samedi, 19 janvier 2008

Pauvre Hugo !

Dans une des plus belles séquences de ce documentaire, elle récite un poème qu'elle adorait et qu'elle attribue, sans doute à tort, à Victor Hugo.

Cela commence ainsi : "Un brave ogre des bois, natif de Moscovie, était fort amoureux d'une fée." La chute, prononcée avec toute l'ironie nécessaire, est admirable : "Vous qui cherchez à plaire, ne mangez pas l'enfant dont vous aimez la mère !"

Mais le poème est bien de Hugo ! Je l'ai fait lire, je l'ai expliqué et je l'ai donné en récitation. J'ai même fait écouter en classe sa version chantée par Julos. Il figure dans des manuels et il plaît énormément aux enfants.

Commentaires

Cela me rappelle un poème des « Orientales ». Une jeune Arabe a osé montrer légèrement son visage à un homme. Ses frères ne rigolent pas avec l'honneur et tuent la pécheresse, qui expire en disant :

« Déjà sur moi s'étend le voile du trépas. »

Le quatrième frère, muet jusque là, montre alors tout son humour (???) :

« C'en est un que du moins tu ne lèveras pas. »

Écrit par : Stéphane De Becker | samedi, 19 janvier 2008

Merci Dominique, je ne le connaissais pas, magnifique poème : dans la vraie vie, c'est souvent que l'amant dévore l'enfant du premier lit. Je comprends que vos élèves l'aiment ce poème, les familles décomposées étant légion...

Écrit par : michèle | samedi, 19 janvier 2008

Vu le texte proposé par Dominique — texte où ne figure pas « l'admirable chute » ("Vous qui cherchez à plaire, ne mangez pas l'enfant dont vous aimez la mère !") — je me suis demandé si le comte et l'écrivaine ne riaient pas de concert.

J'ai trouvé deux sites qui prouvent le contraire, et je me suis arrêté :

http://lavoixdecassandre.hautetfort.com/tag/bon+conseil+aux+amants

http://3e5bdp.over-blog.com/article-4143933.html

Écrit par : Stéphane De Becker | samedi, 19 janvier 2008

Petit problème, ce n'est pas alors le texte complet de Hugo contrairement à celui que je mettais en lien, mais c'est aussi le texte que chante Julos Beaucarne et celui que l'on trouve le plus souvent dans les manuels.

Écrit par : Dominique | samedi, 19 janvier 2008

Ce que je préfère dans ce poème c'est "l'admirable chute" et aussi le drôlissime "or c'était maladroit".

Écrit par : Alice M | samedi, 19 janvier 2008

Après réflexion, je me suis dit que Hugo s'était inspiré de Chronos. Après tout quel meilleur moyen existe-t-il pour éviter toute concurrence intempestive ? D'un coup de dent, d'un seul, on évite Oedipe, Jocaste des années de rumination...si ce n'est de psychanalyse ! Avec tous vos liens, je n'y pige plus que pouic. Il y a six vers de plus au lien de Dominique mais pas le vers de la chute. Doit-on mettre celui-ci en tout dernier ou bien après "Vous qui cherchez à plaire" ?
L'original s'il vous plait...

Écrit par : michèle | samedi, 19 janvier 2008

La version originale est celle que j'ai donnée en lien dans le billet, les autres versions données par Stéphane ne sont que des récritures tardives et on les retrouve souvent dans les manuels.

Écrit par : Dominique | samedi, 19 janvier 2008

Merci : donc les autres sont raccourcies et il est inutile alors de rajouter ce dernier vers.

Écrit par : michèle | samedi, 19 janvier 2008

Vérification faite dans mon édition imprimée de
« Toute la lyre » (Éditions Rencontre, 1968), ce poème figure au livre VII [La Fantaisie] sous le N° XI. C'est bien évidemment la version longue qui est retenue, sans le vers litigieux.

Cependant, dans la « Présentation » (p. XIII), Jeanlouis Cornuz écrivait : « Profitons-en donc pour apprécier l'humour du /Bon Conseil aux Amants/ (“Vous qui cherchez à plaire, / Ne mangez pas l'enfant dont vous aimez la mère”.) » Mais aucun poème ne porte ce titre ni ne comporte ce vers...

