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jeudi, 17 avril 2008
Sémiologie du trou de chaussette
Voici notre deuxième réédition de billets anciens et méconnus qui constituent une contribution au Grenelle de l'environnement. Je l'ai fortement remanié dans un sens différent, plus sémiotique, politique et psychanalytique.
Vaut-il mieux une chaussette reprisée qu'une chaussette trouée ? On ne raccommode plus guère les chaussettes parce que ce serait une perte de temps, que les chaussettes sont devenues bon marché et qu'une reprise est vilaine sur une chaussette à motifs. En revanche, montrer un trou de chaussette peut servir à montrer son aspect décontracté, simple et proche de la vie de tout le monde. C'est un signe qui possède un message, surtout s'il est donné dans un cahier de Paris-Match : il veut dire alors, je suis très riche, je suis le roi du monde, mais je reste exactement comme vous et si je dépense des milliards inutilement, je ne gaspille rien, mais je suis d'abord efficace et je profite de la vie en me foutant du reste.
Il faut dire qu'avant J6M, le trou de chaussette n'avait pas de vraie réputation dans la littérature sociologique. Pourtant, il existait depuis longtemps dans les romans féminins (et jamais dans les romans écrits par des hommes ou destinés à eux seuls). Au moment fatidique, l'héroïne remarque que les chaussettes de celui qui lui apparaissait comme un hyper-héros (chirurgien-chef, chef d'entreprise, avocat d'entreprise, and so on) sont trouées : ainsi, le si magnifique et si viril héros au menton dur, à la chevelure impeccablement brushée et à la dentition parfaite possède aussi ses défauts. Il est humain comme moi... Je lui repriserai ses chaussettes et il m'aimera pour ça ! L'exhibition de la chaussette trouée était juste la face inverse : aimez-moi puisque j'ai des chaussettes trouées. Métaphore du désir sexuel, de l'échange de service. Inversion aussi des rapports de domination, un homme qui a un trou dans sa chaussette montre qu'il a d'abord besoin des autres et donc de l'autre, moi en l'occurrence. Oui ! il peut être le maître du monde, mais il n'est pas le maître de tout et il nous le dit, donc on peut le désirer et combler ses manques dans son ménage, puisque son épouse ne contrôle pas les chaussettes qu'il enfile, ô horreur !
Ce qui était fascinant dans les photos de J6M à NYC dans Paris-Match, c'était la transposition d'un rêve entre Disneyland et la collection Harlequin avec une histoire brassant des milliards d'euros, comme dans un scénario de Van Damme. Mais le trou dans la chaussette faisait que cela pouvait sembler vrai... On ne va pas dire que c'est posé et voulu, puisqu'il a un trou dans sa chaussette, quand même !
Néanmoins, qu'est-ce qu'une chaussette trouée ? On peut en distinguer trois sortes : aux doigts de pied, à la plante, au talon. Le trou aux doigts de pied, généralement le gros orteil, est invisible lorsque l'on est chaussé. Il faudra apprendre à couper ses ongles plus souvent. C'est pourquoi il est si répandu, surtout chez les hommes en fait. Ceux à la plante et au talon sont assez pénibles car la peau est en contact avec la chaussure et il y a un risque de talure. En outre, un trou au talon peut s'élargir démesurément et se voir. D'ailleurs, c'est un signe d'usure complète. On ne peut donc les montrer sous peine de ridicule pour crime de pauvreté, alors qu'un trou au doigt de pied sera vu de manière plus positive et signe de richesse : il faut qu'on lui soigne ses ongles des doigts de pied (métaphore encore une fois du sexe masculin) ou qu'on lui raccommode sa chaussette, parce que sinon il aura froid, il n'a pas le temps de s'occuper de lui-même, le pauvre homme et il se néglige donc (mais pas comme les sales pauvres toujours oisifs qui ont des trous de chaussettes au talon). Les vrais hommes bien virils ne s'attachent pas à de si bas détails, montrer une chaussette sans trous c'est juste une affaire de femmes ou d'homosexuels, et c'est pour cela que les femmes existent : pour repriser les chaussettes des hommes virils qui prouvent leur virilité en faisant des trous dans les chaussettes.
06:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mode, humour, images, photographie, sociologie



Commentaires
DD : "Pourtant, il existait depuis longtemps dans les romans féminins (et jamais dans les romans écrits par des hommes ou destinés à eux seuls). "
Et Pénélope, alors, qui raccomodait les chaussettes de son Ulysse pour faire patienter les prétendants ? La question de la localisation des trous reste cependant entière, certains scientifiques affirmant qu'Ulysse devait avoir un pied grec, dont le gros orteil est plus court que le second. Le trou de chaussette au gros orteil est, selon une étude menée de 1974 à 1995 sur la population américaine par le MIT, en grande partie lié à la forme des pieds. Ainsi, la même chaussette aura statistiquement 83.79% plus de chances de développer un trou au gros orteil sur un pied égyptien que sur un pied grec, ceteris paribus.
