verne, parce que la sauce dite tartare n'apparaît qu'en 1941 selon le DHLF et 1937 selon le TLFi, le steak étant postérieur pour son nom. Je veux bien que Verne ait parlé des Tartares dans son roman, mais à quel endroit peut-il bien citer le moindre morceau de barbaque qui correspondrait à la recette actuelle ou à la légende des cavaliers faisant cuire cette bidoche sous leurs fesses ? On ne trouve que des passages comme :
Nadia, épuisée par la faim, dont son compagnon souffrait cruellement aussi, fut assez heureuse pour trouver dans une maison du bourg une certaine quantité de viande sèche et de «soukharis», morceaux de pain qui, desséchés par évaporation, peuvent conserver indéfiniment leurs qualités nutritives. Michel Strogoff et la jeune fille se chargèrent de tout ce qu’ils purent emporter. Leur nourriture était ainsi assurée pour plusieurs jours, et, quant à l’eau, elle ne devait pas leur manquer dans une contrée que sillonnent mille petits affluents de l’Angara.
Très loin de tous les steaks tartares qui sont sortis de l'imagination du rédacteur.
19:46 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, gastronomie, consommation, humour, littérature, presse, journalisme



Commentaires
Le "Dictionnaire culturel en langue française" ( Le Robert) donne fin XVIIIe pour la " sauce tartare": mayonnaise assaisonnée ( câpres, cornichons, moutarde...) et 1825 pour "à la tartare": grillé, pané et servi avec une sauce tartare.
L'expression existait bien donc avant la naissance de Jules Verne, mais ne désignait pas — et c'est bien là le point important — une viande crue.
Seoln ce même dictionnaire, le mot "steak", en français, n'apparaîtrait qu'en 1894. Mais " beeft Steks à l'Angloise" dès 1735, puis "beef-stake" en 1785.
Je n'ai pas d'exemplaire de "Michel Strogoff" sous la main, dommage ...
[ En tout cas, tout le "net" semble d'accord pour donner la paternité de la recette du steak tartare à J. Verne, ce qui n'est pas une preuve, bien sûr. Sauf une preuve que tout le monde copie tout le monde, sans vérifier ni se se poser plus de question. Et si l'on demandait à Elkabbach ?]]
Ecrit par : leveto | mercredi, 30 avril 2008
Un tartare est aujourd'hui un mélange d'ingrédients (viande, poisson, légumes) d'une fraîcheur irréprochable hachés plus ou moins finement et de condiments corsés pour en relever la saveur.
L'auteur a oublié "crus". Et ce ne sont pas forcément de petits dés mais de fines lamelles aussi.
Et salpicon est vraiment un joli mot.
Ecrit par : michèle | mercredi, 30 avril 2008
@leveto : oui, la sauce tartare c'est une chose, elle est du reste encore d'actualité, mais ça n'a rien à voir avec le steak tartare. Sinon, à ce moment, on peut faire encore l'amalgame avec le petit fromage industriel aux herbes...
michèle : "Un tartare est aujourd'hui un mélange d'ingrédients (...) d'une fraîcheur irréprochable (...)"
Heu... j'ajouterais "censés être" d'une fraîcheur irréprochable, ce n'est malheureusement que trop souvent pas le cas dans la restauration. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je m'en méfie comme de la peste. Inutile cependant de demander au serveur si son tartare est frais...
Ecrit par : Ponte Facto | mercredi, 30 avril 2008
>PF la première phrase de mon com. est entre guillemets car c'est le journaliste qui en est l'auteur.
Seuls les cannibales, pardon, les hommes préhistoriques, pardon, les carnivores, mangent des steaks barbares. Les autres, civilisés, et les femmes, et Lévi-Strauss mangent du cuit eux.
C'est parce que vous êtes suisse que vous êtes méfiant tout le temps ?
Pour reconnaitre la fraîcheur de la bidoche, on regarde sa couleur (avec répulsion, se voilant la face derrière un mouchoir brodé à la main) qui doit être d'un rouge sanguinolent. Après, on fait confiance à la probité du restaurateur qui aimerait bien que vous reveniez chez lui.
Ecrit par : michèle | jeudi, 01 mai 2008
Lecteur et collectionneur de Jules Verne, je ne lui conaissais pas cette paternité du steak tartare. J'ai vérifié dans une version électronique de Michel Strogoff (celle du site Ebooks libres & gratuit) et la recherche de diverses chaines de caractères (viande, saign, repas, hach, cru, sang, barbare) a été infructueuse. La seule référence que l'on peut trouver est celle signalée plus haut de repas à base de viande séchée et salée. Conclusion: les journalistes feraient de vérifier leurs sources avant de recopier bêtement les uns sur les autres comme des colégiens.
Ecrit par : Roger | vendredi, 02 mai 2008
«Je veux bien que Verne ait parlé des Tartares dans son roman, mais à quel endroit peut-il bien citer le moindre morceau de barbaque qui correspondrait à la recette actuelle ou à la légende des cavaliers faisant cuire cette bidoche sous leurs fesses ?»
Demandons à Calaf, il doit bien connaître le secret de cette énigme.
Ecrit par : Olivier | vendredi, 02 mai 2008
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