Enfin, pour être complet, le poème intégral commence par une ligne de points et un vers orphelin :

....................................................................
Quiconque est amoureux est esclave et s'abdique.

Écrit par : Stéphane De Becker | dimanche, 20 janvier 2008

Merci Steph. De Beck. J'aime bien avoir l'original. Je rajoute illico. Les points et l'orphelin.
Mais c'est pas lui qui devait être mangé, et non la mère ???Ah, cet ogre...
Insatiable.

Écrit par : michèle | dimanche, 20 janvier 2008

C'est quand même étrange que cette admirable chute soit toujours citée entre guillemets, sans qu'on sache exactement qui en est l'auteur ? se pourrait-il qu'Hugo l'ait écrite un jour, dans une première version, puis biffée, et qu'elle surgisse à nouveau en 2008, comme un repentir de peintre ?

Écrit par : Alice M | dimanche, 20 janvier 2008

Ce n'est pas la seule variante, le deuxième vers de l'introduction est dans mon édition (Bouquins) :
L'amour n'est pas l'amour ; il s'appelle Ananké.
Aucune explication sur une quelconque réécriture.

Écrit par : Dominique | dimanche, 20 janvier 2008

Je ne sais pas trop ce qu'est cette Ananké, je cherche et je ne saisis pas très bien cette "nécessité", qui n'est pas exactement le destin, ni la fatalité... peut-être l'ensemble de ces trois mystères...
http://www.universalis.fr/encyclopedie/T228709/ANANKE.htm

Écrit par : Alice M | dimanche, 20 janvier 2008

Ananké est le mot clé qui figure dans le graffiti de Notre-Dame de Paris. Cette inscription annonce la double tragédie d'Esméralda et de Quasimodo, les choses sont déjà écrites dans la pierre. C'est le manê, thécel, pharès d'Hugo. Il y a cinquante ans de distance entre le roman et le recueil de poèmes, mais l'esprit d'Hugo revient aux mêmes thèmes.

Écrit par : Dominique | dimanche, 20 janvier 2008

J'attend avec impatience la parution des tomes IV et V des « Poésies » de Victor dans /La Pléiade/.

Écrit par : Stéphane De Becker | dimanche, 20 janvier 2008

"Tout est déjà écrit dans la pierre"... l'autre version de l'astrologie... ou de la prédestination.
Peut-être seulement l'ensemble des données qu'on ne maîtrise pas totalement, qui nous échappent mais qui sont là en puissance au creux de chacun.

Écrit par : Alice M | dimanche, 20 janvier 2008

Hugo lui même "traduit" ce mot par fatalité dans sa préface aux Travailleurs de la mer et en fait l'un des thèmes essentiels de son oeuvre.

« La religion, la société, la nature ; telles sont les trois luttes de l'homme. Ces trois luttes sont en même temps, ses trois besoins ; il faut qu'il crée, de là la cité ; il faut qu'il vive, de là la charrue et le navire. Mais ces trois solutions contiennent trois guerres. La mystérieuse difficulté de la vie sort de toutes les trois. L'homme a affaire à l'obstacle sous la forme de la superstition, sous la forme préjugé, et sous la forme élément. Un triple anankè pèse sur nous, l'anankè des dogmes, l'anankè des lois, l'ananké des choses. Dans Notre-Dame de Paris, l'auteur a dénoncé le premier ; dans Les Misérables, il a signalé le second ; dans ce livre, il indique le troisième.
À ces trois fatalités qui enveloppent l'homme se mêle la fatalité intérieure, l'anankè suprême, le cœur humain. »
Hauteville-House, mars 1866.

Alice M, vous reconnaitrez le creux de chacun dans ce coeur humain final.

Écrit par : LOBO | dimanche, 20 janvier 2008

Merci beaucoup pour ce texte, Lobo : très éclairant !

