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mercredi, 16 avril 2008

Ch'maroilles

Tous les mercredis, l'Oignon publie une page Terroirs. On a droit aux prix de la foire aux bestiaux, aux communiqués des associations agricoles régionales, à un sujet général sur l'agriculture, à un ou deux produits dits de terroir. On croirait le journal de Jean-Pierre Pernaud, mais par écrit. Il manque juste des articles sur le dernier sabotier ou le dernier rémouleur du village de Kamini. Faut dire que la Champignacie est d'abord une région qui vit de sa cambrousse, et l'Oignon se doit de soigner les images mythiques du monde rural avec toutes ses traditions même lorsqu'elles ont plus à voir avec le marquetingue, la grande industrie et les cuisines pour collectivités.

Cette semaine, c'est le maroilles. Tiens ? me dis-je, ch'maroilles, c'est nin champignacien. Que nenni ! comme vous l'apprendrez par la suite, le maroilles est bien lié à ma région. Le boom du maroilles est annoncé en une : "Les ventes de maroilles dopées par les Ch'tis". Je pense tout de suite que les pavés ont été vendus deux fois plus et qu'on doit maintenant tremper le maroilles dans la bière à Strasbourg, dans l'anisette à Marseille, dans le kir à Dijon, dans le cidre à Caen. Je me reporte à l'article.

Dans le chapeau, on assure que "avec près de 10 % de hausse de consommation, le Maroilles surfe sur la vague du film « Bienvenue chez les Ch’tis »." Notez le "près de" qui sera fortement relativisé ensuite. Puis on déclare " chacun veut découvrir le caractère bien trempé de ce fromage." Ce "chacun" sera aussi l'objet d'une forte restriction par la suite.

Un représentant de la corporation du maroilles vient tempérer l'enthousiasme : "Il y a une augmentation des ventes significatives grâce à l’effet ch’tis. On peut considérer que cette hausse oscille entre 5 et 10 % des ventes." Les 10 % ne sont donc que l'hypothèse haute. Ce n'est pas exactement ce qui s'appelle bénéficier d'une vogue.

On arrive à modérer le "chacun" du chapeau : "Ce sont surtout des régionaux qui nous achètent, ils se le réapproprient." Bien... ce sont donc les Picards et les Nordistes (et accessoirement des Champignaciens ayant des attaches picardes) qui reprennent du maroilles. Ce n'est pas demain qu'on le dégustera sur une terrasse place Kleber ou du Capitole ou des Arsenaulx ou du Tertre. C'est donc la séquence "les régionaux parlent aux régionaux".

On poursuit par une artisane qui ne voit pas vraiment l'augmentation. "Pourtant c’est vrai que nous avons quelques clients habituels qui en achetaient un peu plus pour leurs collégues". On reste donc dans la clientèle locale et dans l'effet de miroir. Et le dopage des ventes est encore plus relativisé : "nous avons des gens venus exprès sur le stand pour découvrir ce qu’était un Maroilles, ils n’en avaient jamais vu. Il y a déjà eu un effet de curiosité." Voilà ! un épiphénomène, mais marginal et peut-être éphémère. D'abord parce que si le maroilles est bien présent en grandes surfaces en cherchant bien ou dans les fromageries spécialisées, il n'a jamais bénéficié de campagnes de publicité et surtout d'étalage nationales. Ensuite, parce que le succès des Ch'tis n'avait pas été anticipé par les fabricants de maroilles (on ne va pas fabriquer plus de fromages qu'on ne pourrait en vendre quand même !) Enfin, parce que l'on est dans la méthode Coué : mangeons plus de maroilles entre nous aut' afin de faire croire à toute la France entière que le maroilles se vend de mieux en mieux et est devenu ce que chacun veut sur sa table, même à Ajaccio ou à Bayonne. C'est un effet miroir. Mais d'ici la fin de l'année, quand le film sortira en DVD et qu'il sera aux heures de grande audience sur TF1, je vous garantis de belles campagnes de pubs en affiches 4 par 3 et des tas d'éventaires de supermarchés pour le maroilles, parce que l'on ne va plus rater une si belle occasion qui permet de se mesurer au camembert ou au roquefort. Le grand commerce commence...

