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lundi, 28 avril 2008
Le paradoxe luxembourgeois
"Avec la réforme de la loi sur les naturalisations, certains milieux nous serinent avec la supposée nécessité de devoir impérativement maîtriser l'idiome national. La maîtrise du français ou de l'allemand, les deux autres langues administratives, ne suffirait plus", estime le journaliste luxembourgeois David Wagner. Or, comme il le fait remarquer, les six quotidiens (!) du Luxembourg n'offrent que rarement des articles en luxembourgeois par rapport au français et surtout à l'allemand. A l'école primaire, le luxembourgeois est considéré comme une langue auxiliaire durant les trois premières années pour une alphabétisation en allemand. En outre, les textes de lois, comme celui sur les règles d'accession à la nationalité, sont rédigés en... français. Et c'est là que l'on touche à un paradoxe : la connaissance du luxembourgeois est considérée comme plus importante que celle du français (pourtant langue écrite du droit ou du commerce) et de l'allemand (langue de l'enseignement ou de la majorité des médias) :
Plus précisément, tout candidat doit avoir une connaissance active et passive d’une des trois langues (allemand, français et luxembourgeois), mais aussi une connaissance de base certifiée du luxembourgeois. Ainsi, un étranger qui maîtrise parfaitement le français doit néanmoins prouver qu’il connaît les bases du luxembourgeois, cette dernière langue justifiant d'une intégration suffisante. Par contre, un candidat qui maîtrise le luxembourgeois ne doit pas nécessairement avoir des connaissances en français ou en allemand pour être admissible à la citoyenneté.
Le luxembourgeois constitue (avec le secret bancaire) le seul ciment d'une petite monarchie qui a un fort besoin de main d'oeuvre immigrée, n'ayant plus le français ou l'allemand comme langue maternelle comme autrefois. Cette main d'oeuvre doit s'intégrer dans un pays qui prétend maintenir son identité distincte par rapport aux hénaurmes voisins (la Belgique étant le plus craint de tous) et ce qui fait l'identité nationale du Luxembourgeois, c'est son Lëtzebuergesch ! Ce qui est parlé dans la rue, au bistrot, au bureau, aux champs, à l'usine, au marché, mais qui a une traduction systématique dans les écrits ou dans les paroles plus ou moins officielles comme celles de l'instituteur faisant accéder à la lecture ou du policier rappelant à la loi ou du chef d'atelier se référant aux instructions de la direction. Oui mais... la connaissance du luxembourgeois doit prouver l'intégration à la communauté ! Certes, mais cette intégration n'a pas été demandée aux Luxembourgeois n'a pas été demandée aux Luxembourgeois de naissance qui ne parlaient pas luxembourgeois, mais seulement allemand ou français ou les deux. Imaginons un canton suisse qui demanderait non seulement la connaissance de l'allemand et du français, mais aussi du Scwhytzertütsch de son canton à lui. Par exemple Unterzellhouse-Intérieur. Et pas question de parler le Schwytzertütsch d'Unterzellhouse-Extérieur, parce que ce n'est pas le même dialecte ! Parce que si l'on se penche sur la question, le luxembourgeois n'est qu'un des dialectes franciques dont la langue écrite est... l'allemand : en Moselle, on parle (ou plutôt parlait) aussi bien le francique luxembourgeois, le francique mosellan et le francique rhénan. Or les divergences sont importantes même si une forme unifiée du francique luxembourgeois a été proposée récemment par le gouvernement luxembourgeois, avec une grammaire et un dictionnaire.
D'une part, on exige la connaissance, passive au moins, d'une langue qui n'existe pratiquement pas à l'écrit. D'autre part, on ne tient pas compte de la réalité institutionnelle luxembourgeoise qui fait que cette langue orale n'existe pas à l'écrit et dans les institutions ou le commerce. C'est un étrange combat pour la préservation de son identité locale : comme si on était passé d'un coup des places de marché médiévales avec leurs jolies voûtes toutes en poutres apparentes aux salles de marché internationales dans des open-spaces. Cela fait un choc de passer des champs de blé aux champs de plein de blé. Et puis, c'est le champ de blé que l'on veut préserver malgré tout, tout le monde ne doit pas avoir droit au même gâteau que nous, même s'il y a participé. Il faut d'abord qu'il prouve qu'il est vraiment comme nous, parce que nous ne sommes pas comme les autres et que notre voisin est différent et moins intégré. Oui, le Luxembourg est un bon élève européen.
19:29 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : francophonie, langue française, luxembourg, luxembourgeois, allemand, langue allemande, europe




Commentaires
Effectivement LE luxembourgeois n'existe pas. Le parler luxembourgeois varie seront l'endroit géographique et aussi selon le niveau dans la société.
Le luxembourgeois n'est pas une langue officielle mais langue nationale DES LUXEMBOURGEOIS ( http://www.legilux.public.lu/leg/a/archives/1984/0016/a016.pdf )
Si le luxembourgeois est bien parlé en de nombreuses circonstances, il permet aussi, au téléphone par exemple, de faire savoir que l'on est luxembourgeois.
Pour ceux qui voudraient y travailler, la consultation de la page http://www.lesfrontaliers.lu/index.php?p=edito&id=2009 peut apporter des compléments.
Pour la notion de langue nationale, il est à noter que la Suisse a trois langues officielles mais quatre nationales, la quatrième étant le romanche (plusieurs variétés).
