dimanche, 23 mars 2008
A la retraite !
Si on l'injuriait, il feignait de ne pas entendre. Malgré tout, la police veillait au grain. Le 11 novembre 1962, un quidam est interpellé sur les Champs-Elysées pour avoir crié au passage du cortège présidentiel : "A la retraite !" Ce que la 17echambre du tribunal de Paris, devant laquelle il est cité à comparaître, interprète, pince-sans-rire, comme une mise en cause de "l'aptitude du président de la République à remplir les hautes fonctions dont il assume la charge". Sanction : 500 francs d'amende.
La mansuétude prédidentielle ne date en fait que de Giscard d'Estaing, poursuivie par Mitterrand et Chirac, et il n'est pas vain de rappeler en ce lendemain d'un 22-Mars historique que cette époque était proprement glaciale, plus propre à toutes les censures que la nôtre, que la présidence était absolue et que le moindre délit d'opinion était réprimé, mais dans la discrétion de ce pouvoir absolu. On parlait moins des poursuites parce que toute la presse était aux ordres. Il n'y avait pas encore besoin de chercher des blogueurs délinquants. Mais c'était un régime dur, comme l'actuel.
Pour rappel : 500 francs de 62, c'est l'équivalent d'un salaire moyen. Le SMIG et non le SMIC était à 300 francs à l'époque. Mais on pouvait gagner aussi moins en ce temps-là. Un salaire de 200 francs était courant puisque rien n'était garanti par l'Etat. Il s'agit donc d'une sanction plus que sévère pour une personne dont on ne connaît pas exactement les revenus. Tout cela pour trois mots assez peu grossiers. Et c'est aussi pour de telles raisons qu'il y a eu 68.
17:31 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, langue française, droit, politique



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