Vous voulez manger du maroilles ? Vous en mangerez jusqu'à crier pitié ! Cet article survend une mode du maroilles par son chapeau, son titre, son annonce en une, histoire de créer le futur engouement que l'on présuppose. Et le tout sera dit dans un pseudo-picard du plus bel aloi.    

 

Commentaires

« Et le dopage des ventes est encore plus relativisé : “nous avons des gens venus exprès sur le stand pour découvrir ce qu’était un Maroilles, ils n’en avaient jamais vu”.

Comme Jules César, ils ont dit : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai sentu. » Et ils sont vite partus.

Ecrit par : Stéphane De Becker | mercredi, 16 avril 2008

Comme Jules César, ils ont dit : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai sentu. » Et ils sont vite partus.

In vot euq'ta jamais gôuti àm'tart eu marolles..!

Ecrit par : Michèle | mercredi, 16 avril 2008

Et voilà comment on réveille le sentiment régional des Ch'tis ! Il ne faut pas toucher au fromage, tous les fromages sont des affaires sensibles selon les régions (mis à part pour le brie que peu de personnes oseraient encore revendiquer comme marque d'identité locale malgré son AOC). Les fromages servent de marques identitaires bien plus que les vins.

Ecrit par : Dominique | mercredi, 16 avril 2008

Ai noté qu'ici on (vous et un petit _suisse_) en fait tout un fromage des fromages.
Chez nous, le banon enveloppé dans des feuilles de châtaignier, à la main, reste discretos. Autrement on va le supprimer. À cause des normes européennes.

Ecrit par : michèle | jeudi, 17 avril 2008

Slurp ! Je ne connaissais pas le banon (ou alors j'en ai mangé sans le savoir durant mon enfance en Provence), mais c'est exactement le type de fromage que je ne peux qu'aimer vu son descriptif. J'adore de toute manière tous les fromages de chèvre ou de brebis (je vais sur le champ me faire une tartine de chabichou en bon ségoléniste que je suis) ! Ce n'est pas très nordiste, mais tant pis. Production plus que confidentielle quand on la compare au fameux maroilles (et encore davantage par rapport aux bries, camemberts, edams, mimolettes). Ce n'est pas demain que je le trouverai dans un rayon de mon Carrouf.

Ecrit par : Dominique | jeudi, 17 avril 2008

Impossible de ne pas connaître le banon quand on vit en Provence : vous avez sûrement dû en manger quand vous étiez petit, Dominique. Un goût exquis, oui, et son aspect si mignon, ce petit paquet de vie, cette osmose entre le végétal et l'animal, la petite ficelle qui lie le tout, et l'habille comme une petite fleur brune...

Ecrit par : Alice M | jeudi, 17 avril 2008

J'adore tous les fromages de chèvre et de brebis aussi,
vous avez déjà essayé de passer légèrement au four un petit fromage de chèvre bien fait et de le mettre ensuite sur une tartine de pain grillé, ou,dans une salade de mâche !

miam !

Ecrit par : Michèle | jeudi, 17 avril 2008

Ah, le banon, j'en achète en général quand je descends à Aix-en-Pièce ou ailleurs dans le midi... Il faut se fier au fromager, car la feuille de châtaignier empêche malheureusement d'en évaluer soi-même le niveau d'affinage - je suis hélas déjà tombé sur des exemplaires trop jeunes à mon goût, qu'il est ensuite délicat de laisser mûrir au frigo une fois entamés.
Néanmoins, le banon fait partie des petits fromages (petit au sens de la taille, s'entend) qui ornent régulièrement mon plateau de fromages, avec les nombreux petits chèvres secs (genre vieux pélardon, on en trouve de toutes sortes chez les fromagers) ainsi que l'incontournable saint-marcellin (ça, c'est du lait de vache) qui, lorsqu'il est à point, est tout simplement divin.
Je conserve du reste la barquette en terre cuite du saint-marcellin pour faire de petites crèmes brûlées à l'occasion...