Le luxembourgeois s'écrit en utilisant les signes diacritiques du français et de l'allemand, selon l'origine française ou allemande des mots et selon la prononciation. Voir un exemple, avec traduction en français : http://webplaza.pt.lu/jlulling/luxdico/presse.htm
Le luxembourgeois existe bien pour windows ( http://www.microsoft.com/belux/fr/presspass/2006/lux.mspx ) : 14 juillet 2006 "Microsoft Windows XP et Office 2003 disponibles en luxembourgeois."
PS Scwhytzertütsch ou Schwytzertütsch ? Faudra penser à régler le clavier
Ecrit par : mi4all | lundi, 28 avril 2008
DD : "Imaginons un canton suisse qui demanderait non seulement la connaissance de l'allemand et du français, mais aussi du Scwhytzertütsch de son canton à lui."
Un homme sérieux vous répondra certainement "alors là, mon cher, vous êtes en pleine science-fiction" et vous serez bien gêné...
Ecrit par : Ponte Facto | lundi, 28 avril 2008
MI4all : Si le luxembourgeois est bien parlé en de nombreuses circonstances, il permet aussi, au téléphone par exemple, de faire savoir que l'on est luxembourgeois.
Certes, mais il existe aussi des Luxembourgeois (avec des tas de quartiers pouvant le prouver) qui ne peuvent démontrer qu'ils sont d'authentiques luxembourgeois parce qu'aucun de leurs ancêtres n'a jamais parlé le luxembourgeois. Il s'agit d'une langue orale parlée entre familiers, et bon... elle a un statut étrange puisqu'elle est langue de l'Europe (aucun document n'est cependant traduit en elle) sans être langue officielle européenne, et pourtant c'est la condition d'accession à la nationalité. Je veux bien que l'on tente de préserver un parler particulier, je n'ai rien contre les dialectes, mais la méthode ne me semble pas bonne. La balance n'est pas équilibrée : le locuteur de luxembourgeois sera accepté même s'il ne comprend strictement rien des lois rédigées en français (!) qui lui auront permis d'accéder à cette nationalité luxembourgeoise tant espérée ; et celui qui comprendra la loi parce qu'écrite dans sa langue maternelle sera refusé même s'il peut s'exprimer clairement dans la forme dite écrite du luxembourgeois, c'est-à-dire l'allemand ! Qu'est-ce que cela veut dire ?
J'avais employé le mot de "schizophrénie" dans une première version du titre de mon billet et je l'ai retiré parce que je n'ai aucune envie de me coltiner les reproches de familles de schizophrènes réels ou des régionalistes de tout poil. Je crois que j'aurais dû le maintenir. Il y a bien une schizophrénie du Luxembourg à propos de sa langue et elle pose la question entre l'écrit et l'oral. C'est une schizophrénie différente de celles des autres pays de la francophonie, non réductible. Ce qui est rassurant, c'est que les drames sont fort minimes dans le Grand-Duché par rapport à la province belge homonyme.
Ecrit par : Dominique | lundi, 28 avril 2008
Une hamme médiévale (fin du moyen-âge) superbe :
http://www.milly-la-foret.fr/-La-Halle-de-Milly-
Ecrit par : michèle | mardi, 29 avril 2008
Elle, amie belge, a proposé de m'ouvrir un compte off-shore au Luxembourg : jusque là, je croyais que les off-shore étaient des bateaux super-puissants avec lesquels on s'éclate, au propre et au figuré. Et bien, bravo...
Ecrit par : michèle | mardi, 29 avril 2008
Une hamme médiévale, une halle, bien sûr, rien à voir avec le hammam...Pfff !
Ecrit par : michèle | mardi, 29 avril 2008
DD : "Il y a bien une schizophrénie du Luxembourg à propos de sa langue et elle pose la question entre l'écrit et l'oral. C'est une schizophrénie différente de celles des autres pays de la francophonie, non réductible. "
Oui, car elle propre aux régions germanophones. Les petits pays multiethniques, qui ont longtemps servi de zone tampon entre les grands états belliqueux, ont rapidement perdu leurs raisons d'être politiques avec la construction de l'Europe, ce qui les a plongés dans une crise identitaire.
Qu'est-ce qui maintient la cohésion nationale ? Tant que les choses ne vont pas trop mal, on s'ignore poliment. Dès qu'intervient un problème, la cohésion nationale en prend un coup...
Je constate simplement que les régions germanophones se rattachent alors jalousement à leurs parlers, le sacro-saint mundart, vécu comme un signe identitaire bien plus qu'un bout de terrain.
Pour comparaison, l'italien connaît encore bien davantage de dialectes que l'allemand et chaque vallée suisse ou presque a son propre dialecte, les gens des Centovalli pouvant alors se gausser de ceux du Val Bregaglia... Si le dialecte est parlé au quotidien, personne ne considère l'italien "standard" comme une langue étrangère, tout le monde le parle, y compris à la radio. On s'assure d'abord que l'autre comprend le dialecte avant de le parler, question de savoir vivre...
Ce n'est pas du tout le cas dans les zones germanophones...
Ecrit par : Ponte Facto | mardi, 29 avril 2008
DD : "Imaginons un canton suisse qui demanderait non seulement la connaissance de l'allemand et du français, mais aussi du Scwhytzertütsch de son canton à lui."
J'en profite pour illustrer ma réponse avec une référence culturelle :
http://cjoint.com/data/eDl36fvVcd_reveur01.jpg
Ecrit par : Ponte Facto | mardi, 29 avril 2008
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