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samedi, 05 avril 2008

Was ?

En lisant le dernier Blake et Mortimer, le Sanctuaire du Gondwana, j'ai eu quelques surprises. Je passe sur un scénario particulièrement capillotracté et d'un niveau, disons d'un niveau... assez peu évident. Il y a néanmoins des choses comiques dans cet album.


A la planche 22, l'ethnologue Heidegang s'exclame sur son lit d'hôpital :

- Nein ! Nein ! Ce monde-ci est le mien ! Was ?... Sortez de ma tête ! Taisez-vous ! Taisez-vous !

Mortimer demande planche 23 :

- Dites-moi, docteur, avez-vous essayé de lui parler allemand ?

- Pour être franc, professeur, personne ici ne parle allemand. Par ailleurs, je vous assure qu'Ulrich maîtrise parfaitement l'anglais.

- Je n'en doute pas. Cependant, dans cet état second, son réflexe de parler allemand traduit peut-être un besoin de s'accrocher à des choses familières comme... sa langue maternelle.

Bien... Deux mots d'allemand à la suite, cela voulait dire que tout le discours précédent était en allemand. Notons la grande perspicacité de Mortimer, fin psychologue.

On poursuit quelques cases plus loin :

- Guten Tag, Herr Heidegang, mein name (sic) ist Philipp Mortimer. Ich bin dein Freund. (Jusque-là on comprend cet allemand élémentaire.)

- Du... du bist mein... Freund. Sprechen sie deutsch (sic) ?

- Oui, je parle votre langue et vous êtes en sécurité ici, avec moi. (Dans la même case, le reste de la discussion est en français, supposé se dérouler en allemand et on ne voit plus de trace d'allemand tout au long de la séquence...)

Bon... Je veux bien qu'il y ait desGood Lord, Good Gracious, Good travel, Old chap, By Jove, Hurrah, qui interviennent à tout propos pour signifier que les personnages sont censé parler en anglais, mais enfin... La langue est plus donnée comme un signe, cela peut fonctionner pour quelques expressions de base qui n'ont pas besoin d'être traduites, pour les interjections ; mais lorsque l'on s'aventure dans des dialogues un peu plus étendus l'effet réaliste disparaît et on se trouve seulement dans les codes de la fiction. Il faut imaginer que les deux personnages parlent en allemand, même si on lit du français comme avant on lisait du français mélangé à quelques mots d'anglais pour représenter cette langue. 

Commentaires

Le mélange du "Du" (tu) et du "Sie" (vous) est incongru.
En français cela donne :
1. "Bonjour Monsieur [...] Je suis TON ami."
2. "TU es mon ami. Parlez-VOUS [...] ?"
Ces phrases pourraient provenir d'aides sommaires pour touristes. Souvent la prononciation n'y est pas ("Guten" se prononce plutôt goutenne, "Du" dou).

Ecrit par : mi4all | samedi, 05 avril 2008

« Pour être franc, professeur, personne ici ne parle allemand. »

Humour très intellectuel. Sans doute involontaire mais qui sait ?

Ecrit par : Stéphane De Becker | samedi, 05 avril 2008

Et peu vraisemblable au Tanganyika qui est une ancienne colonie allemande, ensuite sous protectorat britannique...

Ecrit par : Dominique | samedi, 05 avril 2008

Quand on se penche sur les réactions au sujet du scénario, c'est plus que sévère et je pense que le pire n'a pas encore été dit :
http://www.actuabd.com/spip.php?article6513#forum9266

Ecrit par : Dominique | samedi, 05 avril 2008

Goscinny avait mieux résolu la chose en faisant écrire les dialogues en français mais avec une typographie évoquant une langue étrangère (gothique pour les Goths ou pseudo-grec pour les Grecs).
(Je dis Goscinny seulement, parce qu'en voyant ce qu'Uderzo a fait d'Asterix, on comprend que le plus doué des deux n'est plus là. Un excellent dessinateur ne fait pas forcément un bon scénariste)

Ecrit par : Ignare | lundi, 07 avril 2008

Oui, mais il n'empêche que nos Gaulois parlent latin en français (ce dont Goscinny s'était moqué dans une courte histoire de deux pages intitulée Etc.) et n'ont aucun problème de communication avec les Ibères, les Corses ou les Britons (à part l'antéposition de l'adjectif). Si on prend la même période historique, Jacques Martin a résolu la question de manière encore plus simple dans ses Alix : tout le monde parle la même langue, que ce soit à Rome, en Grèce ou en Egypte et même en Chine. La connotation d'une langue par des signes différents (on peut citer aussi les Normands avec leurs o barrés ou leurs a avec rond en chef, ou bien les pseudo-hiéroglyphes dans Astérix et Cléopatre) renvoient au statut de la fiction qui n'est pas imitation du réel (mimésis) mais bien invention d'une autre réalité (diégésis) , laquelle peut s'amuser de la réalité réelle. Le problème est identique dans les romans ou les films historiques : je tiens Jean Yanne et les Monty Pythons comme plus réalistes et authentiques que William Wyler ou Cecil B. De Mille (puisque nous célébrons en ce moment la mort de Charlton Heston), ils disent mieux la distance qui nous sépare de ces époques.

Ecrit par : Dominique | lundi, 07 avril 2008

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