Ecrit par : Ponte Facto | jeudi, 17 avril 2008

J'ai plus que probablement mangé une sorte de banon qui n'en avait pas le nom : nous étions logés chez un chèvrier des Maures (je vous rassure, dans sa maison en ville, pas avec les biques). Je me souviens très bien de son local où il moulait ses petits fromages, comme si c'était un lieu vraiment secret et sacré. J'ai d'ailleurs toute une collection de photographies de cette époque où je gambade avec mes copains au milieu des biquettes, ce sont mes premières photographies et j'en faisais énormément alors car je voulais tout saisir. Ce qui me peine quand je songe à cette période de ma vie, c'est que les deux amis qui m'accompagnaient dans ces expéditions parmi les chênes-liège et qui figurent dans ces photos (en fait le fils du chèvrier et un cousin) sont tous deux morts, d'ailleurs dans des conditions similaires : en mer, en plongée, à vingt ans. Je ne les ai plus regardées depuis bien longtemps, mais elles sont en ordre dans une boîte.

Ecrit par : Dominique | vendredi, 18 avril 2008

DD : "nous étions logés chez un chèvrier..."

Vous dites chèvrier, à Champignac ? J'ai toujours entendu parler de chevrier...
http://www.amazon.fr/chevrier-praz-fort-Eug%C3%A8ne-Rambert/dp/B0000DXAE8

Cela dit, Dieu sait si j'ai pu arpenter le massif des Maures. Si ses versants du littoral sont couverts de villas, dès que l'on s'éloigne dans l'arrière-pays, c'est un maquis délicieux, avec de rares petites routes sinueuses et désertes, des chênes, des châtaigniers, de vielles pierres à l'abri de l'agitation de la côte, ce n'est pas sans rappeler la Corse. Malheureusement avec les mêmes incendies...
Si ce n'est pas indiscret, de quel côté étiez-vous ? (le massif est tout de même assez vaste).

Ecrit par : Ponte Facto | vendredi, 18 avril 2008

Ponte Facto :
" je suis hélas déjà tombé sur des exemplaires trop jeunes à mon goût, qu'il est ensuite délicat de laisser mûrir au frigo une fois entamés."

Mon fils avait trouvé le truc quand nous étions dans l'Oise et que nous achetions des petits fromages de chèvre à notre chevrier favori le dimanche matin, quand nous faisions les braderies, de très bonne heure ; il mettait les fromages un peu jeunes dans du papier sopalin dans le bas du frigo : effet "mature" garanti en peu de temps.

Ecrit par : Michèle | vendredi, 18 avril 2008

Merci du truc, Michèle (tiens, vous arborez la cap', maintenant ?)
Néanmoins, lorsque le fromage a été entamé, c'est fortement compromis, d'autant plus s'il est emballé dans une feuille d'arbre => ça moisit de toute part...

Ecrit par : Ponte Facto | vendredi, 18 avril 2008

Merci du truc, Michèle (tiens, vous arborez la cap', maintenant ?)

Je ne suis pas la "michèle" avec minuscule, mais une autre.

Ecrit par : Michèle | vendredi, 18 avril 2008

Oups, mes plates excuses... (michèle va encore davantage m'en vouloir).

