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mercredi, 30 avril 2008
E. Leclerc milite pour la décroissance
Dans la boîte aux lettres de mon immeuble, j'ai découvert le dernier catalogue publicitaire de E. Leclerc (sauveur de la planète grâce à ses sacs réutilisables et surtout vendables) avec ce slogan : "Pour vivre heureux, vivons moins cher". Cela m'a laissé quelques minutes interloqué, puis je suis parti vers la poubelle de tri sélectif pour le papier à recycler que cet immense écologiste n'utilise pas, lui préférant le papier glacé.
Cela dit, la formule est intéressante. Voyons un peu ce qui se passe dans le cerveau reptilien des marqueteux d'E. Leclerc. On part du principe qu'E. Leclerc est forcément un contestataire, qu'il est obligatoirement du côté des plus démunis et qu'il propose des idées iconoclastes. C'est son fond de commerce, se faire passer pour le gauchiste du commerce ! Quitte à détourner les affiches de 68 avant tout le monde, l'an dernier. Comme 68 est un peu trop présent sur les rayons de librairies et dans la presse, il faut qu'il se distingue. Qu'est-ce qui peut être (en apparence) un poil revendicatif et susceptible de faire passer E. Leclerc pour un syndicaliste de base ? Le thème du pouvoir d'achat ! Certes, mais c'est un peu trop vu. Et si on essayait la décroissance ? C'est follement tendance chez les altermondialistes. Oui, mais comment vendre de la décroissance afin que cela nous rapporte plein de sous ? Partons de quelque chose que tout le monde connaît, comme un proverbe. Personne ne résiste à la sagesse des nations.
Et voilà comment on se retrouve avec un slogan à la fois inepte et contradictoire. On commence par un infinitif à valeur générale "Pour vivre heureux". C'est valable pour n'importe qui, n'importe quand, n'importe où. C'est la reprise du proverbe classique qui berce le cher consommateur, mais surtout cela introduit déjà le thème un peu gauchiste de la recherche du bonheur à la place du profit. On ne pourra pas nous qualifier de sales capitalistes. Là où ça se gâte, c'est dans la deuxième partie "vivons moins cher". Parce qu'il s'agit d'une injonction où cette fois le consommateur est impliqué. "Vivons cachés", cela marche, l'agent est le même. "Vivons moins cher", cela pose des problèmes. C'est le caddie du cher client qui doit être moins cher et non la personne du client. Sauf que... les économies sont effectuées sur les rétributions des producteurs (salauds de paysans !), les salaires des magasiniers déjà au Smic (et avec exonérations sociales si on joue bien sur les zones franches) et des caissières à temps partiel subi, des chauffeurs routiers toujours au bord de l'illégalité du fait des dépassements d'heures, bref, sur tous les gens qui sont moins chers pour le marché du travail. Parce que la décroissance ne va pas s'appliquer aux cadres et aux actionnaires, faut pas rêver ! Le rêve, c'est du travail encore moins cher ! Oui, mais la caissière d'E. Leclerc, cela lui fait une belle jambe de payer moins cher sa nourriture puisqu'elle est déjà payée moins cher. Alors, à qui ce slogan s'adresse-t-il ? Aux personnes qui ont encore maintenu ou augmenté leurs revenus et qui se donnent bonne conscience en jouant à achetons plus pour montrer que nous sommes partisans de la décroissance ! Bref, cela se mord la queue, mais un pseudo consensus est énoncé quand même grâce à la logique apparente de l'équation posée par le proverbe.
10:37 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : décroissance, 68, soixante huit, commerce, marketing, pub, publicité




Commentaires
" "Pour vivre heureux, vivons moins cher".[...] Et si on essayait la décroissance ? [...] Oui, mais comment vendre de la décroissance afin que cela nous rapporte plein de sous ?"
Après six mois passés loin de toute très grande surface, j'ai quitté mes chèvres (métaphore, je n'ai pas de chèvres) pour débarquer chez Leclerc, mon vieux vélo me condamnant à faire la voiture/balai ce qui comporte quelques inconvénients au niveau de l'énergie à dépenser. Un V.T.T bas de gamme à Leclerc 109€ fait au Sri Lanka, pas de pompe pas de clé à alène pas de l'indispensable à toute randonnée. Les pièces accessoires (une pompe, une mini-sacoche, une selle rembourrée_faut pas charrier_) coûtent un tiers du prix du vélo. Fait en Chine. Je pense que le vélo doit coûter moins de 10€ en prix de revient au Sri Lanka. Le consommateur n'y pige que couic, le travailleur Sri Lankais est exploité, Leclerc empoche la différence (confortable, ce me semble).
Rayon boucherie : les temps changent me dit le boucher, amer : on tchatche cinq minutes. Il passe ses journées à emballer de la viande sous conditionnement plastique (barquettes, +film). Il ne parle plus à personne, conditionne dans de grosses quantités pour que les gens achètent plus, et c'est donc moins cher par grosses barquettes. Vite fait, je compare, un jarret de porc, pour jeter dans les lentilles (avant l'été !) coûte 4 € en préemballage sous vide et je le paie 2 € au rayon. Du simple au double.
Rayon poissonnerie : là immense stupéfation : plus de têtes, plus de queue. Des filets. Que des filets. J'ai réussi à dénicher une dorade (pêchée en Grèce) entière. Les prix prohibitifs.
Rayon fromagerie : à la coupe, le rayon reste vaste et bien achalandé ; le rayon plastifié se développe à vitesse grand V, la moyenne des prix autour de 5€ pour un morceau de fromage préemballé.
Bon.
Je repars dégoûtée. Mais j'ai un vélo qui roule, ce qui est pas mal pour un vélo.
Le livre lu "Les coulisses de la grande distribution" de Jacquiau
http://www.amisdelaterre.org/Les-coulisses-de-la-grande.html
annonçait ce qui est en train de se passer. On se fait tous couillonner. Mais ce qui est prémonitoire, chacun s'en fout. Et on laisse aller.
Je passe sur le marché du dimanche ou du lundi matin sinon je dépasserais les 2000 caractères : 6€8O le kilo d'asperges,etc...Mes voisins me disent on va faire la révolution. En attendant chacun fulmine dans son coin.
Moi, j'ai entamé la décroissance, et pour de vrai : je suis fière de moi.
Ecrit par : michèle | jeudi, 08 mai 2008
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