samedi, 19 avril 2008

Comment imprimer ?

Décidément, le langage judiciaire commence à changer et à sortir des formules latinisantes, comme le montre cet exemple tiré de la correctionnelle de Champignac :

Monsieur, vous avez été contrôlé parce que votre véhicule sortait d’un parking à très vive allure, fait remarquer la présidente. Quand on a bu de l’alcool on se sent fort. Ce n’est pas la première fois. Vous n’imprimez pas. 

Je ne suis pas certain que le sens métaphorique d'imprimer (comprendre, avoir conscience) soit accessible à toutes les personnes qui ne se servent pas forcément d'un ordinateur ou que ce soit vraiment plus populaire et proche du langage utilisé par l'accusé. Cela peut faire plus branché, donc plus familier et djeuns, mais en fait cela ne renvoie qu'à son propre univers culturel (peuplé d'ordinateurs) et aux références que l'on présuppose chez l'autre, lequel peut ne pas les posséder. Une sorte de petit-nègre à usage des tecis. On mime le ziva-la-mort-de-ma-mère sans se demander si l'autre ne comprendrait pas plus simplement le mot comprendre.      

Commentaires

Au début, je ne comprenais pas. Après, j'ai percuté !
J'ai trop souvent entendu cette -vilaine- expression à Champignac pour ne pas finir par penser que cela tient au fait que cette cité est depuis longtemps une ville de garnison
Au fait, le type en question -ou son véhicule- aurait-il percuté quelqu'un ?
Dominique, pourrais-tu nous ressortir le papier de l'Oignon concernant la farce du contrôle d'alcoolémie du député-maire de Champignac ? Cela fait quelques années, déjà, mais c'était un brin poilant.

Écrit par : Olivier | samedi, 19 avril 2008

1) Les archives de l'Oignon ne semblent pas avoir de date limite (je n'ai pas cherché jusqu'où aller), on peut donc y fouiller un peu comme on veut sans abonnement particulier. Il y a une fonction mode de recherche pour ça sur le site, mais la rédaction champignacienne rechigne à me donner de la matière en ce moment et les archives ont donc de gros trous pour notre cité ou notre arrondissement pour les dates récentes.
2) Les faits sont de toute manière prescrits et comme ils n'ont jamais vraiment fait l'objet d'une mesure judiciaire ou policière exécutive, je crains que cela ne s'apparente à de la diffamation. C'est fort compromettant...
3) D'autant plus que ce n'était pas le maire de Champignac qui était contrôlé à la porte Sainte-Croix selon mes souvenirs, mais son chef de cabinet comme conducteur (il s'est ensuite évanoui aussi soudainement que le procès-verbal ou la convocation en justice). Je l'affirme haut et fort : je ne veux surtout pas dire du mal du maire de Champignac qui était totalement innocent dans cette affaire et qui a ses entrées réservées au ministère dont je dépends !

Écrit par : Dominique | samedi, 19 avril 2008

D'ailleurs, ce n'était pas le conducteur du véhicule automobile qui semblait exhaler des vapeurs éthyliques, mais le pot d'échappement de la voiture seulement.
Puis-je te faire remarquer cependant qu'il ne peut pas y avoir prescription dans ce cas d'espèce, puisqu'aucune infraction n'avait été retenue.
Le seul problème est que le résultat du contrôle du conducteur de la voiture n'a jamais été acheminé là où il aurait dû l'être.
M. du Buisson de Courson avait eu moins de chance avec le radar installé sur la pénétrante urbaine...

Écrit par : Olivier | samedi, 19 avril 2008

Pour moi, "imprimer" ne signifie pas seulement comprendre et avoir conscience, mais aussi (et surtout) se *souvenir * !
En effet, on sait bien que les paroles s'envolent mais que les écrits (imprimés) restent ! c'est tout à fait sérieux : imprimer quelque chose, c'est s'en souvenir, d'ailleurs dans l'exemple que vous donnez "ce n'est pas la première fois. Vous n'imprimez pas", ça colle à merveille !

Écrit par : Alice M | samedi, 19 avril 2008

Moi eh ben j'adore la formule : gouleyante à souhait, elle signale vraiment qu'au niveau des neurones il y a un truc (plusieurs même) qui ne s'inscrit pas dans le temps. Je réutiliserai. Droits d'auteur à quelqu'un ?
Chez nous, un maire d'une des plus grosses communes du département, en état d'alcoolémie avancée, a tué (il y a quelques années) une jeune femme infirmière et maman qui arrivait en face avec son bébé. Je pense souvent à elle, à son mari et à sa fille qui doit être grandette aujourd'hui à cause de la manière dont l'affaire a été étouffée. Cela me soulève le cœur au sens vomitif du terme. La justice à deux vitesses ; les pots de terre et les pots de fer. Le fric et la pauvreté. La notabilité et l'anonymat. L'arnaque et la dignité : celle-ci ne mange pas de pain et ne paye pas. Et avoir la conscience tranquille n'empêche pas les insomnies, je ne sais pas pourquoi ; mais je ne perds pas mon temps je digresse sur les chaussettes, perdues, trouées etc ; ce sujet me passionne. Et il y a Ulysse qui me passionne autant que les chaussettes, donc pas d'ennui à l'horizon.

Écrit par : michèle | samedi, 19 avril 2008

Alice M. : imprimer quelque chose, c'est s'en souvenir, d'ailleurs dans l'exemple que vous donnez "ce n'est pas la première fois. Vous n'imprimez pas", ça colle à merveille !

Est-ce le sens que peut comprendre la personne à laquelle s'adressait le substitut et est-ce le verbe qui pouvait le mieux convenir pour s'adresser à elle ? Je n'en suis pas sûr. Il colle pour vous, parce que vous connaissez ce sens figuré et que vous êtes branchée, il n'est pas certain que l'autre l'entende (dans tous les sens du verbe).

Écrit par : Dominique | samedi, 19 avril 2008

Je ne sais si la personne à laquelle s'adressait le substitut a compris ce mot dans ce sens-là (je crois que oui), mais que ce verbe ne convienne pas, dans ces circonstances, j'en conviens, bien sûr. En plus de la familiarité et de l'ironie que comporte ce mot, se rajoute ici un ton hautain et une dose de mépris.

Écrit par : Alice M | samedi, 19 avril 2008

"Il colle pour vous, parce que vous connaissez ce sens figuré et que vous êtes branchée, il n'est pas certain que l'autre l'entende"


Euh… Il ne vous manque pas des cartouches, Dominique ?

http://accel10.mettre-put-idata.over-blog.com/0/16/90/19/illustration/ca-va-pas-la-tete.gif


S'il suffisait d’être « branché » pour imprimer !...

Écrit par : MiniPhasme | dimanche, 20 avril 2008

Vous êtes sans doute en Wi-Fi, mais je doute qu'une personne issue du quart-monde comprenne vos astuces langagières.

Écrit par : Dominique | dimanche, 20 avril 2008

Je pense aussi que le "vous n'imprimez pas" est issu du propre langage (et de l'univers peuplé d'ordinateurs) de la présidente. Elle veut employer une expression imagée pour frapper l'esprit du prévenu, mais le déjà classique : "vous n'avez pas enregistré" ne lui vient sans doute pas en tête. Ou bien elle l'a trouvé trop banal ?

Écrit par : Irène | dimanche, 20 avril 2008

Irène : la présidente a parlé au présent "vous n'imprimez pas". C'est là qu'on sent son mépris. Le passé composé, même avec le verbe "imprimer", aurait été plus approprié.

Écrit par : Alice M | dimanche, 20 avril 2008

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