Ecrit par : Ponte Facto | vendredi, 18 avril 2008

>P.F je ne vous en veux que sur deux points : mettre le fromage à mûrir au bas de son frigo est une hérésie, et vous seriez resté six mois chez Circé au lieu de six ans je l'aurais bien pris. Je veux bien que vous testiez et ma patience et votre bravoure, mais vous poussez le bouchon (de chèvre) un peu loin.
Du côté de Gonfaron le massif des Maures et de l'Estérel dans l'arrière-pays ? Un autre village (?) où on fait les marrons glacés à partir des fruits des châtaigniers.
>Alice M. votre description est adorable et poétique ; c'est tout un art (et un sacré boulot) d'emballer ces fromages à la main dans leurs feuilles de châtaignier...Je ne sais pas le faire.
>Michèle super le fromager du dimanche allié à la brocante, des bons moments passés sûrement...
>Dominique ce que vous racontez m'émeut vivement : un bon pote à moi, un ami sans plus, à vingt ans a été drossé par une vague ; il plongeait seul et s'est noyé assommé contre les rochers. J'en avais quinze, seize je crois, il était beau intelligent adorable un amour de mec. Le drame.
Ily a sept ans j'ai emmené mes filles à la Martinique pour leur montrer la maison de mon enfance ; nous avons fait une initiation à la plongée sous-marine. Une trouille archaïque m'a saisie aux tripes et Stéphane était là et mon chagrin qui remontait trente ans après. Le moniteur m'a fait me taire ; il ne voulait pas que je décourage mon aînée qui après a suivi le stage une semaine. Donc je me suis trimballée mon chagrin et ma trouille et j'ai mis mon mouchoir par dessus. C'est ainsi que jamais je ne plongerai. Mais deux potes c'est deux fois plus de chagrin. Et ce n'est pas un âge pour mourir vingt ans.

Ecrit par : michèle | vendredi, 18 avril 2008

michèle : ">P.F je ne vous en veux que sur deux points : mettre le fromage à mûrir au bas de son frigo est une hérésie, et vous seriez resté six mois chez Circé au lieu de six ans je l'aurais bien pris."

Heu... michèle, hum... comment vous dire ? Les messages sont délimités par les tirets et la signature en est au bas. Ainsi, c'est votre homonyme à capitale (j'en conviens, je ne suis qu'un sale redzipet) qui écrit "il mettait les fromages un peu jeunes dans du papier sopalin dans le bas du frigo : effet "mature" garanti en peu de temps." (du reste, chez nous cela s'appelle du papier-ménage, ou plus communément du pap'mén)

Néanmoins, si vous connaissez une méthode pour affiner correctement dans sa feuille un banon qui s'avère trop jeune lors de l'ouverture des hostilités, je suis preneur - je n'ai jamais obtenu que de la barbe...
Dussiez-vous m'en vouloir encore davantage (j'en serais toutefois navré), j'ai donc bien envie, la prochaine fois que le cas se présente, d'essayer la méthode proposée par Michèle.

Pour le reste, je ne vois toujours pas à quoi vous pouvez bien faire allusion au sujet de Circé - mes amis n'ont pourtant pas des têtes de cochons, que je sache...

Ecrit par : Ponte Facto | vendredi, 18 avril 2008

" je suis hélas déjà tombé sur des exemplaires trop jeunes à mon goût, qu'il est ensuite délicat de laisser mûrir au frigo une fois entamés." Ponte Facto.
Avant Michèle qui rajoute le sopalin, vous parliez du frigo pour l'affinage. Quand j'étais toute petite, dans la cage d'escalier de mes grands-parents, avant d'entrer, il y avait une cage à fromages grillagée de moustiquaire. Cela évitait les odeurs dans la maison et permettait une lente maturation, à son rythme.
Essayez bien sûr la méthode de Michèle ; je n'ai rien à proposer pour ma part. Bien désolée.
Pour Circé j'ai "apologisé" hier : je vous ai confondu avec un pote à moi, ailleurs qui est mon "nu lisse". Donc je ne recommencerai pas à vous confondre avec lui. Circé lui était destiné, pas pour vous que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam.
Re-désolée.

Ecrit par : michèle | samedi, 19 avril 2008

Dans l'article initial, on parlait de maroilles affinés par des voyages du Nord-Pas-de-Calais à la Champignacie à vélo ou à mobylette afin de faire les vendanges durant les congés payés. Je n'aurais pas voulu goûter à un maroilles ayant voyagé ainsi pendant tout ce temps et dans ces conditions (d'ailleurs fort absurdes et sans rapport avec l'histoire réelle).

Ecrit par : Dominique | samedi, 19 avril 2008

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