Écrit par : Alice M | dimanche, 20 janvier 2008

Tant que j'y suis... je n'ai jamais osé abordé le Hugo poète qui m'effraie un peu. La légende des siècles me paraît inaccessible, j'ai juste lu l'Art d'être grand père (dont certains poèmes, à voix haute, pour ma femme, dans le jardin de Hauteville-House). Est-ce que les hugoliens de passage pourrait me conseiller un recueil tardif (enfin de la période démocrate déiste plutôt que royaliste catholique) et pas trop difficile à lire ?

Écrit par : LOBO | dimanche, 20 janvier 2008

Il me semble que les Contemplations sont indispensables. Si je ne devais retenir qu'un recueil ce serait celui-là parce qu'il y a la bascule entre les deux personnages et que l'on a une vraie construction du recueil. Sinon, les poèmes de la fin sont très drôles par leur côté halluciné et incantatoire : la Fin de Satan, c'est un gros morceau de bravoure où Hugo semble dopé au Milton et au Lautréamont.

Écrit par : Dominique | dimanche, 20 janvier 2008

>Alice M en s'éloignant quelque peu de V.Hugo et en se rapprochant de Chomsky, un lien où on l'on parle de la différence entre ce qui est problèmes et ce qui relève du mystère. Si cela peut débrouiller votre compréhension de l'Ananké.
http://alainlecomte.blog.lemonde.fr/
billet du 18 janvier 2008
Un de mes blogs d'homme préférés. Alain Lecomte est quelqu'un d'éclairé à mon sens, je l'apprécie beaucoup...

Écrit par : michèle | dimanche, 20 janvier 2008

Comme œuvre d'Hugo à ne pas recommander,
« Toute la Lyre » se place dans le tiercé. On y trouve en effet ces détestables vers (II, 3) :

La Champagne est fort laide où je suis ; mais [qu'importe,
J'ai de l'air, un peu d'herbe, une vigne à ma porte.

Et il y a 68 vers de plus, que je vous épargne.

Écrit par : Stéphane De Becker | lundi, 21 janvier 2008

>Lobo je tiens à vous remercier pour votre phrase qui m'a fort émue(dont certains poèmes, à voix haute, pour ma femme, dans le jardin de Hauteville-House).
Pour cela veuillez recevoir ce poète persan peint par Gustave Moreau. Il s'appelle Omar Khayam.
http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=1&FP=33317841&E=22S39UW4A8UCT&SID=22S39UW4A8UCT&New=T&Pic=1&SubE=2C6NU00VPZ5H

Écrit par : michèle | lundi, 21 janvier 2008

Michèle : Après réflexion, je me suis dit que Hugo s'était inspiré de Chronos.

Son inspiration me paraît plus prosaïque et consiste à avoir illustré concrètement et donc comiquement l'expression "croquer le marmot" qui ne doit d'ailleurs plus être comprise aujourd'hui sans explications en classe.

Écrit par : DB | lundi, 21 janvier 2008

Croquer le marmot : attendre longtemps ou frapper le heurtoir de la porte avec impatience ? les deux peut-être.
(je n'avais jamais entendu ni lu cette expression ! illustration très rigolote de la part d'Hugo !)

Écrit par : Alice M | mardi, 22 janvier 2008

Les heurtoirs comportaient une figure humaine nommée marmot. Croquer a eu le sens de frapper au XVIe s. L'origine de l'expression a donné lieu à bien des interprétations sans fondement, comme une naissance dans le monde des peintres ou dans une fable de La Fontaine à cause des autres sens de croquer, dessiner ou manger.

Écrit par : Dominique | mardi, 22 janvier 2008

Une figure humaine jouflue ?
http://cgi.ebay.fr/HEURTOIR-ANGE-DE-PORTE-EN-FONTE_W0QQitemZ140198108304QQihZ004QQcategoryZ119172QQtcZphotoQQssPageNameZWDVWQQrdZ1QQcmdZViewItem#ebayphotohosting


Merci pour toutes ces précisions.

Écrit par : Alice M | mardi, 22 janvier 2008

Ah oui, grazie mille, pour tout cela...

Écrit par : michèle | mercredi, 23 janvier 2008

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