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mercredi, 16 avril 2008

Le drame de la chaussette manquante

Puisque je manque d'inspiration ces temps-ci, je présente cette semaine des rééditions de textes commis en un autre lieu et sous un autre nom. Le texte a deux ans, mais le thème a pu inspirer d'autres blogueurs comme je l'ai découvert par la suite. Je l'ai un peu complété dans un sens plus sarcastique.

 

medium_chaussettes.jpgLe principal problème avec les chaussettes, en dehors des trous (mais nous en parlerons une autre fois), c'est que les chaussettes vont toujours par deux. Il n'y a rien de plus ridicule que de se rendre à son travail ou chez des amis avec des chaussettes dépareillées. Un très gros souci commence après une lessive : retrouver pour chaque chaussette sa semblable, celle qui fait la paire. Facile ! me dira-t-on, il suffit de les mettre ensemble dans le bac à linge sale, puis dans la machine à laver, de faire un premier tri lorsque l'on fait pendre le linge. Facile... Je voudrais bien vous y voir.

En vérité, la chaussette est traitresse ! Elle se glisse dans le fond du bac, elle reste accrochée au tambour de la machine, elle tombe du sac de linge sale, elle est emportée par le chat sous une armoire. Soit vous vivez en famille et vos chaussettes se retrouvent en compagnie de celles de vos parents, ce qui est assez pénible lorsque chacun doit rechercher ses affaires tout en fouillant dans celles des autres. Soit vous allez dans une laverie et vous vous retrouvez avec les chaussettes d'inconnus qui avaient été oubliées, mais sans les vôtres parce que vous aviez mal vidé le tambour.   

La première épreuve est passée, vous avez récupéré - semble-t-il - toutes vos chaussettes. Maintenant, il faut encore les accoupler et les difficultés sont encore plus grandes. Vous possédez un très grand nombre de chaussettes qui se ressemblent, elles peuvent êtres unies, à fleurs, à liserés, à motifs comiques, à carreaux, oui, mais elles se ressemblent toutes ! C'est normal : vous les avez achetées par séries dans le même magasin. Ce bleu à carreaux noirs irait bien... ah non zut ! c'est un gris-bleu à carreaux anthracite. Et la torsade dorée de cette chaussette noire... ben... elle n'a pas exactement les mêmes volutes que celle-ci. Il convient alors de pester contre cette ignoble société  de consommation qui nous oblige à ne pas avoir seulement cinq paires de chaussettes toutes de couleur uniforme (noire ou bleu nuit ou brun caca) comme le grand-père qui les achetait aussi en lot, mais à un forain sur la place du marché de son bourg une fois tous les cinq ans. Et cela lui faisait bien son temps...

Admettons que vous soyez bien attentif à chaque phase de l'opération, il y aura toujours une chaussette dans une lessive qui restera orpheline. Pourquoi ? Peut-être parce que vous avez jeté une chaussette trouée quand vous avez vu le dégât, mais pas l'autre qui était on ne sait où. Dans le doute, on conserve. Et puis il y a les chaussettes que l'on a oubliées chez sa tante Hermengarde lorsqu'on lui rend visite à la Toussaint, elles attendent quelque part dans une vieille armoire d'une vieille ferme très loin dans la montagne, et la prudente Hermengarde vous a bien dit au téléphone qu'elle avait mis à part votre chaussette pour votre retour, donc vous aussi vous mettez à l'abri l'orpheline. Il ne faut quand même pas lui demander un colis postal pour une chaussette. Et puis dans une enveloppe au tarif habituel, cela passe difficilement les contrôles.

Et voilà comment on se retrouve avec trente ou quarante chaussettes isolées dans un coin du placard.

La solution ? Porter des chaussettes dépareillées lorsque vous n'êtes pas en société : vous les userez plus vite ainsi, parce qu'il ne faut pas trop compter sur les mites des armoires. Vive la décroissance ! En faire des petits sacs pour y placer des graines, des clous, des boulons ou des herbes, plutôt que d'user d'un sac plastique non autobiodégradable, c'est un geste écologiste simple. Trouver un bac pour le tri sélectif des chaussettes isolées. Pas facile dans le fin fond de ma cambrousse. En faire des mobiles que vous pouvez enrouler de rubans de scotch double-face afin de tuer les mouches, mais vous pouvez privilégier le geste artistique profondément conceptuel (le renversement du bas et du haut, de l'utilitarisme et de la gratuité). On peut disserter ensuite sur sa propre audace post-moderne. Les utiliser comme préservatif... Euh... non ! oubliez tout de suite ce conseil de mauvais aloi ! On peut encore les recycler sous la forme d'une écharpe très colorée ou d'un bonnet type sous-commandant Marcos revu par Arlequin, mais il faut savoir coudre et vouloir faire carnaval tous les jours. Comme piège à souris, cela ne fonctionne pas du tout même avec un emmenthal au fond, je vous le déconseille. Comme chiffon à tout faire, par exemple pour changer les cosses de sa batterie ou nettoyer le niveau d'huile, la chaussette présente souvent trop de fibres qui s'accrochent partout et que l'on a ensuite du mal à enlever. Comme cendrier de poche, c'est un peu risqué. Comme mouchoir, c'est pire que sans. Comme moufle, c'est un peu handicapant. Et à la place de gants Mappa dans le bac à vaisselle, cela ne le fait pas du tout. C'est vraiment dur de trouver une manière d'être un écocitoyen écoresponsable avec des chaussettes orphelines et de militer alors pour le développement durable. Mais c'est en trouvant un emploi à la chaussette isolée que nous pourrons sauver tous ensemble la planète afin de construire un monde meilleur et de ne pas être evil. God bless you ! Soyez tous heureux et écoresponsables, pensez à vos chaussettes défavorisées. C'est un petit geste pour vous,é mais un grand geste pour l'humanité. Alleluiah ! Hosannah ! Emmanuel ! Evoé !

Amen. 

Commentaires

Des solutions :

En faire une poche destinée à recevoir le téléphone portable au bout d'une belle courroie (reçue lors d'une conférence sur les échanges franco-allemands), utiliser de préférence le modèle pour enfants, la jeter avec le portable périmé, vous verrez votre stock diminuer rapidement

Dans les années 60, en montagne, une chaussette pouvait servir à préparer le café, remplie de café moulu elle était plongée dans l'eau bouillante (d'où peut-être l'expression "jus de chaussette")

Ecrit par : mi4all | mercredi, 16 avril 2008

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