Le pied grec, en revanche, a la particularité de rendre possible le développement d'un trou de chaussette au second orteil, bien que l'étude du MIT montre qu'en réalité, le taux d'usure critique au talon est généralement atteint bien avant qu'un trou d'une taille significative (càd 5mm ou plus) ne puisse être observé au second orteil. Certes, le type d'utilisation du pied et, donc, les différents cycles de contraintes qu'auront à subir les chaussettes au cours de leur utilisation dans la vie pratique, peuvent jouer un rôle considérable dans les modes de défaillance d'une chaussette. L'étude du MIT se borne ici à émettre des recommandations à l'usage des instances gouvernementales.
Néanmoins, un fait paraît acquis. La communauté scientifique semble unanime à juger irrecevable l'hyptohèse d'un trou au talon des chaussettes d'Ulysse, en quel cas la mythologie aurait assurément parlé du talon d'Ulysse, et non de celui d'Achille...
Ecrit par : Ponte Facto | jeudi, 17 avril 2008
Les dilettantes du MIT ont encore mené leurs recherches de manière fantaisiste et incomplète, voire discriminatoire, en négligeant totalement le pied romain !
Ecrit par : lamkyre | jeudi, 17 avril 2008
Lamkyre, il y a 3 volumes du rapport final consacrés au cas particulier du pied romain et aux modélisations de répartition herzienne des efforts des 3 doigts égaux sur la chaussette dans divers cas de figure ; les scientifiques du MIT ont beau être américains, ils n'en sont pas moins sérieux dans leurs études.
Cela dit, dans le cas d'Ulysse, il faut noter que le pied romain n'avait pas encore été inventé puisque, rappelons-le, à l'époque de l'Odyssée, Enée, fuyant le destin et les rivages de Troie, n'en était probablement qu'à faire le pitre quelque part sur la mer en direction de Lavinia et qu'il n'y avait alors pas vraiment matière à chanter, ni les armes, ni le héros.
Ecrit par : Ponte Facto | jeudi, 17 avril 2008
De toutes façons Ulysse, ce volage, est ces temps dans les bras de Circé et il en a pour un moment avant de réaliser qu'elle est sorcière et que tous ses potes sont des pourceaux. Heureusement que Pénélope, tendre et fidèle _ qui en a particulièrement marre d'Antinéus, jeune, beau et sexy au possible, celui-ci se faisant pressant, quel gaspillage cette reine qui, à qui, que, dont, bref, je la veux, moi_ a encore un tas de bas-de-chausses à raccommoder.
De son homme qui a pris vingt ans à se barrer (à babord toute), à errer de Charybde en Scylla. De bras en bras.
Bien entendu, le dit ci-dessus (à qui je ne parle plus _Circé c'est trop_, après les sirènes et puis quoi encore ?) ne sait pas le faire puisqu'il ne sait pas l'écrire. Et qu'il a dénié le pied romain il y a peu, au profit de l'égyptien, pour aujourd'hui le réhabiliter.
Vous de chausses êtes fées ?
Moi, j'ai meuh rat comme Odet.
Ben oui.
Vraiment.
Faut du talent.
Ecrit par : michèle | jeudi, 17 avril 2008
michèle : "Bien entendu, le dit ci-dessus (à qui je ne parle plus _Circé c'est trop_, après les sirènes et puis quoi encore ?) ne sait pas le faire puisqu'il ne sait pas l'écrire."
Allons, vous m'en voulez donc toujours ? (pourquoi, au juste, j'ai dû oublier... ah ! peut-être de vous avoir appelée Michèle, avec une capitale ?)
Cela dit, bien que très polyvalent, je ne raccommmode (je compense) effectivement pas mes chaussettes, Pénélope s'en charge (moralement, car sinon elle n'y touche pas non plus).
J'ai néanmoins eu beaucoup de mal à défaire le tricot de votre commentaire (je ne suis même pas sûr que cela s'adressait à moi, finalement).
Ecrit par : Ponte Facto | jeudi, 17 avril 2008
>Ponte Facto oui j'imagine que ce n'est pas vous. Sans doute me trompé-je, ce qui m'arrive fréquemment. Je vous prie de bien vouloir m'en excuser et ne réitèrerai pas cette confusion entre vous et un autre.
Pas grave au fond.
Ecrit par : michèle | vendredi, 18 avril 2008
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