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jeudi, 17 avril 2008

Les armes miraculeuses

Le grand coup de machette du plaisir rouge en plein front

ll y avait du sang et cet arbre qui s'appelait le flamboyant et qui ne mérite jamais mieux ce nom-là que les veilles de cyclone et de villes mises à sac

le nouveau sang la raison rouge tous les mots de toutes les langues qui signifient mourir de soif et seul

quand mourir avait le goût du pain et la terre et la mer un goût d'ancêtre

et cet oiseau qui me crie de ne pas me rendre et la patience des hurlements à chaque détour de ma langue



la plus belle arche et qui est un jet de sang

la plus belle arche et qui est un cerne lilas

la plus belle arche et qui s'appelle la nuit

et la beauté anarchiste de tes bras mis en croix

et la beauté eucharistique qui flambe de ton sexe

au nom duquel je saluais le barrage de mes lèvres violentes



Il y avait la beauté des minutes qui sont les bijoux au rabais du bazar de la cruauté le soleil des minutes

et leur joli museau de loup que la faim fait sortir du bois de la croix-rouge des minutes

qui sont les murènes en marche vers les viviers et les saisons et les fragilités immenses de la mer

qui est un oiseau fou cloué feu sur la porte des terres cochères

il y avait jusqu'à la peur telles que le récit de juillet des crapauds de l'espoir et du désespoir élagués d'astres au dessus des eaux là où la fusion des jours qu'assure le borax fait raison des veilleuses gestantes

les fornications de l'herbe à ne pas contempler sans précaution

les copulations de l'eau reflétées par le miroir des mages

les bêtes marines à prendre dans le creux du plaisir

les assauts de vocables tous sabord fumants pour fêter la naissance de l'héritier mâle en instance parallèle avec l'apparition des prairies sidérales au flanc de la bourse aux volcans d'agaves d'épaves de silence

le grand parc muet avec l'agrandissement silurien de jeux muets aux détresses impardonnables de la chair de bataille selon le dosage toujours à refaire des germes à détruire

 

Aimé Césaire.

Ce poème m'a fait pleurer.

Commentaires

Il y a vraiment des gens qui ont tort d'avoir raison trop tôt.

Ecrit par : Stéphane De Becker | jeudi, 17 avril 2008

Très beau..

Il m'a fallu quand même le relire plusieurs fois pour essayer de tout saisir.

Ecrit par : Michèle | jeudi, 17 avril 2008

Bel hommage que vous lui rendez là.
Et un point de désaccord avec les politiques dont Mme Royal : au poète de Carnet du retour au pays natal on propose le Panthéon. Mais laissez-le chez lui, dans son île fleurie de bougainvilliers et d'hibiscus, où volètent les oiseaux-mouches.
Parfois, je me demande si les gens pensent avant de parler. Il est chez lui dans sa terre-mère. Qu'on le laisse y reposer en paix.

Ecrit par : michèle | vendredi, 18 avril 2008

michèle : "Mais laissez-le chez lui, dans son île fleurie de bougainvilliers et d'hibiscus, où volètent les oiseaux-mouches."

C'est peut-être bête, mais c'est exactement ce à quoi j'ai pensé en entendant parler de Panthéon, ou plutôt c'est le dernier verset de "Supplique pour être enterré..." qui m'est revenu à l'esprit, bien que les circonstances ne soient pas vraiment les mêmes :

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon,
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon,
Pauvres cendres de conséquence,
Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances.

Ecrit par : Ponte Facto | vendredi, 18 avril 2008

Mmmh... il y a surtout quelque chose d'un peu précipité dans cette affaire. Mais ce qui me retient, ce sont les obsèques nationales qui n'avaient pas été accordées à un écrivain en France depuis Valéry (pourtant un peu suspect de sympathie vichyste auparavant, mais c'était une forme de réconciliation nationale au lendemain de la Libération*) et Colette (de manière assez étonnante pour une femme scandaleuse en son temps). Claudel, Bernanos, Gide, Martin du Gard, Camus, Char, Sartre, Ponge, Mauriac, Malraux, Breton, Eluard, Saint-John Perse tous ces grands disparus de la seconde moitié du siècle dernier auraient pu y avoir droit, mais pour des raisons diverses et contradictoires, cela n'a jamais été fait, soit que leur vie n'ait pas été assez exemplaire sur tous les plans, soit qu'ils étaient peu dans les faveurs du régime en place, soit qu'ils étaient trop voyants ou pas assez, soit qu'ils détestaient ces honneurs ou qu'on craignait justement des réactions face à ces honneurs. Décidément, notre régime présidentiel qui prétend incarner la rupture et la réforme se met en fait dans les chausses de ce qui est le plus désuet. Je ne nie pas en cela la valeur de l'oeuvre de Césaire ou son importance dans l'affirmation des Antillais et des Africains, mais enfin... il faudrait savoir de quoi on parle.

Des obsèques nationales, ce n'est pas un hommage à la littérature, c'est d'abord un acte politique et ce n'est pas le poète que l'on honore, mais une figure d'abord symbolique fort ambiguë qui permet toutes les récupérations, même les plus ignobles. Notre magnifique président veut à cette occasion créer un prix Aimé Césaire qui récompenserait un travail scolaire sur la notion d'identité. Vous voyez ce que veut dire le mot "identité" pour Césaire et puis pour Hortefeux ? On en avait cauchemardé, il l'a fait ! Le chantre de la tolérance et du souvenir du temps de l'esclavage au service de la politique des tests ADN, des contrôles au faciès, des centres de rétention, des expulsions de sans-papiers !

* Valéry est mort au bon moment, c'était vraiment le bon mort idéal, pas assez collabo pour qu'on puisse l'accuser comme un Cocteau ou un Claudel, pas non plus assez gaulliste et encore moins communiste pour effrayer le populo, et le tout avec une sympathique moustache et des cigarettes roulées à la main, ce qui rassurait ceux qui ne comprenaient strictement rien à la Jeune Parque et qui ne l'avaient pas apprise à l'école primaire comme les poèmes d'Hugo. Le poète du consensus national et du malentendu malgré lui.

Ecrit par : Dominique | vendredi, 18 avril 2008

La houle me murmure une ombre de reproche,

Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,

Comme chose déçue et bue amèrement,

Une rumeur de plainte et de resserrement...


(mes vers préférés de la jeune déesse)

Ecrit par : Alice M | samedi, 19 avril 2008

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